Du 12 au 14 juin, les Archives départementales de Mayotte ont ouvert une exposition consacrée au mrengué, un art martial traditionnel aujourd’hui souvent associé à des combats de rue, mais dont les organisateurs veulent surtout rappeler l’histoire, les règles et la place sociale dans les villages d’autrefois.

À Mamoudzou, une exposition pour remettre le mrengué au sein de son histoire

Du 12 au 14 juin, les Archives départementales de Mayotte ont ouvert une exposition consacrée au mrengué, un art martial traditionnel aujourd’hui souvent associé à des combats de rue, mais dont les organisateurs veulent surtout rappeler l’histoire, les règles et la place sociale dans les villages d’autrefois.

L’événement s’inscrit dans la Semaine internationale des archives, célébrée chaque année autour du 9 juin. Au sein de l’hémicycle, des panneaux, une frise et une vidéo racontent une histoire plus large que celle des images actuelles. L’objectif est clair pour les organisateurs : replacer cette pratique dans son contexte, et rappeler ce qu’elle représentait autrefois. L’exposition avait déjà été présentée en avril, lors de la commémoration de l’abolition de l’esclavage et revient cette fois dans un format plus enrichi.

Une pratique encadrée, loin des images actuelles

Pour les équipes des archives, le point de départ est simple. Il faut rappeler que le mrengué n’a pas toujours ressemblé à ce qui circule aujourd’hui. « Ça nous a paru nécessaire parce que le mrengué a pris tellement d’ampleur durant le mois de ramadan, donc on a souhaité retracer son histoire », explique Inssa de Nguizijou, du service communication des Archives départementales. Dans les souvenirs collectés, le mregué apparaît comme une pratique sociale bien organisée, portée par les adultes du village, avec des règles connues et un cadre précis.

Siti Yahaya Boinaïdi, responsable du service des archives orales.

« Une fois que l’espace de combat est clos, on arrête le combat, on ne se bat plus. Donc la poignée de main donnée par les adversaires à la fin du combat symbolise l’arrêt des hostilités », raconte Siti Yahaya Bounaïdi, responsable du service des archives orales.

Mais un décalage revient assez vite entre ce souvenir de la pratique traditionnelle et ce qui est observé aujourd’hui. Sur les réseaux sociaux, lors de certaines périodes comme le ramadan, à Mayotte, à La Réunion ainsi qu’à l’héxagone, le mrengué est représenté par des combats de rue parfois dramatique, sans le cadre  ni les règles  d’autrefois.

« Les consignes qui soutenaient cette pratique autrefois se sont effilochées. Le mrengué répondait à quelque chose dans une société en particulier, celle-ci a évolué et les règles d’avant  ne sont plus les mêmes », constate-t-elle.

Une mémoire surtout orale

Une vidéo donnant la parole à différents acteurs de la culture mahoraise a aussi été présentée aux visiteurs.

Pour construire cette exposition, les équipes ont dû multiplier les sources, car la pratique  est peu documentée à l’écrit, tout repose essentiellement sur la mémoire orale. Celle-ci a été croisée avec d’autres documents tels que des photographies, de la littérature administrative, ou encore des récits de voyageurs. Pour  tenter de combler les zones d’ombre.  « On a également fait appel aux anciens qui ont connu la tradition, pour restituer vraiment les valeurs culturelles, comme le contrôle de soi ou encore la danse », partage-t-il.

Dans une société comme Mayotte, où les histoires et traditions se transmettent oralement. Ce travail de collecte est décrit comme indispensable, pour les archivistes du Département-Région. « Nos archives, c’est la parole. Notre rôle justement est de récupérer cette parole et la conserver pour la transmettre aux nouvelles générations ».

Une pratique à transmettre

En effet, cette évolution de l’art martial pose aussi la question de sa transmission auprès de la jeunesse mahoraise. C’est justement l’un des enjeux portés par l’exposition, qui cherche à montrer  ce que représentait cette pratique au-delà du simple affrontement. Pour Saindou Abdou, enseignant à l’école Longoni Bassin, ce genre d’événement permet aux élèves de mieux comprendre une partie de leur histoire. « On a toujours une grand-mère ou un grand-père pour nous conter la vie d’avant. Mais maintenant, comme on est mélangé à d’autres cultures c’est plus compliqué de suivre la tradition à l’ancienne ».

Les visiteurs ont également pu avoir accès à plusieurs documents des archives du Département-Région.

La présentation a aussi permis de découvrir le fonctionnement de la société à cette époque. Halima Ramadani, venue la visiter pendant sa pause, explique qu’elle connaissait surtout cette pratique ancienne à travers quelques récits familiaux.

« C’est toujours intéressant d’en apprendre plus sur sa culture et l’histoire de son île. Pour moi c’était juste des combats mais là avec cette présentation, j’ai appris que c’était aussi de la danse de la musique, des moments de partage avec les villages voisins », confie-t-elle.

Au-delà de cette exposition, les acteurs culturels du département entendent poursuivre ce travail de transmission de la mémoire et de la culture mahoraise à travers différents dispositifs, via les Archives départementales, ainsi que le musée de Mayotte (MuMA). L’idée est de rendre ces ressources plus accessibles à la population.

Shanyce MATHIAS ALI.

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