Le Rectorat et l’Université de Mayotte organisent une conférence ce samedi 21 février à partir de 10h, à la mairie de Mamoudzou (Salle des Mariages), animée par Damien Devault, maître de conférences HDR à l’Université de Mayotte et à l’Université de Bordeaux.

La barge de dessalement hors lagon : une nouvelle source d’eau pour Mayotte ?

Le Rectorat et l’Université de Mayotte organisent une conférence ce samedi 21 février à partir de 10h, à la mairie de Mamoudzou (Salle des Mariages), animée par Damien Devault, maître de conférences HDR à l’Université de Mayotte et à l’Université de Bordeaux.

Depuis 2020, l’Université de Mayotte accompagne la réflexion scientifique autour de l’énergie thermique des mers (ETM ou OTEC en anglais), également appelée une « énergie bleue ». Cette technologie repose sur l’exploitation de la différence de température entre l’eau chaude en surface et l’eau froide en profondeur pour produire de l’électricité. Les conditions océaniques du territoire se prêtent particulièrement à ce type d’innovation.

En effet, la question de l’approvisionnement en eau potable constitue un enjeu majeur pour notre territoire, confronté à une pénurie d’eau structurelle liée à une production insuffisante face à une demande en constante augmentation. La dépendance aux ressources de surface, fortement sensibles aux périodes de sécheresse, ainsi qu’aux ressources souterraines limitées, rend nécessaire l’identification de solutions complémentaires et durables pour sécuriser l’accès à l’eau potable sur l’île.

Un projet de barge est actuellement à l’étude.

Aussi, un projet de barge actuellement à l’étude propose d’associer ces deux approches : installée à plusieurs kilomètres hors du lagon, la barge intégrerait une usine de dessalement alimentée par une centrale utilisant l’énergie thermique des mers. Cette solution vise à produire de l’eau potable de manière durable, tout en limitant l’impact environnementale et la dépendance énergétique du territoire.

Dans ce contexte, le dessalement de l’eau de mer apparaît comme une solution stratégique. Toutefois, cette technologie implique des besoins énergétiques importants, ce qui conduit à explorer des modes de production d’énergie adaptés aux caractéristiques naturelles de Mayotte.

L’énergie thermique des mers : une solution éprouvée et souveraine

L’énergie thermique des mers repose sur la différence de température entre les eaux de surface chaudes et les eaux profondes froides. Cette différence permet de vaporiser ou liquéfier certains fluides, générant une détente transformée en électricité par un turboalternateur.

Ce projet est basé sur une technologie désormais éprouvée, avec des composants qui peuvent être 100% français. De plus, il n’ajoute aucun stress énergétique car il est positif en génération d’énergie pour l’île, ni de stress environnemental grâce à une implantation hors lagon. Enfin, il est mutualisable : une barge OTEC peut servir de nourricière à plusieurs barges de dessalement proches de la côte.

L’ETM reste une énergie décarbonée, illimitée, gratuite, inaliénable et surtout non intermittente.

Les tentatives passées ont longtemps été freinées par le faible coût du pétrole, mais le renchérissement des énergies fossiles et les tensions internationales ont relancé l’intérêt. Aujourd’hui, des projets sont en cours à La Dominique, Sao Tomé et aux Canaries, tandis qu’une centrale terrestre existe déjà à Marseille (Thassalia).

La France, berceau de cette technologie, a longtemps eu une avance significative. Un projet ambitieux en Martinique devait fournir 10% du mix énergétique de l’île, mais a été abandonné pour des raisons politiques et financières. Pourtant, l’ETM reste une énergie décarbonée, illimitée, gratuite, inaliénable et surtout non intermittente, car la température de la mer varie peu.

Alors que l’usine de dessalement de Petite-Terre voit ses performances réduites par la turbidité et que le site d’Ironi Bé pourrait ne fonctionner qu’un jour sur quatre, une usine offshore puiserait une eau idéale pour le dessalement. Une barge combinant ETM et dessalement pourrait être construite en 18 mois, fournir 6 000 m³/jour et coûter 60 millions d’euros, soit un rapport service/prix équivalent à Ironi Bé (10 000 m³/jour pour 100 millions d’euros). En cas de succès, d’autres barges pourraient être installées sans se nuire ni gêner quiconque, répondant ainsi à la croissance des besoins en eau.

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