Au stade de Cavani, les conseils de Kemal fusent au rythme de la musique. Autour de lui, une vingtaine de jeunes se succèdent au centre du cercle. Certains découvrent le breakdance, d'autres perfectionnent des figures qu'ils travaillent depuis plusieurs années. À bientôt 20 ans, cet élève infirmier consacre une grande partie de son temps libre à transmettre sa passion.

À Mayotte, le hip-hop comme antidote aux divisions

Au stade de Cavani, les conseils de Kemal fusent au rythme de la musique. Autour de lui, une vingtaine de jeunes se succèdent au centre du cercle. Certains découvrent le breakdance, d'autres perfectionnent des figures qu'ils travaillent depuis plusieurs années. À bientôt 20 ans, cet élève infirmier consacre une grande partie de son temps libre à transmettre sa passion.

Tout l’été, le collectif Yatru Hip-Hop parcourt les villages de Mayotte pour proposer gratuitement des initiations et des entraînements. « Certains ont peur de se déplacer à cause des tensions entre villages, ou ne peuvent tout simplement pas. Alors c’est nous qui nous déplaçons. Le but, c’est que chacun puisse participer à un moment de l’été », explique le jeune danseur.

Kemal en démonstration…

Sous un soleil écrasant, les danseurs enchaînent les chorégraphies et les figures. « Écarte tes pieds, voilà, c’est bien comme ça ». Pour Kemal, la danse offre avant tout un espace à soi. « Ça permet de prendre confiance, de souffler, de penser à autre chose. Et surtout ça évite que les jeunes restent dans la rue. Quand on n’a rien à faire, on peut vite prendre de mauvaises habitudes ». Un espace où se retrouver, loin des tensions entre quartiers et de loisiveté.

Pour lui, la discipline artistique agit comme une forme de prévention. « Ce n’est pas seulement avec de l’argent qu’on peut protéger les jeunes. Leur donner une activité, ça compte aussi et leur permettre de se rencontrer, ça peut permettre de diminuer les tensions ».

Tous mélangés

Pour favoriser ces rencontres, le collectif privilégie des lieux qu’il qualifie de « neutres ».

« Ici, on est tous mélangés : Mahorais, Comoriens, Malgaches. C’est gratuit et ouvert à tous », résume Kemal. Cette diversité est au cœur du projet. Pour Abdillah, 29 ans, plus connu sous le nom de Bboy Demez, « le hip-hop dépasse les conflits », affirme-t-il simplement.

Pour favoriser ces rencontres, le collectif privilégie des lieux qu’il qualifie de « neutres ». « Des jeunes de Kahani et de Tsoundzou se retrouvent ici pour danser alors que, normalement, ce serait compliqué à cause des tensions. Ils ne se seraient probablement jamais rencontrés ».

Selon lui, ces échanges ont une portée qui dépasse la seule pratique sportive ou artistique. « C’est précisément le fait de ne pas se connaître qui crée les tensions. La danse, c’est politique », explique-t-il.

 

« Ce qu’on aime, c’est danser »

Pour les plus jeunes, l’essentiel est ailleurs : apprendre, progresser et partager. À 15 ans, Maenrouf danse depuis deux ans. « Quand on perd une compétition, on ne pleure pas. Nous ce qu’on aime, c’est danser ».Au-delà des performances, il revendique l’héritage culturel du mouvement. « Le hip-hop est né dans la rue. Il y a toute une histoire derrière et ça me plait ».

À ses côtés, Ali, 14 ans, apprécie surtout l’apprentissage collectif. « Moi, ce que j’aime, c’est apprendre, ensemble. Et ici, j’apprends beaucoup ».

Une scène à construire

Le collectif espère, à terme, disposer d’un lieu d’entraînement permanent où les danseurs pourraient se retrouver toute l’année.

Le hip-hop mahorais continue pourtant de se développer avec des moyens limités. « On n’a pas de salle. Alors on danse là où on peut : dans les stades, sur les routes, dans la rue sur des cartons », raconte Kemal.

Le collectif espère, à terme, disposer d’un lieu d’entraînement permanent où les danseurs pourraient se retrouver toute l’année.

Yatru Hip-Hop fonctionne aujourd’hui comme un collectif, avec l’ambition de devenir une association. Comme beaucoup de mouvements culturels émergents, il cherche encore sa place dans un paysage où plusieurs groupes de danse coexistent parfois avec leurs propres rivalités.

Joséphine Puig

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