C’est un signalement qui a conduit à s’intéresser au fonctionnement du Centre 15 de Mayotte. Selon une source au fait du dossier qui a contacté le JdM, les appels de régulation ne seraient pas systématiquement enregistrés et les difficultés ne dateraient pas d’hier. Le sujet intervient alors que, ces derniers jours, la préfecture de Mayotte avait elle-même alerté sur des difficultés affectant le Centre 15.
Des zones d’ombre autour du dispositif

La question était simple : Le Centre 15 du Centre hospitalier de Mayotte dispose-t-il actuellement d’un système permettant d’enregistrer les appels entrants et ces enregistrements sont-ils correctement conservés ?
Sollicitée sur ce point lundi 24 août 2026, la direction de la communication du Centre hospitalier de Mayotte (CHM) assure que son dispositif d’enregistrement est « pleinement fonctionnel » et qu’ « aucun dysfonctionnement du système n’a été constaté au cours de ces derniers mois ». Une réponse qui semble exclure l’existence d’un problème récent affectant le dispositif.
Mais le directeur du CHM apporte une nuance le même jour. « Il apparaît sûr, nous avons eu des pertes d’enregistrements depuis la panne électrique du 19/08. Nous vérifions la logique d’une orientation des données », déclare-t-il alors, en lien avec le médecin responsable du service, et le directeur des systèmes d’information (DSI) du centre hospitalier.
Le CHM reconnaît donc que des enregistrements ont été perdus depuis cet incident électrique et qu’une vérification technique est en cours. À ce stade, l’établissement n’a pas précisé publiquement l’ampleur de ces pertes, ni le nombre d’appels concernés, ni si elles ont affecté uniquement la période suivant la panne électrique.
Une source proche du dossier, qui a requis l’anonymat, affirme pour sa part que les difficultés d’enregistrement seraient antérieures à cette panne et dureraient depuis plusieurs mois. Cette information n’a pas pu être confirmée indépendamment à ce stade. La chronologie exacte du problème reste donc à établir.
Pourquoi l’enregistrement compte ?

Derrière cette question technique se trouve un enjeu de traçabilité pour la régulation médicale. Lorsqu’un habitant compose le 15, l’appel constitue le premier maillon d’une prise en charge. Symptômes décrits, circonstances, évolution de l’état de santé, informations communiquées par l’appelant, questions posées par la régulation et consignes données constituent une partie essentielle pour permettre à une décision médicale de se construire au cours de cet échange oral, parfois en quelques minutes.
Dans la plupart des situations, l’appel se termine et la prise en charge se poursuit sans qu’il soit nécessaire d’y revenir. Mais lorsqu’un événement indésirable survient, qu’une famille formule une réclamation ou qu’une décision de régulation est ultérieurement questionnée, la possibilité de réécouter la conversation peut devenir essentielle. L’enregistrement permet alors de revenir précisément sur ce qui a été dit, sur les informations dont disposait le régulateur et sur les consignes effectivement données.
Sans cette trace audio, d’autres éléments peuvent rester disponibles : dossier de régulation, notes prises par les professionnels, horaires ou traces informatiques. Mais ils ne reproduisent pas nécessairement l’intégralité de la conversation.
L’enregistrement n’est donc pas seulement un outil de contrôle, il peut aussi constituer une protection pour les équipes de régulation. Pour un assistant de régulation médicale comme pour un médecin régulateur, pouvoir réécouter un appel permet, en cas de contestation, de vérifier les circonstances dans lesquelles une décision a été prise. Une situation complexe peut être réécoutée, une incompréhension identifiée, mais aussi les pratiques de régulation peuvent être analysées collectivement. Ainsi, pour les patients comme pour les professionnels, l’enregistrement constitue ainsi à la fois une trace de la prise en charge et une forme de protection.
Un cadre légal qui prévoit l’enregistrement
Le cadre réglementaire accorde une importance particulière à cette question : le Code de la santé publique prévoit que les SAMU disposent de moyens d’enregistrement des appels et encadre leurs conservations. Il reste donc à déterminer précisément ce qui s’est passé au Centre 15 de Mayotte, en établissant la chronologie et l’ampleur des pertes constatées : combien d’appels sont concernés ? Depuis quand ? Sur quelle période exacte et pour quelles raisons ?
Le CHM indique qu’une analyse est en cours. Ses conclusions permettront notamment de déterminer si ces pertes sont uniquement liées à la panne électrique du 19 août ou si elles témoignent d’une difficulté plus ancienne.
Mathilde Hangard



