La convention prévoit le déploiement de Cap Emploi, de la Ressource Handicap Formation (RHF), d’une feuille de route territoriale ainsi que l’installation d’une antenne locale de l'AGEFIPH, afin de renforcer l’accès à l’emploi et l’accompagnement des personnes en situation de handicap sur le territoire.

Handicap et emploi : une convention structurante pour l’insertion des personnes en situation de handicap

La convention prévoit le déploiement de Cap Emploi, de la Ressource Handicap Formation (RHF), d’une feuille de route territoriale ainsi que l’installation d’une antenne locale de l'AGEFIPH, afin de renforcer l’accès à l’emploi et l’accompagnement des personnes en situation de handicap sur le territoire.

En déplacement à Mayotte pour une visite de deux jours, la directrice générale de l’Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées (Agefiph), Caroline Dekerle, a signé, ce mardi 26 mai, une convention de partenariat avec la DEETS (Direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) de Mayotte, la Préfecture de Mayotte, France Travail et AlomMayJob afin de poser les premières bases d’une structuration de la politique publique de l’emploi des personnes en situation de handicap sur le territoire.

Présenté par les différents intervenants comme « un tournant », cet accord prévoit notamment le déploiement des dispositifs Cap Emploi et Ressource Handicap Formation (RHF), dans le cadre de la feuille de route du PRITH (Plan régional d’insertion des travailleurs handicapés), ainsi que l’installation d’une antenne mahoraise de l’Agefiph au sein des locaux de la DEETS.

L’emploi des personnes en situation de handicap, entre tabou et accès difficile aux droits

Agefiph, handicap, DEETS, préfecture, Mayotte
Caroline Dekerle, directrice générale de l’AGEFIPH.

La Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) de Mayotte estime entre 20.000 et 25.000 le nombre de personnes en situation de handicap sur le territoire. Seulement 2.300 d’entre elles ont engagé des démarches de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Un chiffre bien trop bas pour permettre aux personnes d’accéder à leurs droits.

« A Mayotte la problématique la plus importante est l’accès aux droits, et il est nécessaire de faire un effort de pédagogie auprès de tous les acteurs », insiste la directrice générale de l’AGEFIPH, « tant qu’on n’a pas ce fameux papier RQTH, on ne peut pas bénéficier des aides et des dispositifs ».

Une situation qui découle notamment, selon elle, du poids des représentations autour du handicap à Mayotte, qui reste encore largement un tabou au sein des familles mais aussi du monde du travail.

AAH, handicap, Mayotte
Le handicap est encore trop souvent assimilé à la chaise roulante, alors qu’il peut intervenir au cours de la vie professionnelle, notamment à la suite d’une maladie, d’un accident ou de troubles de santé invisibles. (Illustration).

« Le handicap est encore tabou. Il faut le démystifier. On a encore cette image du fauteuil roulant, mais le handicap c’est aussi le diabète, les maladies dégénératives, les traumatismes psychiques. 85% des handicaps surviennent en cours de carrière », indique Caroline Dekerle. « Dans les entreprises, des salariés cachent encore leur handicap par peur du regard des autres ou des conséquences professionnelles ».

Au-delà des tabous, Caroline Dekerle a déploré le très faible recours aux aides existantes à Mayotte. « En 2025, aucune aide AGEFIPH n’a été attribuée sur le territoire, malgré les nombreux dispositifs disponibles : aménagement de poste, compensation du handicap, prothèses auditives, maintien dans l’emploi ou accompagnement à la création d’entreprise. Tout cela nous pouvons le financer ».

Des reconnaissances qui tardent, des entreprises à accompagner

Des reconnaissances du handicap qui tardent aussi en raison de la longueur des délais de traitement des dossiers déposés à la MDPH. Selon une intervenante, l’instruction des dossiers peut prendre « huit mois minimum, voire un an ». En cause, un examen global de l’ensemble des droits des demandeurs au moment du dépôt, ce qui allonge considérablement les délais. Selon Caroline Dekerle, une simplification serait nécessaire, en priorisant notamment la délivrance de la RQTH afin de permettre un accès plus rapide aux dispositifs.

