Ce samedi 18 juillet 2026, l’hémicycle Younoussa Bamana a accueilli la réunion annuelle des Jeunes Talents Mahorais. Organisée par la Direction de la Jeunesse et des Sports sous l'égide du Département-Région, cette matinée d'échanges a mis en lumière les dispositifs d'accompagnement vers le haut niveau.

La réunion a rassemblé les parents, les jeunes sportifs, les élus et tout ceux qui souhaitaient y assister. Léo Vignal / JDM

L’hémicycle du Département s’est transformé samedi matin en un carrefour d’échanges. D’un côté, des officiels présentant des grilles de subventions indexées sur la performance ; de l’autre, des regards fiers de parents venus chercher des réponses. Créé en 2017, le dispositif Jeunes Talents Mahorais (JTM) soutient aujourd’hui plus de 70 athlètes à fort potentiel évoluant en métropole et en Europe. Pourtant, sous la structure officielle, c’est un véritable parcours du combattant que décrivent les familles. « Si on est derrière eux, ils peuvent aller loin et représenter Mayotte », martèle Minae Diensamtou, mère de deux handballeurs « espoirs » originaires de Tsinghoni.

Ancienne sportive, privée de centres de formation à son époque, elle n’a pas hésité à inscrire ses enfants au club HC Select de sa commune. Le résultat est là : son fils aîné passe professionnel cette année à Dunkerque après avoir transité par le Centre de Ressources, d’Expertise et de Performance Sportive (CREPS) de La Réunion, tandis que son cadet part pour Toulouse dans les prochains mois. Mais cette réussite cache un investissement personnel titanesque.

Le sacrifice des parents, pilier invisible du haut niveau

Laini Abdallah Boina, conseillère départementale et membre de la commission Sport jeunesse, rappelle que le haut niveau reste avant tout « un sacrifice pour la famille ». Un constat partagé avec amertume par Minae. « Il faut absolument qu’il y ait les parents derrière. Le Département ou les familles d’accueil toutes seules, ça ne peut pas marcher ».

Laini Abdallah Boina, conseillère départementale et membre de la commission Sport jeunesse, rappelle que le haut niveau reste avant tout « un sacrifice pour la famille ». (DR : Département-Région de Mayotte)

Pour beaucoup, l’accompagnement financier institutionnel, via la subvention annuelle JTM, s’avère insuffisant face aux réalités matérielles. La procédure impose par exemple aux familles d’avancer le prix du billet d’avion avant d’obtenir un remboursement ultérieur par la collectivité. Une avance de trésorerie étouffante pour les foyers modestes.

Au-delà de l’aspect pécuniaire, c’est l’encadrement humain qui concentre les critiques. L’intégration des structures régionales, comme le Pôle Espoir de La Réunion, constitue souvent le premier traumatisme pour ces adolescents. Maliki Adam, 19 ans, joueur de handball évoluant en National 3 à Toulouse, s’en souvient. « C’est un choc ! On était en totale découverte, sans nos parents, sans aucun membre de notre famille. C’était très dur au début de s’adapter », raconte-t-il.

Le choc du déracinement et le casse-tête des familles d’accueil

Ce saut dans l’inconnu est aggravé par la loterie des familles d’accueil. Maliki et son frère ont dû surmonter une première année difficile avec une famille d’accueil peu investie dans leurs démarches quotidiennes avant d’en changer. Sa mère, Minae, regrette que le Département ne joue pas un rôle d’entremetteur pour sécuriser ces placements. « Pour cette démarche-là, il n’y a pas le Département. C’est nous, en tant que parents, qui sommes obligés de faire le nécessaire ». Interpellée sur cette rupture de suivi, l’élue Laini Abdallah Boina a botté en touche en renvoyant la balle vers les délégations de Paris et de Mayotte, suggérant d’activer leurs assistants sociaux en cas d’échec. Un suivi d’autant plus crucial qu’une fois passées les trois années de formation initiales à La Réunion, les sportifs se disent « livrés à eux-mêmes » pour dénicher des centres en métropole, faute de conseillers techniques départementaux référents.

Fédérer pour briser l’isolement

Un moment d’échange à eu lieu entre les parents et les membres du Conseil départemental. Léo Vignal / JDM

Face à ce déficit d’accompagnement structurel, les familles tentent de s’organiser. La matinée a vu émerger l’initiative de créer une association de parents de JTM afin de rompre l’isolement et de partager les retours d’expérience. Actuellement, les échanges se limitent souvent à des félicitations ponctuelles sur des boucles WhatsApp collectives. Une structure formelle permettrait de rassurer les familles qui, par peur de l’inconnu, refusent parfois d’envoyer leurs enfants pourtant repérés par des recruteurs.

Malgré ces embûches, la volonté d’aller de l’avant reste intacte chez les athlètes. « Je veux dire à tous les Mahorais qui ont un rêve de devenir des sportifs de haut niveau de le réaliser. C’est beaucoup plus accessible aujourd’hui. Il faut juste se donner à fond », conclut Maliki avec optimisme. De quoi rappeler aux élus que les subventions ne remplacent pas la présence humaine. Pour que la filière d’excellence mahoraise ne repose plus uniquement sur le sacrifice financier et l’instinct de débrouille des parents, la collectivité doit muscler son jeu.

Léo Vignal