Après plus de deux ans de mobilisation autour de l’accès à l’eau, l’association Mayotte à Soif lance une nouvelle étape avec « 10 000 Gouttes d’Eau », un projet qui doit permettre aux familles de cultiver leurs propres tomates en réutilisant une partie de l’eau habituellement jetée.

Crise de l’eau : réutiliser les eaux du quotidien pour faire pousser des tomates

Après plus de deux ans de mobilisation autour de l’accès à l’eau, l’association Mayotte à Soif lance une nouvelle étape avec « 10 000 Gouttes d’Eau », un projet qui doit permettre aux familles de cultiver leurs propres tomates en réutilisant une partie de l’eau habituellement jetée.

À Mayotte, la crise de l’eau s’est installée dans le quotidien depuis quelques années. C’est dans ce contexte de coupures à répétition qu’a vu le jour en septembre 2023, l’association « Mayotte à Soif ». Dès la mise en place des premières tours d’eau, le collectif s’était mobilisé  dans les médias pour alerter sur les conséquences de la pénurie sur la population mahoraise. « J’étais tellement exaspérée que je me suis dit : bon, on va mettre le paquet là », raconte la présidente de l’association « Mayotte a Soif », Racha Mousdikoudine, encore émue.

Aujourd’hui, l’association ouvre un nouveau chapitre avec la campagne « 10.000 Gouttes d’Eau ». Un projet qui part d’une idée simple : utiliser autrement une eau que les familles ont l’habitude de jeter.

Des eaux du quotidien aux premières tomates

Racha Mousdikoudine, présidente de l’association « Mayotte a Soif » (DR)

La campagne « 10 000 Gouttes d’Eau » part d’une idée simple : permettre aux familles de produire leurs propres tomates en utilisant autrement certaines eaux du quotidien : l’eau utilisée pour le premier rinçage des légumes ou l’eau de cuisson du riz.

À La Réunion, l’association a commencé par faire pousser une trentaine de plants de tomates, de plusieurs variétés. C’est là que le projet « Tomati na Maji » (Tomates et eau), a pris forme, avec les premières récoltes et les premières graines qui serviront bientôt à lancer les plantations à Mayotte.

Le choix de La Réunion n’est pas anodin, plusieurs femmes mahoraises y sont actuellement pour leurs soins et ont pu prendre part à cette étape numéro un. Quatre d’entre elles ont d’ailleurs déjà goûté les premiers fruits. La présidente les accompagne depuis plusieurs années et connaît la situation de ces femmes qui, pour certaines, ne peuvent pas rentrer sur le territoire pendant leur maladie, en raison du manque de soin.

« En tant que présidente bénévole de Mayotte à Soif, je suis très émue de voir ce projet prendre vie. Il montre qu’avec des gestes simples, nous pouvons préserver notre eau et renforcer l’autonomie alimentaire de nos familles. En plus, à ces femmes, ça leur permet faire un geste pour l’île même en étant loin », explique Racha Mousdikoudine avec émotion.

Une première distribution à la mi-octobre à Mayotte

L’affiche de campagne du projet « 10.000 gouttes d’eau ».

Une dizaine de familles doivent recevoir les premiers kits et être accompagnées dans la mise en place des plantations. Racha Mousdikoudine prévoit notamment de commencer ses visites dans le secteur de Sada avec des bénévoles.

Les familles pourront cultiver les tomates même avec peu d’espace, notamment sur un balcon. Depuis le début de la crise, les bouteilles d’eau font partie du quotidien des Mahorais. Elle propose justement de leur donner une seconde utilité en les transformant en pots pour les plantations, une solution qui pourra être expliquée directement aux familles lors des visites, avec les conseils pour utiliser les eaux du quotidien et entretenir les plants. « Dans un premier temps, on va privilégier les personnes âgées et les personnes vulnérables ».

Autre sujet, l’association compte profiter de ces rencontres pour entendre les habitants sur leurs difficultés liées à l’eau, à la santé, et ainsi pouvoir  leur donner des contacts et des outils pour faire remonter ces problèmes, notamment auprès de l’avocat qui accompagne « Mayotte à Soif ».

Selon Racha Mousdikoudine, plus de 148 personnes se sont déjà déclarées concernées par les conséquences du changement climatique, une démarche menée avec l’Affaire du Siècle autour d’un plan d’adaptation. Cependant, le nombre de participants comptabilisés sur l’île reste faible au regard de la population du territoire.  « Aujourd’hui, chaque personne peut et doit prendre la parole et dire : oui, je suis concernée par le changement climatique », explique Racha Mousdikoudine.

Une campagne qui doit durer

Mayotte a soif, notre affaire à tous, Mayotte, Chido, Dikeledi
L’association dépend des revenus personnels de la présidente.

Pour poursuivre ces actions, « Mayotte à Soif » compte sur les dons. L’association fonctionne avec 0 euro de subvention publique afin de préserver une totale indépendance. Elle s’appuie donc sur des bénévoles et explique ne pas disposer d’entrées d’argent pour financer ses activités.

Alors que les kits de plantation, le matériel, les déplacements, les visites à Mayotte et l’accompagnement des personnes suivies à La Réunion représentent un budget conséquent. « Sans les dons, on ne peut rien faire », insiste la présidente.

En attendant plus de financement, la première étape sera limitée à une dizaine de familles mahoraises. Mais le projet a été pensé pour se développer progressivement grâce au partage des graines. Une famille comptant en moyenne quatre membres, ces premiers kits pourraient déjà concerner une quarantaine de personnes.

À plus long terme, « Mayotte à Soif » vise 10.000 familles, l’association veut que les graines circulent d’un foyer à un autre et que la campagne puisse continuer pendant plusieurs années.

Shanyce MATHIAS ALI.

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