En associant ateliers de compétences psychosociales, soutien psychologique, projets artistiques et engagement citoyen, le programme récompensé entend donner aux jeunes les moyens de mieux comprendre leurs émotions et prévenir les situations de vulnérabilité avant qu'elles ne deviennent des crises.

Santé mentale des jeunes : Haki Za Wanatsa remporte le premier Prix PREV 2025

En associant ateliers de compétences psychosociales, soutien psychologique, projets artistiques et engagement citoyen, le programme récompensé entend donner aux jeunes les moyens de mieux comprendre leurs émotions et prévenir les situations de vulnérabilité avant qu'elles ne deviennent des crises.

L’association Haki Za Wanatsa – Collectif CIDE Outre-mer a été désignée premier lauréat du Prix PREV 2025, consacré cette année à la santé mentale, parmi 21 candidatures venues de toute la France. Décerné par le Forum Français pour la Sécurité Urbaine (FFSU), ce prix distingue des actions de prévention menées à l’interface des collectivités territoriales, des institutions publiques et de la société civile.

« Construire une culture de protection en amont »

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Décerné par le Forum Français pour la Sécurité Urbaine, le Prix PREV distingue des projets contribuant à la prévention des violences, des vulnérabilités et de la délinquance. (Photo : Lydia Barnéoud).

Le projet primé, « CPS Mayotte : Santé Mentale et Jeunesse », a retenu l’attention du jury par son approche globale de la prévention. Conçu comme une véritable chaîne de protection, il associe le développement des compétences psychosociales, l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), une cellule de soutien psychologique, des outils numériques ainsi que des projets collectifs et artistiques impliquant directement les jeunes. « L’enjeu n’est pas seulement de repérer et d’orienter, mais de construire une culture de protection en amont », explique Lydia Barnéoud, directrice fondatrice du collectif CIDE, « le but est de donner aux jeunes les ressources pour comprendre, nommer et agir, avant que la vulnérabilité ne devienne crise ».

La remise du prix s’est déroulée les 26 et 27 mai derniers à Quimper, dans le cadre des Assises de la sécurité des territoires, en amont d’une conférence consacrée à la santé mentale et à la prise en charge des situations complexes. Réuni pour l’occasion, le jury était composé notamment de Sonia Charapoff et Fanny Pastant, représentantes du réseau national des Conseils locaux de santé mentale (CLSM), de Sylvaine Gaulard, de la Délégation ministérielle à la santé mentale et à la psychiatrie (DMSMP), de Lili-Jeanne Barcilon et Pascale Fritsch, de la Direction de la protection judiciaire de la jeunesse (DPJJ), ainsi que de l’anthropologue David Mourgues, chef de projet du Projet territorial de santé mentale (PTSM).

Dans ses conclusions, le jury a salué « la qualité et la solidité de l’approche systémique du projet, articulant prévention primaire, secondaire et tertiaire autour de la santé mentale des jeunes ». Les membres ont également souligné « une véritable stratégie territoriale s’appuyant sur des recommandations internationales en matière de développement des compétences psychosociales ».

Au-delà de son caractère innovant, le dispositif a été distingué pour sa capacité à s’inscrire dans la durée, à lutter contre la stigmatisation de la souffrance psychique et à favoriser l’inclusion des jeunes dans les politiques de prévention. Le jury a également estimé que l’initiative était susceptible « d’inspirer d’autres territoires » tout en contribuant à « valoriser l’outre-mer, souvent sous-représenté dans ce type de prix ».

Un déploiement au plus près des jeunes

Conçue par le Collectif CIDE à Mayotte, la bande dessinée « Des cailloux sur la mer » sensibilise aux violences sexuelles faites aux mineurs et à la libération de la parole. (photo : Lydia Barnéoud).

Sur le terrain, le programme se déploie selon une stratégie progressive associant prévention, accompagnement et mobilisation collective. Des ateliers de compétences psychosociales sont organisés dans les collèges, lycées et structures partenaires afin d’aider les jeunes à mieux comprendre leurs émotions, renforcer leur confiance en eux et améliorer leurs relations aux autres. En parallèle, une cellule de soutien psychologique coordonnée par des professionnels assure l’accompagnement des adolescents en situation de souffrance psychique, favorise le repérage précoce des difficultés et facilite leur orientation vers des prises en charge adaptées.

Le dispositif s’appuie également sur des projets collectifs tels que les « Débats Jeunes », les « Jeunes Ambassadeurs du Lagon » ou encore des ateliers artistiques mêlant théâtre, chant, danse et écriture. Autant d’espaces d’expression qui visent à valoriser la parole des jeunes, encourager leur engagement citoyen et renforcer leur sentiment d’utilité sociale.

Une présence active sur les réseaux sociaux et des actions de sensibilisation auprès du grand public complètent cette démarche afin d’inscrire durablement la santé mentale dans le débat public et de lutter contre les préjugés qui entourent encore la souffrance psychique.

Une récompense pour un travail de terrain depuis 2018

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Créée en 2018, l’association développe des actions de protection de l’enfance, de promotion de la santé mentale et de prévention des violences à Mayotte, mais également à La Réunion, aux Antilles et dans l’Hexagone. (Image d’archives).

Pour le Collectif CIDE, cette reconnaissance nationale vient récompenser plusieurs années de travail menées sur le terrain. Créée en 2018, l’association développe des actions de protection de l’enfance, de promotion de la santé mentale et de prévention des violences à Mayotte, mais également à La Réunion, aux Antilles et dans l’Hexagone, en lien avec un réseau d’associations partenaires et de professionnels engagés.

Cette distinction s’ajoute à plusieurs récompenses déjà obtenues par la structure, parmi lesquelles le Trophée ESS 2025 de Mayotte, la Médaille de l’engagement ultramarin et le Prix Gisèle Halimi. Elle vient également conforter un projet conçu sur trois ans, dont la poursuite dépend désormais de l’instruction des financements attendus pour 2026.

« Cette reconnaissance est avant tout celle des associations membres, des professionnels, des bénévoles et des relais engagés à nos côtés », souligne le collectif. Une manière également de porter la voix de Mayotte dans les échanges nationaux consacrés à la prévention, à la santé mentale et à la protection de la jeunesse, alors que ces enjeux occupent une place croissante dans le débat public.

Victor Diwisch

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