L’initiative intervient à un moment charnière pour le territoire. Après l’installation des équipes municipales issues des élections de 2026 et dans le sillage du traumatisme laissé par le cyclone Chido fin 2024, les collectivités locales doivent impérativement intégrer l’adaptation climatique au cœur de leurs politiques d’aménagement. Au programme de cette journée : une matinée rythmée par des ateliers participatifs au format table ronde, suivie de conférences scientifiques associant Météo-France, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et des chercheurs universitaires.
Pour le directeur du CNFPT (Centre national de la fonction publique territoriale Mayotte), Philippe Arhan, l’enjeu premier réside dans la montée en compétences. « Notre mission est d’accompagner et de former les agents sur différentes connaissances. L’objectif est de renforcer leurs compétences en matière de changement climatique et de risques naturels pour qu’ils adhèrent aux évolutions futures et soient plus efficaces dans l’anticipation, la prévention, voire la gestion de crise. »
Le responsable refuse d’ailleurs de s’enfermer dans le concept classique de résilience, préférant celui de robustesse. « En France, on parle beaucoup de résilience, mais cela consiste souvent à revenir à l’état antérieur à la crise, avec les mêmes vulnérabilités. La

robustesse, elle, exige de tirer toutes les leçons pour être réellement plus forts face aux prochains chocs. »
Cette ambition passe par la création d’un collectif territorial réunissant des partenaires d’horizons variés, à l’image de la DEALM, de la Plateforme d’intervention régionale de l’océan Indien (PIROI) de la Croix-Rouge, du CAUE et des associations environnementales.
Sensibilisation citoyenne
Cette volonté de mise en réseau est partagée par l’AFPCNT (Association française pour la prévention des catastrophes naturelles et technologiques) présente sur l’île depuis 2022 et particulièrement investie dans la construction de feuilles de route adaptées aux spécificités locales. Sa représentante à Mayotte, Hedia Jelassi-Noulin, insiste sur l’importance d’accompagner la nouvelle gouvernance communale tout en descendant au plus près du quotidien des habitants. « Après les élections de 2026, il y a un défi de lancement de projets au sein des nouvelles municipalités. Ce moment d’échange permet de croiser les regards avec les élus et les agents pour mieux appréhender les impacts du changement climatique et identifier les moyens concrets à mobiliser. »
L’association déploie sur l’archipel plusieurs dispositifs opérationnels, dont une caravane itinérante de sensibilisation qui sillonne les établissements scolaires de Mamoudzou,

Chirongui, Chiconi, Petite-Terre ou M’tsamboro pour inculquer les bons réflexes dès le plus jeune âge. Un volet interassociatif vise également à former les structures non agréées de sécurité civile à la conduite à tenir en période d’urgence. « On ne fera rien sans la population, rappelle Philippe Arhan. Pour que la transition réussisse, il faut obtenir l’adhésion de tous. Un agent territorial ou un élu fait partie intégrante de cette population. »
Urbanisme et règles de construction
Sur le terrain des ateliers thématiques, les échanges ont rapidement mis en lumière les difficultés structurelles d’application des consignes environnementales. Hydrogéologue et animatrice au sein du réseau EEDD 976, Raissane Assoumani pointe des freins culturels et matériels. « Beaucoup de ressources existent en ligne, mais les gens ignorent souvent leur existence. Surtout, les habitudes peinent à changer. Après le passage du cyclone Chido, de nombreuses toitures en tôle emportées par les vents ont été réinstallées exactement à l’identique, sans adapter les techniques de fixation. »

Face à ce constat, les participants ont esquissé des solutions de terrain, préconisant par exemple le déploiement de brigades municipales de médiation et de contrôle pour aller à la rencontre des habitants et expliquer les dangers. La découverte d’un portail cartographique spécifiquement dédié aux risques naturels à Mayotte, plus réactif et actualisé que la plateforme nationale Géorisques, a par ailleurs constitué un outil précieux pour les techniciens présents. En clôturant les débats, l’ensemble des acteurs ont réaffirmé qu’aucune solution miracle ne viendrait de l’extérieur. Seule une ingénierie territoriale renforcée, adossée à une gouvernance inclusive et des financements pérennes, permettra aux communes de Mayotte de transformer leurs vulnérabilités en remparts face aux crises climatiques de demain.
Léo Vignal


