Des passagers confinés dans leurs cabines au milieu de l’Atlantique, des évacuations sanitaires sous haute surveillance, des pays refusant temporairement tout débarquement et désormais, plusieurs pays touchés : en quelques jours, le MV Hondius a replongé le monde dans une atmosphère de crise sanitaire internationale. Mais derrière les images spectaculaires, que sait-on réellement de l’hantavirus, à part que le virus circule plus vite que les certitudes ? Et est-ce que le territoire de Mayotte pourrait être concerné ?
Parti d’Ushuaïa, en Argentine, le 1er avril 2026, pour une croisière dans l’Atlantique Sud en direction du Cap-Vert, le navire MV Hondius est devenu le centre d’un foyer d’hantavirus de la souche Andes. Plusieurs cas graves et trois décès surviennent progressivement parmi les passagers. Le navire fait l’objet de mesures sanitaires internationales, avec des évacuations organisées dans différents ports, notamment aux Canaries, puis vers plusieurs pays. Les autorités sanitaires mettent en place un suivi renforcé des cas et des contacts, dans un contexte de vigilance internationale face à une souche rare pouvant, dans certains cas exceptionnels, se transmettre entre humains.
Des cas répartis sur plusieurs pays

Au 12 mai 2026, le dernier bilan consolidé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fait état de 11 cas détectés, dont trois morts. « À ce jour, onze cas ont été signalés, dont trois décès (…) Neuf des onze cas ont été confirmés comme étant le virus Andes, et les deux autres sont probables », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus à l’issue d’une conférence de presse.
Le foyer d’hantavirus lié au MV Hondius concerne plusieurs nationalités. Des cas confirmés, probables ou suspects ont notamment été signalés chez des passagers néerlandais, britanniques, allemands, suisses, américains, français et espagnols. D’autres ressortissants étrangers font aussi l’objet d’un suivi comme cas contacts après leur évacuation du navire.
En France, la Direction générale de la santé (DGS) a confirmé, lundi 11 mai, un premier cas importé. Il s’agit d’une passagère rapatriée du navire et hospitalisée en service de réanimation à l’hôpital Bichat à Paris. Les quatre autres ressortissants français évacués seraient, à ce stade, asymptomatiques mais placés sous surveillance stricte.
Une vingtaine de cas contacts identifiés en France

Les autorités françaises évoquent également une vingtaine de cas contacts identifiés sur le territoire, liés à des passagers ayant voyagé sur les mêmes vols internationaux que les croisiéristes. Ces personnes font l’objet d’un suivi médical et, pour certaines, d’une mesure d’isolement préventif.
Dans le même temps, plusieurs opérations de « contact tracing » (en français : recherche de cas contacts) ont été déclenchées à l’échelle internationale. Les personnes exposées sont surveillées pendant une durée pouvant aller jusqu’à 42 jours, correspondant à la période maximale d’incubation connue du virus.
Malgré l’ampleur géographique du dispositif, les autorités sanitaires, notamment l’OMS maintiennent une position prudente mais rassurante : le risque pour la population générale reste décrit comme « absolument faible », insistait encore vendredi 8 mai, l’OMS dans un communiqué, relevant que ce virus « n’est pas un nouveau Covid ».
Un virus connu aux souches hétérogènes

