À Mamoudzou, le centre hospitalier de Mayotte (CHM) concentre l’ensemble de l’offre de soins hospitaliers de l’île. Dans cet établissement public, le seul du département, les couloirs des urgences restent animés en continu. Bips de monitorage, allées et venues du personnel, afflux régulier de patients : le site fonctionne sans interruption.
L’hôpital, qui prend en charge une population estimée à plus de 345.000 habitants (Insee), est également la plus grande maternité de France. Il repose sur environ plus de 3.400 personnels, mais reste confronté à des difficultés de recrutement médical et à une activité soutenue. Malgré des investissements et une modernisation progressive de certains équipements, les équipes décrivent un établissement qui fonctionne souvent en conditions dégradées.
Les traces du cyclone Chido, survenu le 14 décembre 2024, sont encore visibles, notamment à l’extérieur du site où certaines façades sont abîmées, quelques fenêtres endommagées, et des infiltrations constatées dans plusieurs services. À cela s’ajoute une pression sur les capacités d’accueil, notamment en période de crise sanitaire ou d’épidémie saisonnière, comme avec le paludisme.
Une capacité hospitalière robuste malgré un état de contrainte permanent

Dans ce contexte, l’hypothèse d’un cas d’Ebola interroge directement la capacité de réponse du système hospitalier de l’île. Le CHM ne dispose que de trois chambres d’isolement destinées aux pathologies infectieuses les plus sensibles. Une contrainte structurelle qui limite la prise en charge de maladies hautement contagieuses nécessitant des dispositifs lourds et des circuits strictement séparés.
Mais dans les couloirs du CHM, le personnel est sur le pont et les protocoles sont répétés quotidiennement pour faire face à un éventuel cas. Près de 36 médecins urgentistes et 4 infectiologues sont notamment en poste pour répondre à l’éventualité de cette crise. À ce sujet, la direction de l’hôpital insiste sur l’anticipation. « Cette dernière semaine a servi à répéter les gestes et les connaissances de tous nos médecins et personnels paramédicaux », explique le docteur Xavier Hubert, chef du service des urgences et du SMUR, et référent médical de crise Ebola au CHM.
Aux urgences, une tente spécifique a été installée devant l’entrée du service dans la cour extérieure. Elle doit permettre d’isoler un patient suspect dans les quinze premières minutes après son arrivée, avant son orientation vers un circuit dédié sous haute surveillance. « On a une tente prévue devant les urgences pour accueillir un patient suspect », précise le médecin. À l’intérieur des murs de l’hôpital, le protocole prévoit une prise en charge strictement isolée afin de protéger les soignants et limiter tout risque de transmission, grâce à trois chambres d’isolement, notamment une principale servant à isoler un patient potentiellement considéré comme étant dans un état grave.
« Le protocole permet d’isoler le patient et de protéger les soignants », ajoute le docteur Hubert, qui rappelle que les dispositifs ont été renforcés à plusieurs reprises lors de précédentes alertes sanitaires. À ce stade, le risque d’importation du virus sur l’île mahoraise est toutefois évalué comme « faible » pour le territoire, commente l’urgentiste.
La fragilité du système hospitalier est surtout liée à son environnement global. À Mayotte, plus de 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et les conditions de logement restent souvent marquées par la promiscuité et des difficultés d’accès à l’eau. Ces facteurs sont régulièrement identifiés comme aggravants en cas de crise sanitaire.
Une île sous pression sanitaire et des relais extérieurs nécessaires

Face aux limites de ses capacités internes, le CHM s’appuie régulièrement sur des renforts extérieurs, notamment le centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion. Ce recours avait déjà été particulièrement mobilisé lors de la crise du Covid-19, lorsque plusieurs centaines de patients avaient été évacués par avion sanitaire afin de désengorger les services hospitaliers mahorais, à l’occasion d’un pont sanitaire aérien.
Cette dépendance à des structures extérieures illustre un fonctionnement sous contrainte, où la gestion des crises repose sur des ajustements rapides et des transferts de patients. Dans le cas d’une maladie comme Ebola, cette organisation pourrait être sollicitée en cas de saturation des capacités locales. « Les plans de montée en charge du CHM sont prêts (…) On a des dispositifs de recours à des renforts prévus avec la réserve sanitaire, mais aussi des établissements hospitaliers partenaires de La Réunion », rappelle le médecin.
Tsoundzou, un camp de fortune au cœur des enjeux sanitaires

Au-delà du centre hospitalier, les autorités sanitaires prennent également en compte les conditions de vie sur le territoire. À Tsoundzou, sur la commune de Mamoudzou, un vaste camp de fortune s’est progressivement installé. Plusieurs centaines de personnes y vivent dans des abris de bâches et de tôles, dans des conditions de forte densité. Les habitants sont notamment originaires de la région des Grands Lacs, mais aussi du Soudan, de la Somalie ou d’Afghanistan. Beaucoup ont rejoint Mayotte après des parcours migratoires longs et fragmentés.
Dans le camp, les allées sont étroites, la poussière omniprésente et la chaleur difficilement soutenable. Une rampe d’accès à l’eau structure certaines zones du site, mais les conditions de vie restent précaires. C’est dans ce contexte que la question sanitaire prend une dimension particulière. « Chez nous, on connaît Ebola… on en a déjà entendu parler au pays. Mais ici, on espère surtout que ça ne va pas arriver », confie un homme d’origine congolaise, réfugié dans le camp.
Entre alertes internationales et contraintes locales, le CHM s’inscrit dans une logique d’anticipation. « Pour une fois on se prépare avant que la crise arrive », confie une infirmière polyvalente du CHM, confiante sur les dispositifs mis en place. Les protocoles sont testés chaque jour, les équipes formées, et les circuits d’isolement testés. Mais les moyens restent contraints par la structure même du système hospitalier insulaire. « Le risque est jugé faible pour le territoire de Mayotte, mais cela nécessite évidemment de rester en alerte », résume encore le docteur Xavier Hubert.
Mathilde Hangard


