Des amas de tôles, des morceaux de bois et quelques effets personnels oubliés au sol. Ce vendredi matin, le paysage a changé dans le quartier Moya, à La Vigie, où les premières cases ont été détruites dans le cadre d’une opération menée par l’entreprise Colas pour le compte de la préfecture de Mayotte.
Au total, 72 habitations doivent être démolies sur ce secteur situé à cheval entre les communes de Dzaoudzi-Labattoir et Pamandzi. Selon les autorités, environ 150 personnes vivaient sur place. L’opération a été engagée à la demande du Conservatoire du littoral, propriétaire des terrains occupés.
Pour justifier cette intervention, la préfecture s’appuie notamment sur un rapport de l’Agence régionale de santé (ARS) évoquant des conditions de vie jugées insalubres, avec l’absence de réseau d’assainissement, des constructions fragiles, des installations électriques non conformes ainsi qu’une forte concentration d’habitants sur un espace réduit.
Une partie des familles relogée

Sur place, les habitants avaient été avertis quinze jours avant le début de la démolition. La plupart avaient déjà quitté les lieux lorsque les engins sont entrés en action. Selon la préfecture, un travail de recensement a été mené en amont afin d’identifier les situations les plus fragiles et d’accompagner certaines familles.
« Environ 150 personnes étaient présentes sur ce site. Nous avons mis en place, avec l’appui de la mairie, une permanence sociale pour identifier les besoins et trouver des solutions lorsque c’était possible (…) On a quand même trouvé des solutions de relogement, et c’est encore en cours de travail, avec plus de 20 familles, donc, en termes de personnes, c’est fluctuant, on peut avoir 4, 5, 6, 7, 8 personnes », a indiqué le préfet, Frédéric Poisot.
Plus d’une vingtaine de familles ont ainsi pu bénéficier d’un accompagnement vers une solution de relogement. D’autres étaient déjà parties avant l’arrivée des services de l’État et n’ont pas pu être rencontrées. Parmi elles, certaines se trouvent en situation administrative irrégulière.
Une opération justifiée aussi par des enjeux environnementaux
Pour la municipalité de Pamandzi, cette opération était nécessaire en raison de la localisation des habitations dans une zone naturelle sensible. L’objectif affiché est de préserver cet espace et d’éviter une occupation qui pourrait avoir des conséquences sur l’environnement. « On n’est pas très loin d’endroits à l’environnement sensible, donc c’est aussi la protection de l’île de Mayotte », a souligné le représentant de l’Etat.
Vendredi dès 5 heures du matin, un dispositif de sécurité a donc été déployé autour du site afin de s’assurer que plus personne ne se trouvait dans les habitations avant le début des démolitions. Plus de 70 agents ont été mobilisés par la société Colas pour mener les travaux.
La poursuite des décasages après « Kingia »

Cette intervention s’inscrit dans la continuité des opérations menées ces dernières semaines dans le cadre de « Kingia ». Même si ce dispositif arrive à son terme cette semaine, le nouveau préfet de Mayotte a déclaré que les décasages se poursuivraient. « Ces opérations vont continuer… Elles participent à la lutte contre l’immigration clandestine, à la sécurité du territoire mais aussi à l’amélioration de l’environnement et du cadre de vie des habitants ».
Ces deux derniers mois, quatre opérations similaires ont déjà eu lieu à Sada, Combani, Ironi Bé et Kahani. Celle de Moya marque la volonté des autorités de poursuivre ces interventions au-delà du cadre de « Kingia », malgré les critiques formulées par certaines associations qui dénoncent régulièrement les conséquences humaines de ces démolitions, notamment pour les familles et les enfants concernés.
« Je suis un préfet de la République qui agit en conséquence, en prenant compte de la dimension d’humanité vis-à-vis des familles qui se trouvent dans ces situations, sans aucune faiblesse et avec beaucoup de rigueur parce que je me dois de respecter la loi et le droit », a insisté le préfet de Mayotte.
Sonnera bientôt l’heure des déclarations officielles pour dresser un bilan définitif et juger de l’efficacité de « ce choc de sécurité ». François-Xavier Bieuville avait expliqué au lancement de Kingia que les priorités seraient la lutte contre la délinquance, la lutte contre l’habitat informel, la lutte contre le travail dissimulé et la lutte contre la clandestinité.
Shanyce MATHIAS ALI et Léo VIGNAL.


