L'Institut national de la statistique et des études économiques a dévoilé, ce vendredi 11 septembre 2026, un état des lieux du marché du travail mahorais. Les résultats croisent pour la première fois deux outils statistiques.

A Mayotte, le marché du travail fracturé après le passage du cyclone Chido

L'Institut national de la statistique et des études économiques a dévoilé, ce vendredi 11 septembre 2026, un état des lieux du marché du travail mahorais. Les résultats croisent pour la première fois deux outils statistiques.

À première vue, le recul de quatre points du taux de chômage en 2025 par rapport à 2024, pourrait passer pour une amélioration conjoncturelle. Pourtant, il n’en est rien. Comme le démontre l’Insee, cette baisse relève d’un trompe-l’œil statistique causé par les critères très stricts du BIT, qui exigent d’être sans emploi, en recherche active de travail depuis moins d’un mois et immédiatement disponible sous deux semaines.

À Mayotte, seulement 30 % des personnes âgées de 15 à 64 ans occupent un emploi rémunéré. Un niveau plancher en recul de deux points sur un an et très éloigné des 70 % observés dans l’Hexagone ainsi que des 50 % enregistrés à La Réunion. Ce recul frappe en priorité les hommes, dont le taux d’emploi dégringole à 39 % contre 45 % une décennie plus tôt, ainsi que les seniors de 50 à 64 ans, qui passent de 52 % d’actifs occupés en 2014 à 41 % en 2025.

À Mayotte, en 2025, le taux de chômage semble avoir baissé par rapport à 2024. (Illustration Insee)

Le passage du cyclone Chido le 14 décembre 2024 a pesé sur cette dynamique négative. Les pertes de logements, les précarités matérielles et les ruptures logistiques ont contraint de nombreux Mahorais à abandonner leurs démarches régulières d’embauche, les sortant mécaniquement des statistiques du chômage officiel sans qu’ils aient pour autant trouvé un travail.

Le gouffre du « halo » 

La réalité du sous-emploi insulaire s’est déplacée vers le « halo autour du chômage ». Cette zone grise regroupant les personnes privées d’activité qui souhaitent travailler mais qui ne remplissent plus les critères stricts de disponibilité ou de démarches récentes, qui avait tendance à se réduire sur notre territoire. Hors, en 2025, ce halo absorbe 28 % des 15-64 ans à Mayotte, une proportion sept fois supérieure à celle de la métropole (4,2 %) et qui dépasse désormais le taux de chômage lui-même.

En une seule année, 11 100 personnes supplémentaires ont basculé dans cette trappe de l’inactivité contrainte. Si l’on y ajoute les 18 000 chômeurs officiels recensés au sens du BIT, ce sont au total 68 300 Mahorais qui demeurent sans emploi tout en souhaitant

Le nombre de personnes présentes dans le « halo du chômage » est toujours nettement supérieur au nombre de personne au chômage à Mayotte. (Illustration Insee)

ardemment s’insérer professionnellement. Ce glissement massif traduit l’effet d’usure et le sentiment d’impasse ressentis par des demandeurs confrontés à la pénurie chronique d’offres d’embauche. Une situation que les statisticiens de l’institut qualifient expressément de phénomène de découragement face à l’étroitesse du marché local.

Une économie salariée sous perfusion publique 

La seconde étude dévoilée par l’Insee, issue de l’exploitation des données de la DSN pour l’année 2024, met en lumière les faiblesses structurelles du système productif mahorais. Au 31 décembre 2024, le département comptabilisait 51 100 emplois salariés répartis au sein de 3 220 établissements.

Plus de la moitié de ces salariés (53 %) exercent dans le secteur public, soit une proportion plus de deux fois supérieure à la moyenne nationale (22 %) et très au-dessus du niveau réunionnais (31 %). Cette prédominance écrasante ne reflète pas une suradministration du territoire, son taux d’encadrement par habitant restant inférieur aux standards nationaux,

Plus de la moitié des salariés travaillent dans le secteurs public à Mayotte. (Illustration Insee)

mais souligne en réalité l’extrême faiblesse du secteur privé insulaire.

Dans ce secteur marchand restreint, le commerce (17 % des postes) et la construction (16 %) absorbent à eux seuls un tiers des effectifs du privé, la part du BTP étant deux fois plus élevée que dans l’Hexagone en raison des chantiers d’infrastructures et de la reconstruction post-Chido.  62 % des salariés du privé évoluent dans des structures de moins de 50 employés, tandis que les grandes entreprises de 250 salariés ou plus ne représentent que 5 % des postes marchands, contre 20 % à l’échelle nationale.

Cette activité économique reste géographiquement hyper-concentrée, Mamoudzou regroupant à elle seule 47 % des établissements et 58 % des emplois de l’île, un taux qui grimpe à près de 80 % en intégrant les communes limitrophes. Pour Hatoubou Antoy (Chef du Service Régional de l’INSEE à Mayotte) et ses équipes, « ces nouveaux indicateurs standardisés offrent enfin une grille de lecture rigoureuse pour mesurer les retards de développement et éclairer les politiques publiques dans la perspective de la convergence sociale du territoire. »

Léo Vignal

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