Autour de la table, les acteurs soulèvent aussi la problématique du manque de médecins spécialistes, et les difficultés d’accès aux diagnostics ainsi que la crainte de la stigmatisation chez les jeunes.

MDPH, Handicap, Mayotte, Chambre régionale des Comptes, CNSA, FDCH
C’est à la MDPH d’officialiser la reconnaissance « travailleur handicapé », mais cela prend plusieurs mois, et freine l’accès aux droits.

« On ne fait pas de politique de l’emploi sans les employeurs », a aussi rappelé la directrice générale, insistant sur la nécessité d’accompagner les entreprises dans l’emploi des personnes, plutôt que de les culpabiliser. Les entreprises de plus de 20 salariés sont soumises à l’Obligation d’Emploi des Travailleurs Handicapés (OETH), qui impose l’intégration d’environ 6 % de salariés en situation de handicap ou, à défaut, le versement d’une contribution financière destinée à financer les politiques d’insertion. À Mayotte, cette obligation est pleinement effective depuis 2022. Un alignement progressif avec le droit commun qu’il faut accompagner.

« Ce n’est pas en faisant la morale qu’on fera avancer les choses. Il faut montrer aux entreprises pourquoi il est important de s’ouvrir au handicap ».

Une première étape pour « structurer » l’emploi des personnes en situation de handicap

La convention signée ce mardi vise justement à rendre plus lisible et plus opérationnel l’ensemble des dispositifs d’accompagnement sur le territoire. Une « première étape » pour structurer l’accès et le maintient à l’emploi des personnes en situation de handicap.

Elle prévoit d’abord le déploiement du dispositif « Cap Emploi » à Mayotte, pleinement intégré aux agences France Travail. Un dispositif qui permet d’assurer un accompagnement spécialisé des demandeurs d’emploi en situation de handicap, mais aussi un appui direct aux employeurs dans leurs démarches de recrutement et de maintien dans l’emploi.

L’objectif est de créer une véritable « équipe handicap » de proximité, composée de conseillers France Travail et de référents « Cap Emploi », afin de mieux orienter les personnes, d’identifier les situations de handicap plus tôt et de faciliter l’accès aux droits et aux solutions d’accompagnement.

Une feuille de route et une antenne locale

La mise en place d’une feuille de route territoriale, qui a pour objectif de coordonner l’ensemble des acteurs de l’emploi et du handicap, doit donner ses premiers résultats à la fin de l’année.

La convention s’inscrit également dans la mise en œuvre du PRITH (Plan régional d’insertion des travailleurs handicapés) de Mayotte, une feuille de route territoriale qui doit permettre de coordonner l’ensemble des acteurs de l’emploi et du handicap et dont les premiers résultats sont attendus à la fin de l’année. Ce plan prévoit plusieurs axes prioritaires : diagnostic territorial, accès à l’emploi et à l’apprentissage, maintien dans l’emploi, sensibilisation des employeurs, développement des partenariats avec la médecine du travail et organisation des temps forts nationaux comme la SEEPH ou le DuoDay.

La signature entérine aussi l’installation d’une antenne locale de l’Agefiph à Mayotte, directement implantée au sein des locaux de la DEETS. Une présence permanente qui permettra de faciliter l’accès aux dispositifs, de mieux accompagner les entreprises et les personnes en situation de handicap, mais aussi de renforcer la connaissance des aides existantes, encore très peu mobilisées sur le territoire.

Face à ces défis, la directrice de la DEETS, Nafissata Mouhoudhoire, a tout de même relevé une évolution importante des mentalités sur le territoire ces dernières années.

« Avant, à Mayotte, on ne parlait pas d’emploi pour des personnes en situation de handicap. On partait du principe qu’elles étaient dans l’impossibilité de travailler. Aujourd’hui, on parle d’emploi, on a changé de braquet ! ». Une considération que tous souhaitent désormais accélérer.

« Il faut libérer cette parole et arrêter de cacher les choses. Tout le monde doit trouver sa place », a plaidé Caroline Dekerle, promettant de revenir à Mayotte dans un an pour mesurer les avancées réalisées.

Victor Diwisch

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