À la gare maritime de Mamoudzou, l’heure est à la découverte. Lundi, vers 11 heures, sous une chaleur écrasante, les voyageurs affluent comme chaque début de semaine. Travailleurs, élèves, familles… tous se croisent dans un flux continu entre les guichets et le quai d’attente.
Deux bornes pour fluidifier les passages

Pour accompagner la mise en place des nouvelles modalités tarifaires, les agents de M’Safara sont présents en nombre. Vêtus de tee-shirts jaunes, ils orientent les usagers et les aident à prendre en main les nouvelles bornes automatiques installées à l’entrée de la gare maritime. Deux machines ont été déployées. L’une fonctionne déjà, l’autre doit encore être mise en service. L’objectif : permettre l’achat de titres de transport pour la barge, que l’on soit piéton, conducteur de scooter, automobiliste ou chauffeur de poids lourd, sans passer systématiquement par le guichet.
« On est là pour aiguiller les gens », explique un apprenti, sourire aux lèvres, originaire de Mtsamoudou. « Un ticket pour la barge seule est à 0,75 euro, pour un scooter c’est deux euros l’aller, pour un véhicule léger, c’est quinze euros ».
En revanche, le nouveau billet combiné bus-barge n’est pas encore disponible sur les bornes. Les voyageurs souhaitant bénéficier du nouveau tarif doivent encore passer par le guichet. Vendu deux euros l’aller et quatre euros l’aller-retour, ce ticket permet d’emprunter le réseau M’Safara puis la barge. D’après un agent travaillant au guichet, il serait valable pendant une semaine.
Selon le directeur adjoint du réseau M’Safara, Djalaldine Salim Houmadi, la non-disponibilité du billet bus-barge sur la borne serait liée à un problème technique : « Le dysfonctionnement observé ce matin est dû à un bourrage au niveau de la borne, empêchant temporairement son fonctionnement ». Dans le courant de la journée, la situation aurait été rétablie. Il précise également que quatre nouveaux distributeurs seront installés cette semaine à Dzoumogné, Bandrélé, Labattoir et Passamaïnty.
Le ticket combiné, une mesure saluée par les usagers

Sur le terrain, les réactions sont majoritairement favorables. Pour les habitants du sud ou du nord de Grande-Terre qui utilisent régulièrement les transports en commun, le nouveau tarif pour emprunter le bus et la barge représente une économie importante. L’apprenti rencontré près des bornes se montre très enthousiaste. « Aujourd’hui, on m’a déposé à Mamoudzou mais franchement c’est trop bien. Si je veux venir du sud jusqu’à Mamoudzou et prendre la barge, ça ne coûte que deux euros à l’aller et deux euros au retour. En taxi, c’est plus compliqué et surtout beaucoup plus cher », s’exclame-t-il.
Même satisfaction chez une habitante de Bouéni travaillant en Petite-Terre. « C’est seulement quatre euros l’aller-retour. Sinon, c’est huit euros l’aller et huit euros le retour en taxi, donc seize euros ». Pour elle, la mesure permettra de réduire significativement son budget transport, passant d’environ trois cent soixante euros par mois à quatre-vingts euros par mois, sans abonnement. Une mesure d’autant plus accueillie dans un contexte de hausse des prix du carburant sur le territoire.
Tous deux soulignent néanmoins un point faible : l’information générale en dehors de l’aide pour prendre un ticket. « Il faut que les gens soient davantage informés de tout ça. Même les jours fériés, nous on travaille, il faut qu’il y ait des informations. Il faut savoir comment faire pour les tickets et connaître les changements », estime la salariée. Car malgré la présence des agents de M’Safara, beaucoup d’usagers rencontrés ce lundi n’avaient qu’une connaissance partielle des nouvelles mesures.
Sur l’information des usagers, le directeur adjoint du réseau M’Safara, informe que « l’information constitue une priorité, avec des agents sur le terrain et des supports disponibles à la gare maritime, en agence, sur Msafara.yt et Facebook ».
Une augmentation encore méconnue pour les piétons

Surtout, personne ou presque ne semblait au courant de l’évolution tarifaire prévue à partir d’août prochain, une fois achevés les travaux de la nouvelle gare maritime de Dzaoudzi. À cette date, le tarif piéton de la barge passera de 0,75 euro à un euro par trajet, soit deux euros l’aller-retour.
L’annonce surprend immédiatement plusieurs personnes faisant la queue au guichet. « Vous me l’apprenez ! Pour deux euros l’aller-retour, c’est plus cher. Et après, s’il faut prendre un taxi à Mamoudzou ou en Petite-Terre, cela augmente encore les dépenses. À croire que Mayotte n’est déjà pas assez chère », réagit un homme de 25 ans en réfléchissant à mesure qu’il nous répond, lunettes de soleil sur le nez, écouteurs, téléphone en main, prêt à se rendre à son rendez-vous de travail.
À ses côtés, un autre usager secoue la tête plus fermement. « Ce n’est pas logique, ce n’est pas normal », lâche-t-il. Pour certains, le nouveau dispositif crée même une forme de distinction entre les profils de voyageurs. « Pour les gens qui viennent de Majicavo ou du Sud, cela peut être avantageux. Mais pour les habitants de Petite-Terre, cela ne changera pas grand-chose », résume pour conclure un usager.
En cette première journée de mise en œuvre, le nouveau billet bus-barge semble donc avoir trouvé son public parmi les utilisateurs réguliers des transports en commun. Reste à suivre comment la hausse annoncée du prix de la traversée pour les piétons sera accueillie par l’ensemble des usagers, lorsque les travaux de la gare maritime de Dzaoudzi seront achevés au mois d’août prochain.
Mathilde Hangard


