Après avoir perdu son laboratoire à Chiconi lors du cyclone Chido, la créatrice d’Hippocampe Nature a relancé son activité autour des savons fabriqués à partir de plantes utilisées depuis longtemps à Mayotte, avec l’objectif de valoriser un savoir-faire local à travers la cosmétique.

Kalathoumi Hamada Madi, la savonnière qui mise sur les plantes de Mayotte

Après avoir perdu son laboratoire à Chiconi lors du cyclone Chido, la créatrice d’Hippocampe Nature a relancé son activité autour des savons fabriqués à partir de plantes utilisées depuis longtemps à Mayotte, avec l’objectif de valoriser un savoir-faire local à travers la cosmétique.

Kalathoumi Hamada Madi fait partie de cette nouvelle génération d’entrepreneures mahoraises qui cherchent à construire leurs propres marques sur le territoire. Avec « Hippocampe Nature », la jeune femme a choisi une autre voie que celle du commerce basé sur les achats à l’étranger. Son projet repose sur la fabrication de cosmétiques made in Mayotte à partir de plantes locales comme le curcuma, le moringa ou encore le henné.

À l’origine, « Hippocampe Nature » est une savonnerie artisanale. L’entreprise propose des savons fabriqués avec des plantes, sans odeur et sans colorants, notamment pour répondre aux besoins des peaux sensibles.

« On fait des savons sans parfum, sans produits chimiques, avec des ingrédients bio pour le bien de la peau », explique-t-elle. L’entreprise propose aussi des savons exfoliants, toujours dans cette volonté de travailler autour de produits issus de Mayotte.

Une transmission des savoirs

Mayotte,
La jeune femme utilise des produits bio locaux comme le curcuma. Photographie / DR.

Son intérêt pour les plantes est venu d’une rencontre qui a changé la direction de son projet. Une ancienne savonnière burkinabé installée sur l’île lui a transmis ses connaissances sur les plantes et leur utilisation. « Elle m’a appris les plantes et leurs bienfaits, après elle m’a dit maintenant que tu connais les plantes, je vais t’apprendre comment utiliser les plantes dans d’autres aspects », raconte Kalathoumi Hamada Madi.

C’est à partir de là qu’elle commence à expérimenter la fabrication de savons avec des plantes connues sur le territoire. Le moringa, par exemple, une plante très présente dans la cuisine mahoraise et qui pousse aussi à l’état sauvage. Celle ci va devenir l’une des plantes phares utilisées dans ses produits cosmétiques.

Pour la jeune femme, cette démarche s’inscrit dans une continuité des traditions mahoraises. « L’utilisation des plantes dans la cosmétique et la médecine, c’est un savoir que nos ancêtres avaient à l’époque, c’est comme ça qu’elles se soignaient. C’est un peu comme une continuité de ce savoir-là, mais à ma façon », raconte-t-elle.

Un long parcours de certification

Derrière le développement de son entreprise, il y a aussi un parcours marqué par plusieurs obstacles. Son premier laboratoire situé à Chiconi a été détruit par le cyclone Chido en décembre 2024. Elle perd alors son espace de travail ainsi que ses matières premières recueillies tout au long de l’année. Le projet aurait pu s’arrêter, mais elle décide de continuer malgré la difficulté.

« On a tout perdu. Mais on ne s’est pas laissé abattre. J’ai dû recommencer à zéro », confie l’entrepreneure. Le laboratoire n’a pas pu être reconstruit au même endroit, ce qui l’a obligée à revoir l’organisation de son activité. « Il y’a un énorme trou sur le site donc son exploitation est devenue impossible ».

Avant de pouvoir vendre ses savons, elle a également dû passer par plusieurs étapes de tests et d’évaluations pour certifier que ses produits respectent bien les normes de santé. Kalathoumi Hamada Madi explique avoir commencé des démarches en 2020 et avoir travaillé pendant plusieurs années avant de pouvoir mettre ses produits sur le marché. « Je fais tout tester en France car ici il n’y a pas les structures nécessaires. J’ai été dans plusieurs laboratoires, ce qui m’a fait perdre beaucoup d’argent. Ça a beaucoup affecté mon moral, des fois on lâche puis on revient ! ».

« Il faut oser se lancer ! »

Aujourd’hui, « Hippocampe Nature » continue de se développer avec de nouveaux produits en préparation. L’entreprise travaille sur des huiles, des baumes et des gommages sans parfum. L’idée est d’habituer les Mahorais à utiliser des produits sans parfum, mais avant tout naturels et bons pour la santé. « Je sais qu’on aime trop les parfums, mais ils ne sont pas toujours adaptés à la peau, parfois il y’a des produits chimiques. C’est pour ça que j’ai choisi de travailler avec des plantes locales ».

Aujourd’hui, Kalathoumi Hamada Madi participe à des événements pour montrer l’exemple aux autres femmes. Léo Vignal / JDM.

Son message s’adresse aussi aux femmes qui souhaiteraient entreprendre. « Il faut oser se lancer. On a tous des peurs mais il faut savoir les affronter. Ça va être long et sûrement compliqué mais on doit tenir  », affirme-t-elle.

Kalathoumi Hamada Madi rappelle que les générations précédentes ont déjà entrepris à leur manière, notamment à travers le commerce, et estime que la nouvelle génération, elle, dispose aujourd’hui de davantage de connaissances et d’outils pour développer ses projets.

Shanyce MATHIAS ALI.

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