Avec douze escales accueillies cette saison, le tourisme de croisière confirme son redémarrage à Mayotte après le passage du cyclone Chido. Un rebond encourageant qui rappelle autant le potentiel touristique du territoire que les défis qui restent à relever pour accompagner son développement.

Une reprise encourageante pour les croisières mais des défis toujours à quai

Avec douze escales accueillies cette saison, le tourisme de croisière confirme son redémarrage à Mayotte après le passage du cyclone Chido. Un rebond encourageant qui rappelle autant le potentiel touristique du territoire que les défis qui restent à relever pour accompagner son développement.

Malgré ses 170 mètres de long et ses plus de 28.000 tonnes, le navire de croisière Seven Seas Navigator, de la compagnie Regent Seven Seas Cruises, demeure invisible depuis le front de mer de Mamoudzou, ce lundi 1er juin, peu avant 8 h 30. À l’horizon, aucune silhouette imposante ne vient trahir sa présence. Pourtant, les touristes, venus des États-Unis, d’Australie, du Royaume-Uni et du Canada, sont bien là. Les uns après les autres, ils débarquent sur le ponton d’urgence du port à bord de navettes orange frappées du nom du paquebot, preuve tangible que le navire mouille bien au large.

12 navires accueillis, un bilan « très positif » pour l’AaDTM

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La saison passée, 24-25, sur six escales programmées, seules trois avaient finalement pu être maintenues, notamment en raison du cyclone Chido. Victor Diwisch / JDM.

Dissimulé derrière le rocher de la pointe Mahabou, le Seven Seas Navigator est arrivé plus tôt dans la matinée en provenance de Zanzibar. Cette escale est la dernière de la saison des croisières 2025-2026 à Mayotte et vient mettre un terme à plusieurs mois d’accueil de visiteurs internationaux et de passages de paquebots dans le lagon mahorais.

Avec douze navires accueillis au cours de la saison, le bilan tranche nettement avec celui de l’année précédente, fortement perturbée par les conséquences du cyclone Chido. Sur les six escales alors programmées, seules trois avaient finalement pu être maintenues.

Pour l’Agence d’Attractivité et de Développement Touristique de Mayotte (AaDTM), cette saison affiche des résultats encourageants. « Un bilan très positif », note l’agence, qui évoque un « rythme comparable à celui d’il y a une quinzaine d’années », porté notamment par le retour de compagnies historiques, comme Hapag-Lloyd, et l’arrivée de nouveaux opérateurs, MSC Cruises et Azamara.

Si la saison 2025-2026 marque un regain d’activité, elle reste toutefois loin des niveaux observés au milieu des années 2000, considérés comme l’âge d’or des croisières à Mayotte. En 2006, le territoire avait accueilli 38 paquebots et près de 8.400 croisiéristes, selon les données de l’IEDOM. Depuis, l’activité a progressivement décliné, avec seulement quelques escales par an au cours de la dernière décennie, avant d’être quasiment interrompue par la crise sanitaire. Les professionnels du secteur évoquent notamment le manque d’infrastructures adaptées, l’absence d’un véritable terminal de croisière ainsi que la concurrence d’autres destinations de l’océan Indien mieux équipées.

Les futurs professionnels du tourisme, conscients des enjeux du secteur

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Chakila Ahamadi, 21 ans, et Zinedine Mohamed Ridjaly, 20 ans, étudiants en deuxième année de BTS Tourisme au LPO de Kawéni. Victor Diwisch / JDM.

Des records qui appartiennent désormais au passé. Sur le ponton, les regards se tournent vers l’avenir, portés notamment par les étudiants en BTS Tourisme du lycée Polyvalent des Métiers du Goût et des Saveurs de Kawéni (LPO Kawéni), mobilisés ce lundi pour accueillir et accompagner les croisiéristes, comme tout au long de la saison. Pancartes numérotées à la main, ils guident les passagers à leur descente des navettes et les orientent vers leurs groupes respectifs.

Parmi les étudiants mobilisés, Zinedine Mohamed Ridjaly, 20 ans, et Chakila Ahamadi, 21 ans, suivent les arrivées avec un brin de nostalgie. « Ce n’est pas encore notre groupe, je crois », glisse Zinedine, attentif aux passagers qui débarquent, vêtus de chemises colorées et munis d’appareils photo. Pour ces deux étudiants de deuxième année, qui ont participé à l’accueil et à l’accompagnement des croisiéristes tout au long de la saison, cette dernière escale marque également la fin de leur formation.

