Suite à l’affaire Lyhanna*, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, avait demandé aux procureurs de toute la France de réexaminer l’ensemble des procédures en cours concernant les infractions sexuelles commises sur des mineurs afin d’identifier les dossiers les plus sensibles et d’accélérer leur traitement. Une opération inédite, menée avec les services de police et de gendarmerie, qui a conduit à la révision de plus de 69.000 dossiers au niveau national.

À Mayotte, 452 procédures ont été passées au crible en seize jours, mobilisant les sept magistrats du parquet de Mamoudzou. Une tâche d’autant plus complexe que le territoire concentre les dossiers les plus anciens.
« C’est un surcroît de travail conséquent », reconnaît le procureur de la République de Mayotte, Guillaume Dupont. « Cet exercice a été très difficile. Il a fallu identifier les procédures, les recouper, parfois entre plusieurs services d’enquête. Et le plus dur reste à faire », complète la procureure générale, Fabienne Atzori.
Une accélération des gardes à vue
Pour le parquet, ce réexamen produit déjà des effets concrets. Alors que 66 gardes à vue pour des faits de violences sexuelles sur mineurs avaient été enregistrées au premier semestre 2026, une nette accélération a été réalisée ces dernières semaines. À lui seul, le mois de juin a donné lieu à 21 gardes à vue, auxquelles s’ajoutent 16 nouvelles mesures lors de la première semaine de juillet. « Nous avons également dix gardes à vue pour viol. Ça, c’est du concret », souligne Guillaume Dupont.
Des procédures encore trop longues

« Il y a des procédures qui durent trop longtemps », admet cependant Fabienne Atzori qui insiste sur la nécessité de « savoir détecter l’urgence d’un dossier » afin de respecter l’objectif de trois mois fixé pour les situations les plus sensibles. Parmi les principaux obstacles figure l’absence d’un outil informatique permettant de croiser automatiquement les procédures visant un même auteur. « Pour l’instant, on n’a aucun outil », regrette la procureure générale.
Autre chantier identifié : alléger le travail de retranscription des auditions d’enfants, afin d’éviter aux victimes de répéter plusieurs fois leur récit et de dégager davantage de temps pour les enquêteurs.
Un manque criant de moyens
Au-delà des outils, c’est surtout le manque de moyens qui inquiète. À Mayotte, le déficit d’experts psychiatres et psychologues ralentit les enquêtes, tandis que les recrutements de magistrats restent particulièrement difficiles.
La forte rotation des effectifs complique également le fonctionnement de la juridiction. « Ici, les deux magistrats les plus anciens ont dix-huit mois d’ancienneté », rappelle Guillaume Dupont. La Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), de son côté, fonctionne presque exclusivement avec des agents contractuels. « Et nous n’avons pour l’instant aucune candidature à Mayotte pour exercer le rôle de vice-procureur », déplore Fabienne Atzori.

Interrogée sur la capacité de la justice mahoraise à absorber durablement cette charge de travail supplémentaire sans moyens actuellement suffisants, la procureure générale répond : « c’est un impératif. Il va falloir qu’on soit imaginatif ».
Parmi les pistes évoquées figurent le développement d’expertises psychiatriques en visioconférence ou encore la traduction d’imprimés en shimaoré afin de faciliter les démarches des victimes, dont certaines renoncent encore à saisir la justice en raison de leur situation administrative ou sociale.
Pour Guillaume Dupont, le chantier ne fait que commencer. « Je suis convaincu qu’il va y avoir une libération de la parole à Mayotte et ça supposera un effort en matière de ressources humaines parce que ça va impacter nos organisations ». Il précise cependant qu’à Mayotte « tout est prioritaire, tout est urgent ». En congés à partir de demain, il sera remplacé par l’avocate générale, Françoise Toillon, faute de vice-procureur en poste à Mamoudzou…
Joséphine Puig
*L’affaire Lyhanna est une affaire criminelle survenue en France. Elle concerne l’enlèvement, puis le viol, et l’assassinat de Lyhanna, une collégienne de 11 ans disparue le 29 mai 2026 à Fleurance (Gers).


