Le Parlement européen a largement approuvé, ce 15 septembre 2026 à Strasbourg, un amendement défendu par Younous Omarjee visant à adapter le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) aux réalités des régions ultrapériphériques. Le texte, cosigné par près de 50 députés issus de plusieurs groupes politiques, a recueilli 465 voix pour et 69 contre. « Le Parlement européen vient d’adopter à une très large majorité l’amendement que j’ai proposé (…) afin d’adapter le mécanisme carbone européen aux réalités des régions ultrapériphériques », s’est félicité le vice-président du Parlement.
Cette révision du MACF – qui aligne le coût carbone des importations sur celui supporté par les producteurs européens – intervient alors que l’UE étend la taxe aux frontières à plus de 450 produits pour protéger l’environnement et les industriels européens. Mais dans les Outre-mer, éloignés de plusieurs milliers de kilomètres du continent, l’application sans aménagement aurait renchéri fortement des matériaux essentiels importés des bassins régionaux voisins, faute d’offre européenne accessible. Des estimations évoquent un surcoût moyen proche de 32 % sur les produits visés, pouvant grimper jusqu’à 70 % pour le ciment, avec des répercussions directes sur la construction, le logement, les infrastructures publiques et, pour certains intrants, l’agriculture.
Pour Younous Omarjee, « C’est une excellente nouvelle pour les entreprises réunionnaises, mais aussi pour l’ensemble des Réunionnais, car cela contribue à la lutte contre la vie chère ». La délégation française de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates, à l’origine de l’amendement repris dans un compromis transpartisan, salue une mesure de bon sens qui évite de pénaliser des citoyens européens en raison de leur éloignement géographique et ne fragilise pas pour autant l’ambition climatique du texte.
La dérogation adoptée, d’une durée de quatre ans et renouvelable, pourra être activée par simple notification de l’État membre concerné, sans autorisation préalable de la Commission. Elle constitue, selon les élus S&D, une garantie de prévisibilité pour les opérateurs ultramarins et la preuve que l’article 349 du Traité peut protéger les populations d’Outre-mer contre la hausse des prix. « Cette exemption permet de faire en sorte qu’une bonne politique climatique européenne ne pénalise pas les populations ultramarines simplement en raison de leur éloignement géographique, lorsqu’aucune alternative réelle n’existe », insiste Younous Omarjee.
L’issue n’est toutefois pas scellée. Le Conseil défend pour l’heure une dérogation limitée aux seules catastrophes naturelles, une clause ponctuelle jugée inadaptée à une contrainte permanente par la délégation S&D. « Je reste pleinement mobilisé pour que cette victoire parlementaire soit préservée dans la négociation avec le Conseil et qu’elle se traduise rapidement en droit européen effectif », affirme Younous Omarjee, tandis que les eurodéputés socialistes appellent le gouvernement français à soutenir sans ambiguïté le mandat du Parlement lors des trilogues. Pour les cinq millions d’Européens vivant en régions ultrapériphériques, le résultat se mesurera très concrètement dans le prix de la construction, du logement et des produits agricoles.


