Alors que l’Europe déploie ses fonds pour revitaliser les flottes ultramarines, certains ports restent désespérément calmes. À Mayotte, la filière pêche peine à se relever, et les questions d’argent se mêlent à celles de projets viables… et de bureaucratie.

Outre-mer : la pêche en eaux troubles

Alors que l’Europe déploie ses fonds pour revitaliser les flottes ultramarines, certains ports restent désespérément calmes. À Mayotte, la filière pêche peine à se relever, et les questions d’argent se mêlent à celles de projets viables… et de bureaucratie.

Jeudi 15 janvier, la commission des Affaires européennes a entendu Éric Banel, directeur général des Affaires maritimes, sur l’utilisation du Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture (FEAMPA). Avec un budget global de 567 millions d’euros et des bilans contrastés selon les territoires, l’outre-mer français apparaît comme un archipel de réussites et de retards, où la reconstruction de la flotte mahoraise fait figure de chantier prioritaire… et d’exemple d’embouteillage administratif.

Un fonds européen au bilan contrasté

La Réunion, navire de pêche,
À La Réunion, plusieurs projets soutenus par le FEAMPA ont permis la mise à l’eau de navires récents. L’île fait figure de bon élève parmi les régions ultrapériphériques de l’Europe (photographie/DR/Piriou)

Pour Éric Banel, le FEAMPA est « un outil financier central » destiné à mettre en œuvre les politiques publiques maritimes. Depuis son lancement, 141,8 millions d’euros ont été attribués aux régions ultrapériphériques européennes (RUP) pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture, avec des résultats inégaux : La Réunion fait figure de modèle, la Guadeloupe et la Guyane naviguent dans la moyenne, tandis que la Martinique peine à décoller. Mayotte et Saint-Barthélémy, elles, n’en sont « qu’au tout début ».

« Il faut accompagner les projets pour que ces projets puissent être viables et financés », a insisté le directeur, reconnaissant que certains territoires manquent de maturité dans la préparation des dossiers. Avec 63,8 millions d’euros engagés pour financer 54 navires entre 2026 et 2027, le compte n’y est pas encore pour renouveler les flottes artisanales ultramarines. Bref, la mer est vaste, mais les moyens ne suffisent pas encore à remplir tous les ports.

Mayotte, l’exemple qui coince

Filière pêche, Four à Chaux, Dzaoudzi, économie bleue, Mayotte
En mai dernier, Youssouf Amdjadi, représentant des pêcheurs de Petite-Terre, alertait sur les difficultés rencontrées par les pêcheurs mahorais pour acquérir des embarcations conformes aux normes européennes.

Le cyclone Chido, qui a frappé Mayotte le 14 décembre 2024, aurait dû entraîner un soutien massif à la flotte de pêche mahoraise. Pourtant, plus d’un an après la catastrophe, certains bateaux demeurent encore échoués dans le lagon, faute de moyens pour être remis en état.

Dans ce contexte, le sénateur Saïd Omar Oili en a profité pour remettre sur la table le dossier de la pêche, rappelant que les pêcheurs mahorais n’ont toujours pas bénéficié des redevances thonières versées dans le cadre de l’accord de pêche entre l’Union européenne et les Seychelles. Ces fonds, pourtant destinés à soutenir et à développer la filière locale, auraient principalement servi à financer l’équipement des services de l’État en charge des Affaires maritimes à Mayotte (navires administratifs, pontons ou véhicules) sans soutien direct à la flotte de pêche, pourtant durement touchée par le cyclone Chido.

De son côté, Éric Banel a nuancé cette lecture. « Les redevances sont bien fléchées sur Mayotte, mais encore faut-il disposer de projets », a-t-il affirmé, estimant que la difficulté ne réside pas dans un manque de financements, mais dans l’absence de dossiers suffisamment aboutis pour permettre le déblocage des crédits. Une situation qui alimente, selon lui, l’incompréhension et la frustration de certains élus locaux. Un argument que Saïd Omar Oili juge peu recevable : pour le sénateur, des fonds européens attendus pour remettre les pêcheurs à flot demeurent bloqués, laissant la filière sans réponse plus d’un an après le passage du cyclone.

L’Europe au cœur des flottes ultramarines

Au-delà des histoires locales, Éric Banel rappelle que la France, par la diversité de ses outre-mer, dispose du premier espace maritime mondial. « Cette prise de conscience doit être martelée à Bruxelles », insiste-t-il. L’Europe reste la principale source de financement, mais les taux de co-financement risquent de varier selon l’enveloppe disponible.

La DGAMPA a donc pour mission de faire dialoguer l’administration, les territoires et l’Union européenne. L’objectif  : soutenir la pêche durable, l’aquaculture et la coopération en matière de gouvernance, tout en veillant à ce que la lutte contre la pêche illégale ne soit pas reléguée au second plan. Mais pour certains ports, comme ceux de Mayotte, la mer pourrait rester calme encore quelque temps avant que les voiles ne se gonflent de financements et de projets viables.

Mathilde Hangard

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Élections municipales de Mamoudzou : la justice décide qu’il n’y aura pas de nouveau scrutin

Le tribunal administratif de Mayotte entérine le score de la liste d’Ambdilwahedou Soumaïla au premier tour des élections municipales de Mamoudzou. Ce mardi 15 septembre, il donne en partie raison au requérant, Ahamada Haribou (arrivé deuxième), en retranchant 104 voix litigieuses.

Des parents d’élèves demandent le départ de la rectrice : « Si elle ne s’occupe pas de nous, elle doit démissionner »

Le lycée de la Cité du Nord entame ce lundi 14 septembre sa troisième semaine de blocage. Près de 180 parents, enseignants et représentants syndicaux se sont réunis devant l'établissement scolaire. La mobilisation des parents prend de l'ampleur, tandis qu'aucune rencontre avec la rectrice ou une délégation du rectorat n'était encore confirmée dans la matinée.

« Le CHM brille par son silence » : les brancardiers et ambulanciers en grève à Mayotte

Plus d'une vingtaine de brancardiers et ambulanciers du CHM sont en grève depuis lundi matin à Mamoudzou. Heures supplémentaires contestées, manque d'effectifs, missions SMUR et interventions à la morgue, les agents dénoncent une accumulation de difficultés et réclament des réponses de la direction.

Environnement : Plus de 41 000 euros attribués à trois projets écologiques à Mayotte

L'Office français de la biodiversité (OFB) a dévoilé les lauréats de la seizième édition de son programme de financement TeMeUm (Terres et Mers Ultramarins). Au total, trois projets mahorais d'initiatives locales, associatives et écologiques vont donc se partager une enveloppe de 41.550 euros.