Cette année, la Journée mondiale de l’eau sera célébrée ce samedi 22 mars. Instauré par l’Organisation des Nations Unies, cet événement vise à sensibiliser le public à l’importance d’une gestion durable des ressources en eau.

Le monde en état de « faillite hydrique » alerte l’ONU

Cette année, la Journée mondiale de l’eau sera célébrée ce samedi 22 mars. Instauré par l’Organisation des Nations Unies, cet événement vise à sensibiliser le public à l’importance d’une gestion durable des ressources en eau.

La ressource mondiale en eau est de plus en plus rare

Selon un récent rapport des Nations unies, le monde présenterait des dommages irréversibles concernant l’accès à la ressource en eau. Publié le 20 janvier dernier par l’Institut universitaire des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé, le rapport indique que la Terre est entrée dans une « ère de faillite hydrique mondiale », la consommation d’eau à long terme dépassant le renouvellement de la ressource en eau.

D’après l’Institut universitaire des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé, près des trois quarts de la population mondiale « vivent dans des pays en insécurité hydrique ». 2,2 milliards d’individus n’ont pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité ; 3,5 milliards n’ont pas accès à des installations sanitaires sûres et 4 milliards subissent une grave pénurie d’eau au moins un mois par an. Par ailleurs les eaux de surface se réduisent : plus de la moitié des grands lacs ont vu leur niveau baisser depuis les années 1990. Au cours des cinq dernières décennies, 410 millions d’hectares de zones humides ont disparu, pour une perte de services écosystémiques estimée à plus de 5.100 milliards de dollars par an, sans compter que 70% des principaux aquifères affichent un déclin durable.

De nombreuses régions du monde ont perdu plus de 30% de leur masse glaciaire depuis 1970. Les réserves d’eau des régions agricoles s’épuisent alors que 70% des prélèvements d’eau douce sont destinés à l’agriculture. Plus de la moitié de la production alimentaire mondiale se situe dans des zones où les réserves d’eau sont en baisse ou instables et une part croissante de l’eau n’est plus potable ni économiquement utilisable à cause notamment d’une pollution des eaux usées non traitées ou insuffisamment traitées alerte l’Institut universitaire des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé.

Le rapport appelle à passer d’une gestion de crise à une gestion de faillite. Exigeant « honnêteté, courage et volonté politique », en informant sur les pertes irréversibles, et de protéger ce qui reste du capital naturel.

Le Plan eau Mayotte 2024-2027

Depuis 2017 Mayotte connait un gros problème d’accès à l’eau potable, avec une crise majeure entre novembre 2022 et février 2024. En 2023 l’État a installé une cellule interministérielle de crise qui valide le Plan eau Mayotte (PEM) 2024-2027. Il constitue une feuille de route pour répondre à l’urgence et tendre vers un système de gestion de l’eau plus robuste, équitable et résilient face aux défis démographiques et climatiques de notre territoire.

Le PEM prévoit notamment la modernisation des infrastructures ; le renforcement des capacités humaines et organisationnelles en structurant une ingénierie locale pérenne pour assurer la maîtrise d’ouvrage ; mais aussi l’adaptation au changement climatique. Le plan anticipe également une raréfaction croissante de la ressource et intègre des mesures destinées à en limiter l’impact. Il s’agit, entre autres, de diversifier les sources d’approvisionnement en eau (eaux souterraines, dessalement, eaux non conventionnelles) ; d’assurer un accès continu à l’eau potable en renforçant le stockage et les capacités de distribution ; ou encore moderniser les installations existantes.

L’Inspection générale de l’environnement et du développement durable (IGEDD) a publié le 8 juillet 2025 un rapport sur le Plan eau Mayotte 2024-2027. Il tire les enseignements de la mise en œuvre du plan en 2024 et précise ses objectifs pour les années à venir.

Ainsi selon le rapport, la crise de l’eau à Mayotte s’explique tout d’abord par une ressource essentiellement superficielle, sensible aux sécheresses ; des infrastructures de production et de distribution sous-dimensionnées (nombreuses fuites…) avec des tours d’eau imposés tout au long de l’année ; mais aussi par une forte croissance démographique ; une planification territoriale de l’eau peu structurée ; et le manque d’expertise locale.

Robinet,SMAE, Mayotte
À Mayotte, des tours d’eau sont imposés tout au long de l’année.

En outre, l’assainissement possède des mêmes lacunes. Datant des années 1980, les réseaux d’eau potable et d’assainissement ont été remis à niveau dans les années 2010 pour une population de 150.000 habitants alors que la population actuelle atteint les 329.000 (Insee)… Et encore aujourd’hui 30% des Mahorais ne sont pas raccordés à l’eau potable. Rajoutez à cela le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024, qui a endommagé les infrastructures, fragilisant encore plus le réseau.

Enfin, un rapport de l’Inspection générale de l’environnement et du développement durable, publié en septembre 2025, estime que le dessalement est une solution possible face au stress hydrique, sous certaines conditions. « S’il faut changer de paradigme et considérer le dessalement, non plus comme le dernier recours et uniquement en cas d’urgence, mais comme une des solutions possibles pour répondre à un stress hydrique, il y a des conditions pré-requises avant de développer le dessalement ». Ainsi, le but n’est pas de promouvoir le dessalement mais « d’informer les autorités et anticiper d’éventuels besoins. Le dessalement ne doit pas être considéré comme une solution de facilité », souligne l’IGEDD, pour qui la sobriété et la réduction des pertes sur les réseaux doivent rester la priorité.

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