Invitées à participer à la deuxième édition du "Elles Tech Tour Maroc" grâce au soutien de la French Tech Mayotte, quatre entrepreneuses de Mayotte ont passé une semaine à la rencontre des acteurs de l'innovation marocaine, avec l'ambition de développer leurs projets au-delà de l'île.

« Elles Tech Tour Maroc » : des entrepreneuses mahoraises voient plus grand pour développer leur activité

Invitées à participer à la deuxième édition du "Elles Tech Tour Maroc" grâce au soutien de la French Tech Mayotte, quatre entrepreneuses de Mayotte ont passé une semaine à la rencontre des acteurs de l'innovation marocaine, avec l'ambition de développer leurs projets au-delà de l'île.

Une semaine peut parfois suffire à changer la manière de voir son entreprise. C’est le sentiment partagé par quatre entrepreneuses mahoraises invitées à participer à la deuxième édition du « Elles Tech Tour Maroc », grâce au soutien financier de la Direction générale des Outre-mer (DGOM), dans le cadre des actions portées par Mayotte in Tech et la French Tech.

Pendant plusieurs jours, elles ont rencontré des startups, des investisseurs, de grandes entreprises et des acteurs de l’innovation marocaine, avec l’objectif de créer des contacts et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour leurs projets.

Une immersion qui dépasse les attentes

Pour Youmna Mouhamad, fondatrice de Nyfasi, le voyage répondait d’abord à un besoin très concret : trouver des distributeurs pour développer sa marque de produits capillaires sur le marché marocain. Mais au fil des rencontres, ses attentes ont évolué. « Je suis venue avec l’idée de rencontrer des distributeurs. Finalement, je repars avec beaucoup plus », raconte-t-elle.

Le port de Tanger Med a également retenu l’attention des Mahoraises. L’un des principaux ports du Maroc, connecté aux marchés européens et africains. CR : French Tech Casablanca

L’une des rencontres qui l’a le plus marquée est celle d’une professionnelle qui lui a proposé de la former au « design thinking », une méthode qui permet de repenser un produit à partir des besoins des utilisateurs afin de continuer à l’innover. « Elle a vu le potentiel de mon produit et elle m’a proposé de m’accompagner, même à distance. Je n’étais pas venue pour ça, mais c’est une vraie opportunité ».

Les discussions avec plusieurs marocaines lui ont également permis de mieux cerner le marché local. Entre conseils, habitudes d’achat et recommandations de points de vente, elle dit avoir recueilli des informations qu’elle n’aurait pas obtenues de la même manière en menant une recherche à distance. « C’était presque une première étude de marché. J’ai pu voir qu’il y avait un vrai intérêt », confie-t-elle.

Des opportunités pour les entrepreneuses

Les autres entrepreneuses mahoraises présentes au Maroc ont elles aussi trouvé de nouvelles pistes de développement. Anazra Mohamed, fondatrice de Nouringa Coffee, y a participé avec l’idée de faire avancer concrètement sa startup.

La société Capgemini, spécialisée dans les technologies, a mis son équipe de leadership à la disposition des quatre mahoraises. CR : French Tech Maroc.

Sur place, elle cherchait surtout des idées pour renforcer la partie digitale de son activité, que ce soit autour des recettes, de la gestion des franchises, des commandes ou encore de l’expérience client.

« L’objectif, c’était vraiment de voir comment on peut faire évoluer tout ça et accélérer le développement technologique de Nouringa », explique-t-elle, tout en profitant du séjour pour rencontrer des experts et des investisseurs susceptibles d’accompagner la suite de son développement.

Lenonelle Redjeraka, vidéaste et porteuse du projet LEO DIGIT, est venue défendre une autre vision de l’entrepreneuriat. Son objectif est de créer une plateforme numérique qui met en valeur les femmes entrepreneures et facilite les liens entre Mayotte, l’océan Indien, l’Afrique et l’Europe. « Le concept a beaucoup plus au Maroc, on m’a demandé si j’étais intéressée de faire le même, mais pour les femmes marocaines ».

Pour Youmna Mouhamad, cette engouement montre que les entreprises mahoraises ont des cartes à jouer sur le marché marocain. « Jane Jaquin, ses robes en nabawane sont toutes parties sur le site », explique la fondatrice de Nyfasi.

Le défi des infrastructures à Mayotte

Si cette immersion ouvre de nouvelles perspectives, elle met aussi en évidence les différences entre les deux territoires. Pour les entrepreneuses, le principal écart concerne les infrastructures.

Elles décrivent un écosystème où universités, centres de recherche, investisseurs et grandes entreprises travaillent ensemble pour accompagner les startups,  des outils et des moyens dont les entreprises mahoraises ne disposent pas toujours. « L’infrastructure, c’est le mot qu’on a tous évoqué. Ici c’est vraiment très développé. Quand on a visité le Technopark, ça nous a fait rêver à ce que pourrait devenir la Technopole de Mayotte. Il y a beaucoup à faire, mais Mayotte est un jeune territoire et il y a des choses qui sont en train d’être faites », explique Youmna Mouhamad.

Après une semaine d’immersion, les participantes repartent avec plein d’initiatives pluridisciplinaires pour leurs entreprises. CR : French Tech Casablanca.

La question de la logistique est également revenue dans les échanges avec les différents acteurs. La jeune femme cite notamment les délais d’approvisionnement, bien plus courts au Maroc. « Un colis qui vient de Chine, ici ils le reçoivent en 20 jours. À Mayotte, certains d’entre nous peuvent attendre jusqu’à trois mois pour le recevoir ! », poursuit-elle.

Malgré ces différences, les quatre participantes repartent avec la conviction que les projets développés à Mayotte peuvent trouver leur place bien au-delà de l’île. « Ce séjour m’a permis de prendre conscience de l’opportunité que le Maroc offre pour l’internationalisation des technologies mahoraises et des entreprises mahoraises », résume Youmna Mouhamad.

Un constat qu’elle souhaite partager avec les jeunes entrepreneurs de l’île. Selon elle, les innovations développées sur le territoire ne doivent pas être pensées uniquement pour le marché local. Elles peuvent aussi être construites avec l’ambition de s’ouvrir à d’autres pays.

Shanyce MATHIAS ALI

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