Ce dimanche 28 juin aura lieu la course de pneus. Pour Frahati, 13 ans, ce sera l’occasion de s’amuser et de s’évader le temps d’un après-midi.

La course de pneus, entre espoir et échappatoire

Ce dimanche 28 juin aura lieu la course de pneus. Pour Frahati, 13 ans, ce sera l’occasion de s’amuser et de s’évader le temps d’un après-midi.

Dans une maison faite de quatre murs, au milieu de ruelles étroites, Frahati vit avec sa maman et ses quatre frères et sœurs. Troisième fille de la famille, elle est née à la Grande Comore en 2013. Cela fait maintenant 11 ans qu’elle est à Mayotte.

Frahati a toujours vécu à Tsoundzou 2. Elle rêve de partir vivre dans le sud de la France. Léo Vignal / JDM

Depuis son arrivée, elle habite à Tsoundzou 2. Un peu timide mais toujours souriante, elle ne cache pas ses ambitions : gagner la course de pneus le 28 juin prochain. Le 26 avril dernier, Frahati a fini cinquième lors des qualifications de Mamoudzou à M’tsapere. C’est la troisième fois qu’elle participera à la course de pneus.

Anrifina, sa maman, est fière. Allongée sur le sol, dans la seule pièce de la maison, elle nous confie : « j’aime que mes enfants participent à des activités comme ça, ça les occupe ». En effet, elle n’apprécie pas trop que ses enfants traînent dehors après l’école. En général, ils restent à la maison ou sont chez leur tante qui habite juste à côté. « La course de pneus ça leur change les idées, ils voient autre chose que la violence quotidienne de Tsoundzou », raconte-t-elle.

 Une échappatoire au quotidien

À demi-mot, ses enfants à côté, elle avoue avoir peur pour eux. « Je n’ose pas sortir pour jouer dans Tsoundzou. Sauf des fois pour aller à la MJC », indique Frahati. Avant les qualifications du 26 avril, elle s’était entraînée là-bas. « Mon objectif est de gagner. Mais le plus important c’est de m’amuser », dit-elle en esquissant un sourire. Dans sa classe, au collège de Tsoundzou, elle ne connaît personne qui y participera. D’un regard complice, Frahati espère que sa maman sera présente dimanche prochain.

Anrifina travaille beaucoup pour subvenir aux besoins de ses cinq enfants. La jeune mère est femme de ménage depuis 6 ans et le père n’est pas très présent. Du haut de ses treize ans, Frahati a conscience de la valeur du travail et du dur labeur que fait sa maman pour nourrir la famille. Elle a aussi conscience que la course de pneus n’est pas une finalité mais plutôt un moment de plaisir. En dépit de cela, elle sait que ce loisir ne lui offrira pas une situation stable, ni de perspectives d’avenir pour autant 

Un futur incertain

Sa maison se situe juste à côté de la MJC. Léo Vignal / JDM

« Je fais du foot, j’ai peut-être plus de chances d’en vivre. Et puis je voudrais aller étudier en France. Peut-être la médecine », partage Frahati. Son plus grand frère arrive et commence à éplucher du manioc dans le salon qui fait aussi office de chambre et de cuisine. Anrifina se lève et lave le linge à la main, dehors, dans une des rues devant chez elle. En action, elle confie : « J’aimerais retourner au pays et que mes enfants découvrent notre terre… Mais la vie est trop dure là-bas. L’école est trop chère et on ne gagne pas d’argent même après avoir fait des études ».

À 13 ans, Frahati rêve déjà de gagner de l’argent pour sortir sa famille de la misère. Devenir médecin ou joueuse de foot professionnelle, des rêves plein la tête pour la jeune fille ! Mais avant de plonger dans la vie d’adulte, elle peut encore profiter de son enfance et espérer remporter la finale de la course de pneus ce dimanche 28 juin.

Léo Vignal

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