Créée officiellement en janvier 2026 à Mayotte, l’Académie Mahoraise des Talents Sportifs (AMTS) réunit d’anciens et actuels champions internationaux et Olympiens pour accompagner les jeunes athlètes dans leur parcours vers le haut niveau, notamment face aux difficultés liées au départ vers l’Hexagone, au financement et à l’après-carrière.

Les champions mahorais mettent leur expérience au service de la relève

Créée officiellement en janvier 2026 à Mayotte, l’Académie Mahoraise des Talents Sportifs (AMTS) réunit d’anciens et actuels champions internationaux et Olympiens pour accompagner les jeunes athlètes dans leur parcours vers le haut niveau, notamment face aux difficultés liées au départ vers l’Hexagone, au financement et à l’après-carrière.

Ils ont connu les départs de Mayotte, les entraînements loin de leurs proches, les compétitions, les périodes de doute et pour certains, les Jeux olympiques. Plusieurs sportifs mahorais, anciens champions de France ou internationaux, ont décidé de mettre cette expérience en commun avec la création de l’Académie Mahoraise des Talents Sportifs (AMTS).

Présidée par Fahdedine Madi Ali, ancien international français et plusieurs fois champion de France au lancer du javelot, l’Académie veut répondre aux difficultés qui existent derrière les performances. « Nous avons décidé de répondre aux besoins récurrents des sportifs qui décident de poursuivre le parcours vers l’excellence, vers le haut niveau », explique-t-il.

Quitter Mayotte, un parcours coûteux 

Fahdedine Madi Ali, président de l’AMTS.

Pour un jeune qui vise le haut niveau, partir dans l’Hexagone peut rapidement devenir nécessaire. Il faut trouver un club, poursuivre ses études, se loger, se déplacer et financer son matériel, alors que la famille reste à plusieurs milliers de kilomètres. Fahdedine Madi Ali a lui-même quitté Mayotte à 17 ans, sans sa famille sur place. Il a parfois été accueilli par des proches, mais cela ne remplaçait pas la présence des parents. « Quand on a les parents pas trop loin pour les sportifs qui évoluent sur le territoire national, c’est toujours mieux », résume-t-il.

À cela s’ajoute le coût de la pratique, avec les équipements, les entraînements et les déplacements en compétition. Certaines dépenses ne sont pas prises en charge et peuvent revenir aux parents, jusqu’à devenir un frein à la poursuite de la carrière.

Le président de l’AMTS pointe aussi la confusion entre sportif professionnel et sportif de haut niveau. Le premier vit de son activité, tandis que le second est généralement amateur, même lorsqu’il participe aux plus grandes compétitions. Une distinction qui a des conséquences sur les aides. Il cite notamment le cas de Raphaël Mohamed, spécialiste du 110 mètres haies et demi-finaliste aux Jeux olympiques de Paris il y a deux ans, qui ne rentrerait plus dans certains critères d’accompagnement du Département.

 « On va travailler avec les institutions pour remonter les besoins des sportifs et faire évoluer les dispositifs. L’idée pour nous, c’est qu’il y’ait moins de freins à la pratique sportive de haut niveau à Mayotte ».

Des « grands frères » pour la relève

L’association réunit différentes catégories de sportifs.

Pour la structure, l’accompagnement ne doit pas se limiter au sport. Les études, la formation, la vie sociale et l’après-carrière font aussi partie du parcours. Elle veut conseiller les familles, orienter les sportifs et les mettre en relation avec les bons interlocuteurs, sans remplacer les clubs, fédérations ou institutions.

Pour cela,  plusieurs profils sont réunis, parmi lesquels : Dawiya Abdou, Raphaël Mohamed, Jeanine Assani-Issouf, Habab Abdou Moktar, Kadri Moendadze, Nasrane Bacar, Jeanne Bébé Onzaya Boinaidi, ou encore Austin Rasolonjatovo, des sportifs encore en activité ou en fin de carrière.

La présence des parents fait également partie de cette volonté de croiser les regards, tout comme les compétences en accompagnement de projets. Pour le président, cette diversité doit permettre de suivre le sportif dans son ensemble et pas seulement à travers ses performances.

Un audit avant les premières aides

Pour le moment, l’Académie ne veut pas annoncer une liste précise de dispositifs qu’elle mettra en place. Un audit est en cours pour mieux comprendre la situation des talents sur l’île et ceux qui poursuivent leur parcours en dehors du territoire.

Elle compte notamment regarder les pratiques sportives dans les différentes communes et les manques dans les dispositifs actuels, tout en allant directement à la rencontre des athlètes pour connaître leurs besoins. « On peut deviner leurs soucis, mais je pense qu’il n’y a qu’eux qui seront mieux placés pour nous en parler », souligne Fahdedine Madi Ali.

Cette première étape doit permettre de réunir les informations déjà disponibles et de les compléter avant de définir le plan d’action. La question financière viendra ensuite, l’objectif sera de rechercher des partenaires et réfléchir aux formes d’aide qui pourraient être proposées, notamment pour l’équipement, les déplacements ou d’autres besoins identifiés au cours de l’audit.

S’inspirer des autres territoires ultramarins, c’est aussi le mot d’ordre. À La Réunion et aux Antilles, l’accompagnement des sportifs est plus développé. L’objectif est donc de s’inspirer, en travaillant avec le Département-Région, le mouvement sportif, et les autres acteurs déjà présents.

« Tout commence par un rêve »

Parmi, les représentants du sport mahorais hors territoire, Dawiya Abdou, joueuse de handball, élue meilleure ailière droite du Mondial U20 en juillet dernier.

À terme, l’Académie veut accompagner les jeunes de la détection jusqu’à l’après-carrière et devenir un point de repère pour eux comme pour leurs familles. Le président  insiste aussi sur le rôle des parents, qui peuvent parfois hésiter à laisser leur enfant partir loin de Mayotte. Pour lui, il faut surtout se renseigner sur les dispositifs existants et continuer à soutenir les jeunes dans leurs projets. « Il faut encourager les enfants, les laisser vivre leurs rêves », affirme-t-il, rappelant que le sport peut aussi être une école de la vie.

 L’enjeu est maintenant de faire en sorte que les prochains talents n’aient pas à renoncer simplement parce qu’ils sont nés loin des structures et des réseaux qui permettent d’accéder au plus haut niveau.

Shanyce MATHIAS ALI.

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