Peu avant le début du mois de mai, 32 cas de paludisme ont été recensés à Mayotte, dont une majorité dans le sud de l’île. Une situation sanitaire relativement inquiétante pour les habitants de la commune de Chirongui, sur fond de circulation régionale du parasite.

Paludisme : 156 cas recensés sur le territoire depuis le début de l’année, indique l’ARS Mayotte

Peu avant le début du mois de mai, 32 cas de paludisme ont été recensés à Mayotte, dont une majorité dans le sud de l’île. Une situation sanitaire relativement inquiétante pour les habitants de la commune de Chirongui, sur fond de circulation régionale du parasite.

Le département de Mayotte est engagé depuis 2014 dans une stratégie d’élimination du paludisme. Pourtant, longtemps dominée par des cas importés, sans transmission locale significative, documentée pendant plusieurs années, l’île fait désormais face à une évolution plus que préoccupante.

Dans son bulletin du 7 mai 2026, Santé publique France indique que la semaine du 27 avril au 3 mai a enregistré 32 cas de paludisme, dont une part importante de cas suspectés d’être acquis localement. Interrogée par notre rédaction, mardi 12 mai 2026, l’ARS Mayotte porte désormais à 156 le nombre total de cas de paludisme recensés depuis le début de l’année. 

Un pic inédit de cas 

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Sur cette carte, une répartition géographique des cas de paludisme confirmés à Mayotte de la première semaine de janvier à mai 2026. Source / Santé publique France-Mayotte.

Dans son dernier bulletin épidémiologique, Santé publique France Mayotte parle d’ « une recrudescence notable des cas de paludisme ». Cette seule semaine concentre le niveau le plus élevé depuis le mois de janvier dernier, avec 32 cas déclarés.

Parmi eux, quatre sont importés. Mais la situation est surtout marquée par la part des cas sans lien de voyage identifié : « Dix-sept cas sont suspectés d’être acquis localement, tandis que le statut des 12 cas restants demeure indéterminé à ce jour », précise Santé publique France.

Au total, l’ARS Mayotte rapporte que « 156 cas de paludisme ont été confirmés biologiquement » sur le territoire de Mayotte depuis le début de l’année 2026. Le bulletin épidémiologique de Santé publique France, rappelle également que 29 patients ont nécessité une hospitalisation.

Ce qui frappe surtout, c’est la répétition des cas locaux suspects. Depuis plusieurs semaines, ils apparaissent de manière régulière, là où ils étaient absents depuis des années. Les autorités sanitaires mentionnent que cette dynamique s’installe progressivement depuis le mois de mars, avec une hausse continue jusqu’à la fin avril. « Une augmentation des cas de paludisme est actuellement observée à Mayotte », confirme en ce sens l’ARS Mayotte.

Chirongui, zone de concentration de cas 

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Face au risque de transmission du paludisme, les autorités sanitaires recommandent de se protéger des piqûres de moustiques dès la tombée de la nuit : porter des vêtements couvrants, utiliser des répulsifs adaptés et dormir sous moustiquaire imprégnée. Ces mesures sont particulièrement importantes pour les nourrissons, les personnes vulnérables, les personnes déjà malades ou en convalescence.

C’est dans le sud de l’île que la situation est la plus marquée. « Les investigations conduites par l’Agence Régionale de Santé mettent en évidence une concentration des cas sur trois secteurs : Dembéni, Chirongui et Bandrélé », indique l’ARS Mayotte.

Sur les 32 cas de la semaine du 27 avril au 3 mai, « 20 d’entre eux ont été identifiés dans la commune de Chirongui, dont 17 sont suspectés d’être acquis localement », rapporte encore SpF-Mayotte. Pour les épidémiologistes, cette concentration n’est pas anodine car elle « suggère l’existence d’un foyer potentiel de transmission autochtone ». 

Sur place, la population découvre ou redécouvre la maladie. À Chirongui, une habitante, mère de famille, relativise : « Tout le monde parle du paludisme mais pour l’instant je n’ai pas été malade, ni mon mari, ni mes enfants ». Mais d’autres habitants évoquent des épisodes récents. Une femme âgée, habitante de la commune, raconte : « J’ai été malade oui, je ne sais pas si c’était le paludisme, mais c’était comme la grippe oui ». Les symptômes décrits sont proches de ceux identifiés par les autorités : fièvre, douleurs, grande fatigue.

Dans d’autres plusieurs villages du sud de l’île, comme Hagnoundrou et Kani-Kéli, certains habitants disent avoir été possiblement touchés ces derniers jours, même si le diagnostic n’est pas toujours formellement établi par un médecin.

Une situation sanitaire sous surveillance 

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En 2013, l’OMS avait classé Mayotte parmi les territoires en phase d’élimination du paludisme.

La situation à Mayotte s’inscrit dans un contexte régional sanitaire sensible. Depuis 2024, la hausse des cas de paludisme aux Comores entraîne davantage de cas importés à Mayotte. Cette circulation régionale du parasite aurait joué un certain rôle dans la situation actuelle.

Santé publique France rappelle qu’après cinq années sans transmission locale, la réapparition de cas autochtones en 2025 constitue une rupture face à une situation que l’on croyait entérinée. En 2026, cette tendance se confirme avec « 27 cas suspectés d’être acquis localement », principalement concentrés dans le sud-ouest ou le sud-est, comme à Chirongui et Bandrélé.

Les experts sanitaires restent toutefois prudents sur l’évolution de la situation. Dans son bulletin, Santé publique France insiste sur un point central : « Le risque de réintroduction demeure permanent », du fait de la présence de moustiques vecteurs tels que Anophèles gambiae et Anophèles funestus sur le département.

Dans ce contexte, la stratégie de réponse repose sur des mesures classiques de santé publique : consultation rapide en cas de symptômes évocateurs, renforcement du dépistage des cas suspects et interventions de lutte antivectorielle sur les zones concernées, notamment la recherche et la destruction des gîtes larvaires.

Mais les épidémiologistes soulignent aussi une difficulté grandissante à mesure que la situation sanitaire évolue : celle de distinguer précisément quels sont les cas qui relèvent de cas importés, de ceux qui ont été acquis localement. La frontière est devenue légèrement plus poreuse, à mesure que la circulation régionale du parasite et la présence de vecteurs à Mayotte, rendent les chaînes de transmission plus difficiles à reconstituer.

Mathilde Hangard

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