À M'tsapéré, le Village d'EVA accompagne des enfants non scolarisés jusqu’à leur intégration dans le système éducatif. Pour leur dernier jour avant les vacances, les cahiers ont laissé place aux jeux. Une autre manière d’apprendre.

Au Village d’EVA, apprendre avant de retrouver le chemin de l’école

À M'tsapéré, le Village d'EVA accompagne des enfants non scolarisés jusqu’à leur intégration dans le système éducatif. Pour leur dernier jour avant les vacances, les cahiers ont laissé place aux jeux. Une autre manière d’apprendre.

Certains enfants étaient tristes d’être en vacances. Léo Vignal / JDM

À 12 ans, Soulé compte déjà les jours avant la reprise. « Je suis triste que ce soit les vacances », dit-il. Arrivé il y a seulement un mois au Village d’EVA, il y est épanoui. « L’école ici c’est trop bien. J’ai déjà hâte que le 24 août arrive et que ce soit la rentrée ».

Pour leur dernier jour avant la pause estivale, les enfants ont rangé les cahiers de français et de mathématiques. À la place, jeux de société, football, basket et activités collectives. Une journée légère mais qui reste fidèle à la mission de l’association : préparer ces enfants éloignés de l’école à y retourner.

Un sas avant l’école

Présent sur plusieurs sites de Mayotte, le Village d’EVA accueille des enfants de 5 à 15 ans qui ne sont pas scolarisés. Certains viennent d’arriver sur l’île, souvent avec des familles en situation administrative précaire. D’autres n’ont jamais été à l’école.

Repérés lors de maraudes dans plusieurs quartiers de l’île, ils suivent des cours trois jours par semaine en attendant une inscription dans un établissement scolaire. L’association les accompagne également dans leurs démarches.

Les enfants faisant partie de l’association le Village d’Eva n’ont pas la chance d’être scolarisés à l’école publique. Léo Vignal / JDM

« Tous les enfants devraient avoir droit à l’éducation », rappelle Arlette Attoumani Ousseni, professeure de français et de mathématiques en service civique depuis mars 2026. « Mais ici beaucoup d’enfants ne vont pas à l’école parce que les établissements n’arrivent pas à accueillir tout le monde ».

Les élèves sont répartis selon leur niveau, et non leur âge. « L’âge ne détermine pas le niveau. Ils n’ont pas tous eu le même parcours scolaire et éducatif. Certains arrivent de pays où l’enseignement était en anglais, d’autres ont déjà un très bon niveau général. On adapte les groupes à chacun ». Lecture, écriture, calcul : les apprentissages reprennent progressivement.

À la rentrée prochaine, trois élèves de sa classe intégreront une école. « Plus on récupère les enfants tôt, plus ils ont une chance d’intégrer une école. Mais chaque élève reste le temps qu’il faut ».

« Là-bas, on nous frappait. Ici, c’est tellement mieux »

Tout l’après midi les enfants et les éducateurs ont joué au foot. Léo Vignal / JDM

« Pendant une année, je ne suis pas allé à l’école et j’ai oublié plein de choses », se désole Soulé. Arrivé des Comores, il raconte une expérience scolaire difficile dans son pays d’origine : « À l’école là-bas, on nous frappait. Ici, c’est tellement mieux ». Le lundi, c’est cours de français. Le mardi, de maths. « Et le vendredi, on fait du sport et des jeux », explique-t-il.

Selon Arlette Attoumani Ousseni, « les jeux leur permettent de se détendre, mais aussi d’apprendre énormément. Ils développent l’esprit d’équipe, le respect des règles et la coopération ».

Pendant les vacances, Soulé restera chez sa tante, avec qui il est hébergé chez des proches. « Je me sens vraiment mieux au village d’Eva que quand je ne fais rien à la maison. Ici, on apprend tout le temps ».

Joséphine Puig

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