Une nouvelle réunion s’est tenue ce mardi du côté de Dzoumogné concernant le projet de nouvel aéroport et son impact sur l’agriculture mahoraise. Agriculteurs, ingénieurs agronomes, conseillers agricoles ou encore exploitants ont pu poser des questions au responsable de la DGAC en charge du projet de la piste longue, Christophe Masson.

Le monde agricole inquiet face au projet de construction du nouvel aéroport

Une nouvelle réunion s’est tenue ce mardi du côté de Dzoumogné concernant le projet de nouvel aéroport et son impact sur l’agriculture mahoraise. Agriculteurs, ingénieurs agronomes, conseillers agricoles ou encore exploitants ont pu poser des questions au responsable de la DGAC en charge du projet de la piste longue, Christophe Masson.

Pendant près de deux heures le délégué à la piste longue a répondu aux nombreuses questions de la trentaine de personnes présentes afin d’en savoir plus sur les conséquences de la construction du futur aéroport. Foncier, indemnisations, compensations, recensement, accès à l’eau, impacts environnementaux, … Christophe Masson a tenté de répondre à un maximum des questions – légitimes – que se pose le monde agricole.

1ère étape : le recensement des agriculteurs et l’identification des parcelles agricoles

Une trentaine de personnes étaient présentes afin d’en savoir plus sur les conséquences de la construction du futur aéroport.

Ce n’est pas une mince affaire, et pour cause on connait le problème du foncier sur le territoire… Depuis maintenant plusieurs mois les différents services de l’État essaient de recenser le nombre de parcelles présentes sur le chantier de construction du nouvel aéroport. Pour mener au mieux cette tâche, la DGAC a fait appel au cabinet Mzé Conseil qui a la charge de recenser, parcelle par parcelle, le nombre d’agriculteurs et d’exploitants agricoles qui vont être impactés, comme nous l’a expliqué son directeur général, Istizade Bina.

« Mzé Conseil a en charge la maîtrise foncière de l’aéroport… Nous allons recenser chaque exploitation agricole dont les terres se trouvent sur le chantier du nouvel aéroport et nous allons également accompagner les agriculteurs propriétaires ou non pour qu’ils puissent se déclarer et prétendre ainsi à des compensations ou à des indemnisations en fonction de leur situation. Pour cela, nous allons aller sur le terrain avec un questionnaire pour recueillir des informations, des mesures sur la taille de la parcelle mais aussi sur le type de production afin de mesurer l’impact de la construction de l’aéroport. Les exploitants sont invités à prendre contact avec nous, et c’est aussi le but de ce genre de réunion, comme aujourd’hui, afin qu’ils s’inscrivent sur une liste pour que nous puissions les recenser et les accompagner dans leurs démarches… Ils peuvent aussi s’adresser aux différents syndicats, associations, structures agricoles qui nous transmettrons les informations nécessaires ».

Pour l’instant selon le représentant de la DGAC, une centaine de parcelles serait concernée par le chantier de construction avec chacune en moyenne une superficie de 0,5 ha, ce qui représenterait environ 50 ha au total, « mais il y en aura peut-être davantage, nous le saurons à la fin de l’identification des parcelles », indique Christophe Masson.

Un chantier hors norme

La cartographie du chantier du futur aéroport de Mayotte.

Bien qu’il soit démesuré à l’échelle de Mayotte, le chantier de l’aéroport tentera d’impacter au minimum la vie des Mahorais et notamment les habitants du nord de l’île. Car en effet ce sont plusieurs millions de mètres cubes de terres (13 à 15 millions) qui vont être déplacés. Et au total le chantier occupera une surface de 471 ha. « Pendant toute la durée du chantier nous allons maintenir l’accès aux parcelles par des chemins et des pistes provisoires, la circulation sur la départementale sera maintenue, nous n’allons pas fermer la route le temps que nous construisions une autre départementale, elle restera donc ouverte à la circulation », assure Christophe Masson.

La première phase des travaux, en 2027, consistera dans un premier temps à construire un pont sous lequel passeront les engins de construction pour ne pas gêner la circulation. Il est également prévu en 2028 de construire à l’ouest de l’aéroport une zone d’extraction des matériaux, sur environ 120 ha, « qui sera reconvertie en terres agricoles une fois la construction de l’aéroport achevée », poursuit le délégué à la piste longue, ce qui devrait ramener la superficie globale de l’aéroport à un peu moins de 300 ha selon lui.

Il est aussi prévu de construire une retenue collinaire afin d’alimenter le chantier en eau et ne pas puiser dans les ressources de l’île. Là aussi, une fois le chantier terminé, elle pourra servir à alimenter la population en eau ou bien être utilisée par le monde agricole. Aussi, certains dans l’assemblée n’ont pas caché leur scepticisme et leurs craintes concernant l’utilisation de cette retenue et son impact pendant la construction du chantier sur l’accessibilité et les ressources en eau. « Ça ne remplacera jamais le réseau existant racinaire ! », a lancé un participant.

Quelles vont être « les compensations » pour les agriculteurs impactés ?

Christophe Masson, en charge du projet de la piste longue, a expliqué les différentes étapes du chantier de construction du futur aéroport.

Il va y avoir pendant près de 2 ans un gros travail de recensement et de collecte d’informations… « Il s’agit de dissocier le propriétaire foncier et l’exploitant agricole, des fois c’est la même personne et d’autre fois non, ainsi que l’ayant droit, le coutumier, etc. D’où la nécessité de procéder à un recensement précis et d’enquêter sur les parcelles. Les indemnités pour l’achat de terrain iront aux vraies propriétaires qu’ils soient coutumiers ou non. Si la régularisation doit prendre plusieurs années… les sommes seront bloquées et consignées », explique Christophe Masson.

Par ailleurs, si l’agriculteur veut arrêter son activité agricole ou s’il veut la poursuivre, il sera soit indemnisé financièrement, soit des terrains lui seront attribués pour relocaliser son exploitation en lien avec l’EPRDM (Etablissement public de reconstruction et de développement de Mayotte). Et c’est là que le bât blesse si l’on peut dire car les propriétaires impactés ne retrouveront pas forcement la même superficie qu’ils avaient avant. « Nous ferons en sorte qu’ils retrouvent la même capacité productive… », a indiqué Christophe Masson. Comprenez : on vous aidera à produire autant qu’avant sur une surface plus petite en modernisant votre appareil productif (irrigation, matériel plus performant, etc.)

Le projet de futur aéroport suscite beaucoup d’inquiétudes et même parfois de la défiance. Avant les premiers coups de pelle prévus au cours du premier semestre de l’année prochaine, de nombreuses réunions et concertations vont s’enchainer avec les différentes parties prenantes… Charge aux porteurs de ce projet de convaincre et de rassurer la population car, certes, il devrait permettre à Mayotte de sortir de son isolement et de se développer économiquement mais pas à n’importe quel prix, notamment celui de l’agriculture mahoraise.

B.J.

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