Pendant dix jours à Madagascar, quatre étudiants de l’Université de Mayotte et onze étudiants de l’Université d’Antananarivo ont réalisé, dans le cadre d’un échange universitaire, un audioguide consacré à la capitale malgache. Un outil en ligne qui propose une découverte de la ville à travers plusieurs lieux emblématiques, choisis autant pour leur passé historique que pour leur place dans la société malagasy actuelle.
Un audioguide pour découvrir Antananarivo autrement

De la recherche documentaire à la collecte d’informations sur le terrain, en passant par les prises de photographies, l’enregistrement des voix et l’intégration des contenus sur la plateforme, les étudiants ont participé à toutes les étapes de conception du projet. Une expérience immersive qui leur a permis de croiser leurs regards, leurs pratiques et leurs sensibilités, autour de la valorisation du patrimoine d’Antananarivo.

Le parcours débute à l’Université d’Antananarivo avant d’emmener le visiteur à travers plusieurs sites marquants de la capitale, comme le tunnel d’Ambohidahy, la Fondation H — dédiée à l’art contemporain malagasy —, l’association culturelle La Teinturerie, le musée de la Photographie de Madagascar ou encore plusieurs jardins disséminés dans cette ville de près de 2,5 millions d’habitants.
Mouniati, 20 ans, étudiante en Lettres modernes à l’Université de Mayotte, dit avoir particulièrement apprécié la découverte de la Maison sociale des arts d’Antananarivo, une structure qui promeut les arts plastiques et la culture tout en permettant aux publics les plus modestes de s’initier à la pratique artistique. « Cet échange était très agréable, et le fait de vivre au quotidien avec les étudiants malgaches nous a permis de nous rendre compte de la réalité ici, qui est parfois un peu plus difficile au niveau économique », explique-t-elle.
Logés chez les familles des étudiants malgaches

Car au-delà de la découverte de la ville, les étudiants mahorais ont été accueillis au sein des familles de leurs homologues malgaches, chez qui ils ont séjourné pendant toute la durée du programme. Une immersion qui a permis de créer des liens, mais aussi de mettre en lumière les nombreuses similitudes entre Mayotte et Madagascar. « On se rend compte que le shibushi est familier à leur langue, qu’on pouvait se comprendre, ou encore que la cuisine locale se rapproche de celle de Mayotte », observe Mouniati.
« En échangeant avec les étudiants, on comprend rapidement leur volonté de quitter Madagascar pour s’installer en Allemagne ou ailleurs à l’étranger. C’était frappant de constater ce désir de départ », ajoute-t-elle. Selon elle, les discussions tournaient davantage autour des projets personnels et professionnels des jeunes que de la situation politique du pays, malgré le rôle joué par la Gen Z lors des mobilisations d’octobre 2025 ayant conduit au départ de l’ancien président Andry Rajoelina.
Cette mobilité s’inscrit dans un projet de coopération universitaire innovant axé sur la médiation culturelle et les échanges interculturels entre les deux établissements. Il s’agit du troisième échange organisé entre les deux universités. Après un premier séjour de rencontre à Madagascar, une deuxième édition avait pris la forme d’une masterclass consacrée à la rédaction d’articles autour du documentaire Les Routes de la Transe de l’artiste-réalisatrice Christine Coulange, également impliquée dans ce projet.
« Il y a eu des larmes ce matin du côté des étudiants au moment de quitter les familles », confie Jean-Louis Rose, vice-président Formation et Vie étudiante de l’Université de Mayotte et responsable du Service universitaire d’action culturelle, qui accompagnait le groupe à Antananarivo. Satisfait de l’expérience, il souligne l’enthousiasme suscité des deux côtés du canal du Mozambique.
« C’était une super idée qu’ils puissent dormir directement chez l’habitant, auprès des familles. Cela leur a permis de vivre une expérience complète », estime-t-il. « Ils ont découvert les liens très forts entre Mayotte et Madagascar, que les habitants des deux îles sont finalement d’une même famille. Ce sont plus que des voisins : ce sont des cousins. Ils n’en avaient pas forcément conscience jusqu’à présent ».
Pérenniser ces échanges entre les deux universités avec la création d’un cursus commun ?

Pour l’Université de Mayotte, l’objectif est désormais d’inscrire ces échanges dans la durée. « On pourrait imaginer un parcours commun entre les deux universités autour de la médiation culturelle, avec à terme un diplôme universitaire, des promotions hybrides et des regroupements d’étudiants dans un format expérimental », poursuit Jean-Louis Rose.
Dès octobre ou novembre prochain, les étudiants malgaches devraient à leur tour se rendre à Mayotte afin de réaliser un audioguide consacré au territoire mahorais. « Avec la même équipe, on peut faire un très bon travail, j’en suis sûre ! », s’enthousiasme Mouniati.
En attendant, l’audioguide pour visiter Antananarivo devrait être disponible sur la plateforme Izi Travel dans les prochains jours.
Victor Diwisch


