Trois députés de la délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale : Béatrice Bellay (PS), Anchya Bamana (RN) et Yoann Gillet (RN), entament une mission de quatre jours à Mayotte consacrée aux freins au développement économique du territoire, dans un contexte toujours marqué par les suites du cyclone Chido.

À Mayotte, une mission parlementaire face aux freins structurels du développement économique

Trois députés de la délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale : Béatrice Bellay (PS), Anchya Bamana (RN) et Yoann Gillet (RN), entament une mission de quatre jours à Mayotte consacrée aux freins au développement économique du territoire, dans un contexte toujours marqué par les suites du cyclone Chido.

Trois députés de la délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale entament depuis ce lundi une mission de quatre jours à Mayotte consacrée au développement économique du territoire. Au programme : rencontres institutionnelles, échanges avec les acteurs économiques et visites de terrain. Dans un contexte persistant de destruction de nombreux  bâtiments publics, près d’un an et demi après le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024, les élus entendent identifier les principaux blocages structurels.

Une délégation parlementaire au contact des réalités économiques ultramarines

Mayotte, port,
Les députés de la délégation visiteront le port de Longoni mercredi 3 juin, en fin de matinée, dans le cadre de leur mission consacrée au développement économique de Mayotte.

Après une première étape réalisée à La Réunion, dimanche 31 mai 2026, la délégation entame donc sa mission de travail à Mayotte. Objectif affiché : analyser les conditions du développement économique des territoires ultramarins à partir des contraintes observées sur le terrain.

Sa vocation, rappelle la députée socialiste de la Martinique Béatrice Bellay — dans une interview accordée à notre rédaction —, est celle d’un objet parlementaire hybride. « Nous sommes des représentants de la délégation des Outre-mer, c’est une sorte de commission sans les pouvoirs de la commission de l’Assemblée nationale », explique-t-elle. L’instance peut « discuter, parfois prendre des positions », mener des missions flash ou des enquêtes, mais sans disposer des prérogatives d’une commission permanente. Sa composition reflète cette logique d’équilibre : elle réunit à parité des députés ultramarins et des élus de l’Hexagone. Une architecture pensée, selon elle, pour croiser les regards sur des territoires souvent abordés à distance par la production normative.

Dans cette perspective, la mission engagée à Mayotte s’inscrit dans une méthode revendiquée : multiplier les rencontres, non seulement avec les élus locaux, mais aussi avec des acteurs économiques, des syndicats et même des organismes de formation. « On ne se contente pas de voir des élus », résume Béatrice Bellay, qui défend la nécessité d’embrasser « le plus largement possible les forces vives d’un territoire ». 

Normes, développement : la critique d’un cadre jugé trop uniforme

Au fil des échanges, un même diagnostic revient sur la table : celui d’une inadéquation entre les cadres réglementaires et les réalités ultramarines. Pour Béatrice Bellay, cette question est au cœur même de la mission. L’enjeu est d’observer comment les projets de développement « butent sur cette réglementation » et d’ouvrir la réflexion sur des outils plus adaptés. L’idée d’une « réglementation différenciée », capable de correspondre aux réalités, et non seulement aux spécificités de ces territoires, structure une partie de son analyse.

La députée situe cette démarche dans l’histoire récente de la délégation. L’objectif initial était déjà de « faire un tour des territoires » pour comprendre concrètement où les politiques publiques se grippent. Cette lecture s’inscrit dans un constat plus large : celui d’une prolifération des normes, nationales comme européennes, dont l’empilement rendrait plus complexe la réalisation de projets économiques ou d’aménagement.

Chido, eau, infrastructures : Mayotte comme révélateur de tensions structurelles

Pamandzi, école, mairie, Mayotte
Près d’un an et demi après le passage du cyclone Chido, certaines infrastructures publiques, dont l’école élémentaire Pamandzi 1 en Petite-Terre, demeurent dégradées, comme figées depuis la catastrophe. Mathilde Hangard / JDM.

À Mayotte, la réflexion de la députée socialiste Béatrice Bellay se concentre rapidement sur la question des infrastructures, et en particulier sur celle de l’eau potable, régulièrement présentée comme l’un des points de friction entre les normes nationales et les réalités ultramarines.

Dans un territoire confronté à un stress hydrique chronique, sur fond de climat tropical alternant fortes pluies et épisodes de sécheresse, la crise de l’eau s’est installée durablement, avec la persistance de tours d’eau quotidiens sur l’ensemble du département. Dans ce contexte, elle plaide pour que les normes de construction intègrent systématiquement des dispositifs de récupération des eaux de pluie. « Ces citernes doivent rentrer dans les obligations et automatiques de construction », plaide-t-elle, afin de limiter l’usage de l’eau potable aux besoins essentiels, notamment sanitaires.

Au-delà de cette mesure, la députée met en avant un problème plus structurel lié à l’état des réseaux. Elle souligne que les territoires ultramarins souffrent d’un retard d’équipement, tandis que l’Hexagone dispose de réseaux plus anciens, plus denses et mieux entretenus. Elle estime qu’ « une partie des réseaux en Outre-mer sont inexistants ou lacunaires », ce qui complique fortement l’accès à une eau de qualité et renchérit les coûts de modernisation.

Dans ce contexte, elle considère que les collectivités locales font face à des besoins d’investissement lourds, sans disposer des mêmes capacités financières que d’autres territoires. « Il faut que l’État soit juste ! », insiste-t-elle, en appelant à adapter les mécanismes de financement aux réalités locales. Elle plaide ainsi pour la création de lignes budgétaires dédiées aux infrastructures essentielles, condition selon elle pour permettre ensuite l’accès aux financements européens. « Dans certains territoires, il faut des lignes budgétaires qui viennent ouvrir sur des besoins vitaux pour avoir un financement de l’État et de l’Europe », explique-t-elle encore.

Un ensemble de propositions qui, au-delà de la seule question de l’eau, renvoie plus largement à l’adéquation des politiques publiques et des normes de financement avec les contraintes structurelles propres aux territoires ultramarins.

Mathilde Hangard

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