« On a de la chance d’avoir pu participer à l’accueil des croisiéristes, c’est un réel privilège », reconnaît Chakila, « mais ce dernier bateau, ça me fait bizarre. Je ne sais pas si un jour j’aurai à nouveau l’occasion de participer à tout cela ».

Appelés à exercer dans des secteurs aussi variés que les agences de voyages, l’événementiel, l’hôtellerie ou encore la promotion des destinations touristiques, les étudiants considèrent la venue des croisiéristes comme un enjeu important pour leur futur secteur d’activité. Elle rappelle que le territoire a du potentiel, mais met également en lumière certaines de ses carences.

Chakila Ahamadi accueille les touristes, une fierté pour elle. Victor Diwisch / JDM.

« Ça fait plaisir de voir les touristes revenir après le cyclone Chido. On voit que Mayotte existe toujours malgré les dégâts sur le territoire, notamment sur les infrastructures », remarque Zinedine. « Le tourisme est un secteur d’emploi et de développement pour le territoire, c’est important de le développer ».

« Le nombre de bateaux est encore très faible par rapport à ce qu’on peut réellement accueillir », insiste Archimed Daroussi Assani, 32 ans, lui aussi étudiant au LPO de Kawéni en reprise d’études. « Le problème, c’est qu’il n’y a pas assez de structures touristiques, d’endroits de restauration. L’aspect purement touristique est à améliorer ».

« On se dit que si on reste là les bras croisés, ça ne va pas s’améliorer. On doit faire le travail et porter les projets, c’est par nous que ça commence », poursuit Zinedine avant de rassembler le groupe numéro 5 et de prendre la direction du parc de la pointe Mahabou.

Un morceau de bois posé par terre pour éviter les accidents

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Les déchets et le manque d’entretien des sites, des problématiques « non négligeables », selon l’agence Baobab Tour. (Illustration).

Les autres croisiéristes sont dirigés vers les circuits habituels : les plages du Sud, Sakouli, Musicale Plage et Ngouja, le Pôle d’Excellence Rurale (PER) de Coconi, la ville de Mamoudzou ou encore Petite-Terre. Certains embarquent également à bord d’un catamaran pour une sortie sur le lagon.

Des excursions principalement encadrées par l’agence Baobab Tour, qui assure que les « clients sont ravis des excursions proposées », tout en constatant « certaines problématiques non négligeables sur les lieux visités : les déchets et le manque d’entretien des sites ».

« Par exemple, à la pointe Mahabou, les chemins sont dégradés, le débroussaillage n’est pas toujours fait et il n’y a pas de véritable mise en valeur du site », remarque Hélène Le Guillou, responsable de l’agence. Même constat aux abords du lac Dziani.

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Le port de Mamoudzou, avant le cyclone Chido. Plus d’un an et demi après, rien n’a été reconstruit. (©Mayotte drones, archives).

Le ponton d’accueil construit dans l’urgence après le cyclone Chido afin d’accueillir le dernier bateau de la saison 2024-2025 est lui aussi pointé du doigt, car « trop petit pour accueillir autant de passagers ». « Lors de la marée basse, la passerelle est trop inclinée et devient dangereuse pour les clients », ajoute-t-elle. Une modernisation des ports, également dénoncée par les opérateurs nautiques lors d’une « opération escargot » menée entre Petite-Terre et Mamoudzou, le 18 mai dernier.

Ce matin, à l’arrivée des touristes, un morceau de bois a même été placé à la hâte sur un trou dans la chaussée afin d’éviter les accidents. Non fixé, il est maintenu en place par un homme qui appuie dessus avec son pied pour empêcher qu’il ne se déplace.

Une saison prochaine sous influence du contexte international

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Six escales sont déjà programmées à Mayotte pour la saison prochaine qui débutera en novembre. (Illustration).

La saison prochaine débutera en novembre. À ce jour, l’AaDTM assure que six escales sont programmées à Mayotte. « Ces chiffres encourageants restent toutefois provisoires et sont susceptibles d’évoluer à la hausse au cours des prochains mois, au fil des discussions avec les armateurs », précise l’agence.

En raison des tensions dans le détroit d’Ormuz et dans le détroit de Bab el-Mandeb, certaines croisières sont annulées tandis que d’autres sont réorientées vers Mayotte, comme cela a été le cas le 11 mai dernier. Une escale supplémentaire qui avait fait le bonheur des professionnels du secteur et des équipes chargées de l’accueil des passagers, qui s’efforcent, escale après escale, de faire rayonner le territoire.

Victor Diwisch

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