Les faits remontent au 29 octobre 2023, dans un contexte de tensions entre villages qui secouaient plusieurs quartiers de l’île. Ce jour-là, cinq maisons en tôle sont incendiées à Kawéni. Selon les témoignages, une cinquantaine de jeunes, le visage partiellement dissimulé par des t-shirts, serait arrivée armée de machettes, de barres de fer et de cailloux. Des cocktails Molotov auraient également été utilisés pour mettre le feu aux habitations.

L’une des victimes, absente pendant le procès, va expliquer aux policiers lors de sa déposition qu’elle se trouvait dans une boutique lorsqu’on l’a prévenue que des jeunes venus de Majicavo incendiaient des maisons dans son quartier. Elle raconte avoir immédiatement couru jusqu’à son domicile où se trouvaient ses cinq enfants, à son arrivée sa demeure était en flamme mais aucun blessé n’a été à déplorer grâce à la réactivité de son fils.
Rapidement, celui-ci va reconnaître l’un des assaillants, grâce à sa voix, ses vêtements et sa coiffure malgré sa cagoule. Il va même donner aux enquêteur le nom de la bande à laquelle il l’associe : » Medellín ».
Les réseaux sociaux comme terrain d’enquête
Le jeune homme va aussi expliquer aux autorités qu’après les faits, plusieurs vidéos ont été publiées sur les réseaux sociaux pour revendiquer l’attaque. Des captures d’écran sont alors faites, en raison de la durée éphémère des publications en « story » sur les réseaux sociaux, et intégrées à la procédure. Les enquêteurs s’appuient sur ces contenus pour tenter d’identifier les participants, mais surtout l’accusé présenté comme le chef du groupe, un surnommé « Chifou ».
Un « tapissage » photographique (ndlr, séance d’identification) est ensuite organisé et le fils de la victime va encore une fois identifier le prévenu ainsi que l’un de ses complices mais cette fois-ci sur une planche photo. D’autres témoignages vont venir appuyer ses propos, notamment celui d’un habitant de Kawéni qui a assuré avoir reconnu plusieurs membres du groupe, dont le chef présumé. Deux personnes présentées comme faisant partie de la bande seront également entendues. Elles vont affirmer avoir participé à des caillassages et désignent « Chifou » comme celui qui « gérait » et donnait les ordres.
« Je m’étais calmé à ce moment-là »
Poursuivi pour destruction du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes, l’homme a comparu sans avocat ce mardi matin au tribunal judiciaire de Mamoudzou Il a donc dû assurer seul sa défense face à la justice.

À l’audience, l’accusé a reconnu connaître plusieurs personnes impliquées dans les violences, mais nie avoir participé aux incendies. « Je ne faisais plus de conneries. Je faisais même des bricoles pour gagner de l’argent », explique-t-il devant le tribunal.
Face aux accusations, il a également contesté les identifications faites par les différents témoins. « Ils disent qu’ils ont entendu ma voix mais comment ils peuvent savoir que c’est la mienne ? On ne traîne pas ensemble. En plus ça fait un moment que je ne suis pas allé dans ce secteur et je n’ai jamais incendié de maisons », déclare-t-il. « Chifou » réfute également être à la tête du groupe « Medellín » : « Je ne gère pas cette bande, j’ai mis fin à ça depuis 2017 », raconte l’accusé à la barre.
Selon lui, ce nom désignait à l’origine une équipe de football. Une version que la justice accueille avec scepticisme, le nom étant à la base associé à l’univers des cartels de Colombie et à Pablo Escobar, célèbre narcotrafiquant.
Le tribunal prononce finalement la relaxe
Au moment de ses réquisitions, la procureure décrit un homme connu par la justice. « Vous avez au moins trois personnes qui viennent clairement identifier l’accusé comme chef de bande de ces violences », lance-t-elle. « Dire simplement : « ce n’est pas moi », sans apporter d’éléments, c’est une défense assez pauvre ».
Elle va à plusieurs reprises insister sur les actes qui lui sont reprochés. « Lancer un cocktail Molotov sur une maison où se trouvent des enfants et des personnes vulnérables, on est sur une tentative de meurtre ». Pour cela, elle va réclamer quatre ans de prison avec mandat de dépôt, une interdiction de fréquenter le quartier de Majicavo ainsi qu’une interdiction de port d’arme pendant cinq ans.

Pour se défendre le prévenu va prendre une dernière fois la parole. « Il y’avait beaucoup de gens ce jour-là et je ne les vois pas. Ils ont dit que c’est moi et du coup je me retrouve ici. Je n’étais même pas là, Madame la Présidente, ils vont gâcher ma vie ! », s’est-il défendu.
Après délibération, le tribunal a finalement prononcé la relaxe, estimant que si plusieurs éléments laissaient penser que l’accusé pouvait être un chef de bande ou un instigateur, les preuves apportées au dossier ne suffisaient pas à démontrer sa participation directe aux incendies.
Cependant, il n’en a pas fini avec la justice. En effet, il sera prochainement présenté devant la cour d’assises dans une autre affaire, cette fois pour une implication présumée dans un meurtre par arme à feu commis à Majicavo en février 2024.
Shanyce MATHIAS ALI.


