Conçue par Mariama Ibouroi Mze, "Parlons shimaore" propose un parcours intensif de quatre semaines. L'objectif : rompre avec l’appréhension de mal prononcer, surmonter la peur du jugement et oser formuler ses premières phrases.

« Parlons shimaoré », la méthode pensée pour débloquer la parole du quotidien

Conçue par Mariama Ibouroi Mze, "Parlons shimaore" propose un parcours intensif de quatre semaines. L'objectif : rompre avec l’appréhension de mal prononcer, surmonter la peur du jugement et oser formuler ses premières phrases.

Il ne s’agit ni d’une énième application mobile de vocabulaire, ni d’un précis de grammaire académique. La formation « Parlons shimaoré » a été entièrement calibrée pour répondre aux besoins concrets des résidents non-maorephones et des membres de la diaspora. Le programme repose sur des sessions courtes de cinq à dix minutes par jour, réparties du lundi au vendredi, associant des capsules audio, des vidéos explicatives et des quiz récapitulatifs en fin de semaine.

Mariama Ibouroi Mze clarifie d’emblée l’intention pédagogique du projet. « Ce n’est pas un cours de grammaire, ce n’est pas un cours de conjugaison. C’est différents sujets de la vie courante : aller au marché, demander son chemin, les différents sens de direction, savoir poser des questions ou demander le prix d’un objet ». Elle insiste sur le fait que  « l’objectif à l’issue de ces quatre semaines, c’est que l’apprenant puisse faire ses premières phrases simples. Peu importe qu’il y ait des erreurs, un accent ou une mauvaise prononciation. Il ne faut pas se sentir jugé ».

Ce blocage psychologique face à la prise de parole constitue un frein récurrent sur le territoire comme à l’extérieur. « Ce même sujet de peur, on le retrouve chez les personnes de la diaspora, les enfants nés hors de Mayotte, à La Réunion ou dans l’Hexagone, qui redoutent de parler parce qu’ils craignent les moqueries », souligne la créatrice.

 

Un parcours réorienté 

Lancée dans une première version en mai 2025 avec l’aide de sa sœur formatrice et de ses cousins experts en communication et en informatique, la plateforme s’adressait initialement aux débutants. Les retours d’expérience ont cependant conduit à réajuster la cible. La formule retravaillée durant l’été 2026 vise désormais des profils ayant déjà développé une accoutumance auditive avec les sonorités locales : professionnels résidant sur l’archipel depuis plus de deux ans, conjoints au sein de couples mixtes ou enfants de familles mahoraises n’ayant pas reçu la transmission linguistique durant leur jeunesse.

La fondatrice tire ce constat de sa propre trajectoire personnelle. « Je suis née à Mayotte mais mes parents ont déménagé dans les années 1990. J’ai fait toute ma vie à La Réunion avant de poursuivre mes études dans l’Hexagone ». Mariama Ibouroi Mze, pouvait mélanger le créole réunionnais, le shimaoré, le shingazidja et le français dans une même phrase. « C’est lors d’un séjour à Mayotte qu’un voisin m’a fait remarquer qu’il fallait s’exprimer dans une seule langue pour être comprise. Ce projet me permet aussi d’enrichir mon propre vocabulaire et de m’exprimer sans bégayer ».

Sur le plan linguistique, la formation aborde les spécificités phonétiques propres au shimaoré dès le module d’ouverture, rappelant ses racines au sein de la famille bantoue et ses proximités avec les autres parlers de l’archipel ainsi que le swahili.

Accompagnement mensuel

Pour cette nouvelle rentrée, l’architecture technologique a été modernisée grâce à l’intégration d’un système professionnel de gestion de l’apprentissage (LMS), fluidifiant le parcours asynchrone des apprenants. L’innovation majeure réside dans l’instauration d’un suivi interactif : à la suite des quatre semaines de modules en autonomie, Mariama Ibouroi Mze assure une fois par mois pendant un trimestre des séances d’échange en visioconférence pour lever les blocages et délier les conversations.

Le cursus global est commercialisé au tarif de 250 euros. Actuellement en reconversion dans le secteur du commerce agricole, la conceptrice prépare également le déploiement d’une chaîne YouTube pour vulgariser les expressions d’usage et encourager les usagers à s’intégrer pleinement dans les échanges quotidiens de l’île.

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