Environ 42.000, c’est le nombre de diabétiques que le Docteur Breno Speckhann, médecin généraliste au CHM spécialisé en diabétologie, estime à Mayotte en se basant sur le nombre d’habitants. Un chiffre qui donne une idée de l’ampleur du problème sur le territoire, alors que le diabète n’est souvent découvert qu’après plusieurs années. Derrière cette journée de sensibilisation, il y’a donc une réalité bien concrète : la maladie prend une place importante dans le quotidien et concerne de plus en plus de personnes.
Un suivi régulier
En 2019, l’étude Unono Wa Maoré faisait état d’une prévalence globale de 11% chez les 15-69 ans. Les données plus récentes d’EpiMay 2025, font désormais état de 15% chez les adultes. Pour le médecin, cette situation fait partie d’un contexte plus large qui touche les territoires ultramarins. « Dans les îles, on est à peu près au double de la prévalence du diabète par rapport à la métropole. On est autour de 12 à 13% et la métropole entre 5 à 6 % », explique-t-il.

Hypertension ou encore cholestérol, comme le diabète, ces maladies nécessitent un suivi régulier et peuvent rester silencieuses pendant longtemps. « On peut avoir dans la salle d’attente beaucoup de patients qui ont une tension à 17, on leur demande si ça va, ils vont dire tout va bien et pourtant la tension est très élevée », raconte le médecin.
C’est là que la notion des soins prend tout son sens, une maladie chronique ne demande pas seulement de traiter les symptômes lorsqu’ils apparaissent. Elle nécessite un suivi régulier pour limiter les complications qui peuvent mener à des situations plus graves notamment les accidents vasculaires cérébraux ou l’insuffisance rénale.
« Les diabètes mal équilibrés, vont avoir des complications qui vont impacter directement l’espérance de vie, moins on épargne notre santé aujourd’hui, moins on va avoir le temps de le faire dans le futur ».
Des patients parfois très jeunes
Le diabète de type 2 représente la grande majorité des cas, sur l’île, et le docteur Speckhann constate des diagnostics parfois très précoces. « On voit beaucoup de gens dans la trentaine qui ont des diabètes de type 2 déjà costauds », confie-t-il.

Une situation qui pose aussi la question du suivi médical. Avec plusieurs dizaines de milliers de personnes potentiellement concernées, les médecins généralistes occupent donc une place centrale. Car le territoire manque de spécialistes permanents en diabétologie. « Moi j’ai les diplômes mais pas encore le titre, sinon il y a une diabétologue du secteur privé qui vient quelques jours deux fois par mois ».
Mais cela ne signifie toutefois pas que les patients mahorais n’ont pas accès aux traitements. « Tous les moyens français de traitement du diabète sont disponibles à Mayotte », assure-t-il. La principale exception concerne la mise en place des pompes à insuline, qui se fait à La Réunion, le patient est ensuite suivi à Mayotte.
Dépister la maladie
Le dépistage fait partie des missions de RéDiab Ylang, à cela s’ajoute, la sensibilisation, et l’éducation thérapeutique (ETP). Lorsqu’une personne présente un diabète ou des facteurs de risque, elle est accompagnée dans le cadre de l’ETP, avec un travail sur l’alimentation, l’activité physique mais aussi sur la manière de vivre avec la maladie au quotidien. Pour rappel, les facteurs de risque sont nombreux : antécédents familiaux, surpoids, manque d’activité physique, hypertension, tabac ou encore alcool.

Les femmes sont particulièrement concernées à Mayotte, notamment en raison d’un fort taux d’obésité et l’existence du diabète gestationnel, qui peut disparaître après une grossesse mais rester un facteur de risque pour la suite.
« Notre but, ce n’est pas de venir interdire aux mahorais de consommer des boissons sucrées. C’est impossible avec le contexte qu’on a chez nous, avec les manzaraka. Il faut juste diminuer la consommation ! », souligne Annaïsse Kamili, chargée de prévention et promotion de la santé à RéDiab Ylang.
Même approche pour l’alimentation, le riz blanc reste la base des repas pour beaucoup, et tout le monde n’a pas le même portefeuille. L’association propose donc d’autres possibilités, comme la banane verte, le manioc ou la pomme de terre, mais sans perdre de vue les contraintes financières de chacun.
Vivre avec le diabète
Derrière les chiffres, il y a enfin une réalité beaucoup plus quotidienne : apprendre à vivre avec la maladie. Soya Attoumani a découvert son diabète par hasard, lors d’un événement de santé où elle a accepté de se faire dépister. Elle considère aujourd’hui que cette découverte précoce a été une chance.
Depuis, elle a changé certaines habitudes, mange davantage sainement, mais sans pour autant renoncé à tout les plaisirs. « Je mange comme tout le monde, je me fais plaisir tout en étant vigilante », conclut-elle.
Shanyce MATHIAS ALI