L’hantavirus n’est pas un virus émergent. Il est identifié depuis les années 1950, après une épidémie survenue pendant la guerre de Corée. Aujourd’hui, il regroupe plusieurs dizaines de souches réparties sur différents continents. Son mode de circulation est particulier puisqu’il est porté par des rongeurs sauvages, qui servent de réservoir naturel. Chez eux, le virus ne provoque généralement aucun symptôme. Mais chez l’humain, lorsqu’il est transmis, il peut entraîner des formes graves.
La contamination survient le plus souvent par inhalation de particules contaminées issues d’urine ou de déjections de rongeurs. C’est donc un virus lié à l’environnement, aux espaces clos, aux zones mal ventilées, ou aux situations de contact indirect avec les nuisibles.
Les symptômes initiaux ressemblent à ceux d’une grippe : fièvre, fatigue intense, douleurs musculaires. Mais dans certains cas, la maladie évolue rapidement vers des formes sévères, avec atteintes respiratoires ou rénales. Dans le cas du navire MV Handius, la souche identifiée est celle du virus Andes, une forme particulière d’hantavirus présente en Amérique du Sud. Sa singularité réside dans une caractéristique particulière : celle de pouvoir se transmettre entre humains, le plus souvent lors de contacts rapprochés et prolongés.
Dans le cas du virus Andes, identifié à bord du MV Hondius, la mortalité est nettement plus élevée que pour les autres formes d’hantavirus. Les données scientifiques disponibles estiment la létalité du syndrome cardio-pulmonaire associé à cette souche entre 30 % et 60 %, avec des valeurs fréquemment citées autour de 40 %. Une variabilité de ces données est à considérer, en fonction de la prise en charge et la rapidité du diagnostic.
« Nous anticipons si jamais cela devait se produire », déclare l’ARS Mayotte

Bien qu’à ce stade, non concernés et éloignés géographiquement du foyer initial d’hantavirus, cette situation n’est pas anodine pour les territoires ultramarins français, où l’éloignement géographique et des capacités hospitalières parfois limitées peuvent compliquer la gestion d’une éventuelle crise sanitaire.
Il y a quelques jours, un épisode a suscité une inquiétude en Polynésie française : un cas contact lié à une suspicion d’hantavirus a transité par la Polynésie française après un passage par Tahiti puis Mangareva le 7 mai 2026. Par précaution, des restrictions de déplacement ont été mises en place, même si la personne concernée est asymptomatique, non contagieuse et ne présente pas de risque de transmission. Mais son entrée sur le territoire du Fenua a été refusée le temps d’écarter toute incertitude sanitaire.
Dans l’océan Indien, à Mayotte, aucun cas d’hantavirus n’est identifié à ce stade, confirme l’ARS Mayotte à notre rédaction, ce mardi 12 mai 2026. Les autorités sanitaires suivent néanmoins l’évolution de la situation avec attention dans ce territoire insulaire marqué par de nombreux échanges aériens avec La Réunion, Madagascar, les Comores, Nairobi ou encore Paris, dans un contexte où les déplacements internationaux peuvent rapidement raviver les inquiétudes sanitaires, même sans cas confirmé localement.
Cette vigilance s’explique notamment par les fragilités structurelles du département. À Mayotte, le système hospitalier repose principalement sur le Centre hospitalier de Mayotte (CHM), unique établissement du territoire, dont les capacités pourraient rapidement être mises sous tension en cas de crise sanitaire majeure. Le territoire fait également face à une forte pression démographique, à des difficultés d’accès aux soins dans certains secteurs et à des conditions d’habitat parfois précaires.

À cela s’ajoutent des contraintes environnementales : gestion des déchets difficile, chaleur favorisant la dégradation rapide des matières organiques et conditions d’habitat propices à la présence de rongeurs dans plusieurs zones. Des facteurs déjà surveillés par les autorités sanitaires, car ils peuvent favoriser la circulation de certaines maladies locales, indépendamment de toute alerte internationale.
Dans ce contexte, l’ARS Mayotte se veut toutefois rassurante : « À date il n’y a pas de lien entre un passager ou un contact de passager et Mayotte, et nous anticipons si jamais cela devait se produire », précise-t-elle à notre rédaction.
Dans les établissements scolaires de l’île, ces informations suscitent malgré tout des inquiétudes. Une élève de première au lycée des Lumières à Kawéni, à Mamoudzou, témoigne : « Ça m’inquiète, j’ai peur qu’il y ait une vague de maladies graves. Le bac est une année importante pour moi et je ne veux pas revivre une situation comme le Covid-19. Le confinement avait déjà perturbé mon parcours scolaire ».
Mathilde Hangard


