Les autorités comoriennes ont engagé depuis le mardi 12 mai des négociations à différents niveaux face à la grogne sociale née après la publication, samedi 5 mai, d’un arrêté portant sur la hausse des prix des produits pétroliers. Les discussions visent à collecter les positions des différents syndicats avant une synthèse qui pourrait servir de base de réflexion sur les propositions futures d’un plan de sortie de crise.
« Des négociations ont été engagées depuis mardi. Il y a eu au total dix rencontres avec les délégués des syndicats. Nous continuons à dialoguer. Et, pour l’instant, les discussions se passent bien. Les échanges vont se poursuivre aussi longtemps que possible pour parvenir à des solutions consensuelles », a souligné le Département en charge de la communication au Secrétariat général du Gouvernement. Des responsables des syndicats contactés confirment ces discussions mais disent maintenir toujours la pression sur le Gouvernement pour pousser celui-ci à revenir sur sa décision de relèvement des prix des produits pétroliers.
Des subventions pour bloquer les tarifs de l’eau et de l’électricité

Mercredi 13 mai, le Gouvernement a tenu un point de presse pour apporter des clarifications sur la décision d’augmentation des prix des produits, précisant que le manque à gagner pour l’Etat est de « 10 milliards de francs comoriens (20 millions d’euros) » destinés à amortir le choc des mesures d’accompagnement subséquentes à la hausse des tarifs du carburant. « Il n’y a aucune alternative. Nous avons pris des mesures d’accompagnement pour atténuer l’impact de la hausse chez la population.», a souligné le ministre comorien de l’Energie, Dr Aboubacar Said Anli.
Selon lui, la Société comorienne des Hydrocarbures (SCH) enregistre des pertes de « 3,4 milliards » de francs comoriens (près de 7 millions d’euros) par cargaison de produits pétroliers. « Le Gouvernement a retenu l’option la moins pénalisante pour les consommateurs », a-t-il expliqué, rappelant la mesure d’abattement de 40% sur les taxes de « neuf produits de première nécessité » dont le riz, l’huile, le sucre et la farine. « Toutes ces mesures visent à accompagner la population durant cette période exceptionnelle », a ajouté le ministre de l’Énergie.
Des arrestations de jeunes protestataires dans la capitale Moroni
Allant dans le même sens, le Secrétaire général du Gouvernement, Nour El Fath Azali, a souligné l’importance de maintenir les discussions pour parvenir à des solutions. « Nos portes restent toujours ouvertes. La crise énergétique touche tous les pays du monde. Il est donc nécessaire que tout le monde le comprenne. L’Etat a usé de tous les leviers pour faire face à cette hausse sachant que la crise pourrait encore durer des mois. Nous appelons au calme et à l’esprit de responsabilité », a-t-il souligné, annonçant « un chèque carburant » destiné aux boulangers pour éviter toute hausse du prix du pain et des subventions directes pour bloquer les tarifs de l’eau et de l’électricité.

La grève déclenchée par le puissant syndicat des transporteurs se poursuit encore dans l’archipel avec des dérèglements dans tous les secteurs d’activités. Les activités tournent au ralenti dans les principaux marchés du pays. L’enseignement connait de fortes perturbations. Des écoles restent fermées. Les championnats de football ont été suspendus provisoirement alors que de nombreux commerces ont tiré leurs rideaux. Des axes routiers subissent des scènes de barricades, notamment dans l’agglomération de la capitale, Moroni, où les forces de sécurité ont été déployées dans de zones névralgiques pour prévenir et lutter contre les débordements. Le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ahmed Assoumani, annonce l’arrestation d’une trentaine de jeunes, dénonçant « des manipulations politiques » et promettant de « restaurer l’ordre pour assurer la sécurité des citoyens ».
A.S.Kemba


