Les bacs s’enchaînent depuis 9 heures au service technique de la CCPT. Pour les habitants venus récupérer leur composteur, l’objectif est de repartir avec un nouvel équipement, mais surtout de changer une partie de leurs habitudes. Épluchures, restes alimentaires, déchets de jardin : une partie de ces ordures pourra désormais être déposée directement dans le composteur, puis transformée en compost pour le jardinage.
« Avant, on mélangeait tout »
Pour Ken Igor, ce composteur de 360 litres doit d’abord permettre de mieux organiser les déchets à la maison. Avant de l’avoir, son foyer mettait les déchets dans les mêmes poubelles, faute de connaître les bons réflexes de tri. Lorsque les bacs étaient pleins, certains sacs finissaient alors à l’extérieur, rapidement éventrés par les chiens ou les chats errants. Avec ce nouvel équipement, il espère pouvoir éviter que les détritus ne s’accumulent autour des habitations.
À quelques pas de là, une habitante de Pamandzi est venue récupérer le composteur de sa fille. Chez elle, le jardinage occupe déjà une place importante : fleurs, légumes, aubergines…, sa fille cultive pour avoir des fruits et légumes « bio ». Jusqu’à présent, les épluchures étaient enfouies directement dans la terre, une méthode qui devrait désormais laisser place au nouvel outil. « Là, j’ai épluché des oignons que j’ai laissés dans un sac pour les mettre dans le composteur tout à l’heure ».
Moins de déchets à traiter
Derrière ces gestes très quotidiens, la CCPT cherche à réduire la quantité de déchets qui partent dans la collecte classique. Ces déchets biodégradables produits à la maison sont adaptés au compostage, et ils pourront dorénavant être traités directement dans les jardins au lieu de rejoindre la déchetterie.

À titre informatif, un foyer équipé d’un composteur détourne en moyenne entre 80 et 100 kilos de biodéchets par an de la collecte classique. Pour une centaine de composteurs distribués, cela pourrait donc représenter entre 8 et 10 tonnes de biodéchets détournés chaque année.
Pour Chamssia Mohamed, première vice-présidente de la CCPT chargée de la Transition écologique et de la résilience territoriale, l’objectif est justement d’amener davantage d’habitants à adopter ce réflexe. « À terme, c’est d’avoir de plus en plus de personnes qui se mettent concrètement au compostage des déchets verts chez eux », explique-t-elle.
L’enjeu ne s’arrête pas à la poubelle de chaque foyer. Car moins de déchets à collecter, c’est aussi moins de volumes à traiter et à enfouir. Sans oublier, les déchets verts abandonnés ici et là, qui s’ajoutent aux problèmes de propreté du territoire et à la pollution visuelle.
Tout ne doit pas être mis dans le bac

Cependant, la distribution ne s’arrête pas à la remise du matériel. L’interco prévoit également une matinée explicative pour les bénéficiaires, afin de leur montrer comment utiliser cet outil.
Car mettre ses déchets dans un composteur ne consiste pas simplement à tout y jeter. Certains aliments ne doivent pas y être déposés et un mauvais usage peut provoquer de la pourriture, attirer des rats ou d’autres nuisibles.
Pour cela, un mode opératoire est remis aux habitants lors de la récupération. Mais Chamssia Mohamed reconnaît que ce document ne pourra pas répondre à tous les besoins. « Parmi les personnes qui sont venues récupérer, on a des mamans, des papas qui ne savent pas lire et qui ne sont pas à même de bien comprendre cette fiche », confie-t-elle. La CCPT prévoit donc de compléter cette documentation par des explications orales et des démonstrations, pour montrer concrètement les bons gestes à adopter.
« Il va falloir qu’on verbalise »

Lors de la distribution, la question de la verbalisation des personnes qui abandonnent leurs déchets sur les trottoirs a été remise sur le tapis. L’élue en charge de la Transition écologique et de la résilience territoriale confirme que des sanctions sont prévues et indique que la police intercommunale intervient sur les questions liées à l’environnement, en partenariat avec les polices municipales.
« Il va falloir qu’on verbalise ! D’ailleurs, ça se fait à petite dose, mais c’est une question très pertinente car on aura beau faire des actions et des opérations de nettoyage et de sensibilisation. S’il n’y a pas de verbalisation sur les dépôts sauvages, le travail ne sert à rien », affirme-t-elle.
Un sentiment partagé par la population de Petite-Terre qui se plaint régulièrement sur les réseaux sociaux des ordures qui jonchent les trottoirs de l’île. « On ne peut pas faire d’omelette sans casser des œufs, ils savent que ce n’est pas bien mais continuent à le faire. La seule solution ce sont les amendes. Il faut le faire pour avoir une île propre », estime Ken Igor.
Shanyce MATHIAS ALI.


