Ancien soignant ayant fui les horreurs de la guerre en République démocratique du Congo, Nélius, infirmier congolais devenu moto-taxi par nécessité survit aujourd'hui dans l'informalité du transport à deux-roues sur l'île aux parfums. Réfugié statutaire, il se retrouve pourtant piégé dans un vide juridique, naviguant au quotidien entre la peur des délinquants, les amendes de police et l'attente désespérée d'un titre de séjour qui tarde à venir.

Nélius : infirmier congolais devenu moto-taxi par nécessité

Ancien soignant ayant fui les horreurs de la guerre en République démocratique du Congo, Nélius, infirmier congolais devenu moto-taxi par nécessité survit aujourd'hui dans l'informalité du transport à deux-roues sur l'île aux parfums. Réfugié statutaire, il se retrouve pourtant piégé dans un vide juridique, naviguant au quotidien entre la peur des délinquants, les amendes de police et l'attente désespérée d'un titre de séjour qui tarde à venir.

Sur les routes sinueuses et embouteillées de Mayotte, le rugissement des moteurs de deux-roues est devenu la bande-son incontournable du quotidien. Face à la saturation des transports publics et à l’explosion démographique, une économie parallèle s’est imposée pour pallier les carences du territoire : les motos-taxis. Derrière le guidon de ces engins non homologués pour le transport de personnes, on retrouve souvent une jeunesse africaine immigrée, contrainte à l’informalité pour ne pas sombrer. Parmi eux, Nélius* originaire du Congo. Pourtant, il y a deux ans, son quotidien n’avait rien à voir avec le bitume mahorais.

Du bloc opératoire aux ruelles de Mamoudzou

Son seul jour de repos est le samedi. Léo Vignal / JDM

Arrivé à Mayotte début décembre 2024 après avoir fui les combats qui ravagent l’est du Congo, cet homme exerçait une profession essentielle dans son pays d’origine. « Chez moi, j’étais infirmier diplômé », confie-t-il à voix basse. Une qualification qui fait cruellement défaut au Centre Hospitalier de Mayotte (CHM), constamment en quête de personnel soignant. Mais sans titre de séjour en règle, impossible de prétendre exercer son métier. Pour survivre, le soignant s’est résigné à enfourcher une moto d’emprunt : « Ce n’est pas un vrai métier, c’est juste un moyen de se débrouiller pour trouver de quoi manger ».

L’imbroglio administratif et le piège des amendes

La situation administrative de Nélius relève du casse-tête. « J’ai eu l’accord pour ma protection de réfugié depuis le 17 mai 2025. Le problème, c’est que je n’ai toujours ni récépissé avec des dates de validité ni carte de séjour ». Alors que la préfecture fait face à un engorgement massif de ses services, Nélius attend indéfiniment un rendez-vous. Sans document physique à présenter lors des contrôles, la précarité le rattrape au virage.

Lors de l’opération Kingia, il s’est fait arrêter au rond-point du Baobab. Léo Vignal / JDM

Il y a quelques semaines, sa première interdiction de circuler s’est soldée par un traumatisme financier. « La police m’a arrêté avec la moto. Ils m’ont mis 500 euros d’amende pour l’activité de moto-taxi, plus 400 euros pour les frais de parking. 900 euros au total ! J’ai dû emprunter de l’argent à plusieurs camarades, 100 euros par ci, 200 euros par là. Aujourd’hui, je continue de rouler la peur au ventre, uniquement pour rembourser cette dette, car si on me saisit à nouveau la moto, je n’aurai plus aucun moyen de m’en sortir », raconte-t-il.

 

Viser la métropole pour échapper à la violence

À cette précarité administrative s’ajoute l’insécurité chronique qui gangrène le département. Victime d’agressions par le passé — on lui a déjà volé un téléphone et une première moto sous la menace d’une machette —, Nélius avoue vivre dans un état d’angoisse permanent. « Quand je marche sur la route, j’ai toujours peur de croiser des délinquants. Quand j’ai été m’expliquer au commissariat après mon agression, on m’a répondu que c’était de ma faute parce que je suis venu ici et que les délinquants sont chez eux ».

Titres de séjour, Mayotte, conseil d'Etat
La toute première chose dont a besoin Nélius, ce sont des papiers.(illustration)

Rêvant d’un avenir apaisé où il pourrait enfin enfiler de nouveau sa blouse blanche, Nélius regarde désormais vers l’Hexagone, persuadé que la métropole lui offrira la sécurité et la dignité que Mayotte semble lui refuser. « La toute première chose dont j’ai besoin, ce sont mes papiers. Les documents ouvrent la porte au travail légal. Une fois que j’aurai mon titre de séjour, je pourrai enfin laisser cette moto au garage et construire une vie stable, sans enfreindre la loi ».

En attendant le précieux sésame préfectoral, Nélius continue de sillonner l’île, le casque vissé sur la tête et l’espoir chevillé au corps.

*le prénom a été modifié

Léo Vignal

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