Face au manque d’infrastructures et d’activités, l'association locale Athlétic club des jeunes de Koungou mise sur le sport pour occuper, encadrer et orienter les jeunes vers un avenir professionnel.

À Koungou, le sport utilisé comme levier pour encadrer une jeunesse en manque de repères

Face au manque d’infrastructures et d’activités, l'association locale Athlétic club des jeunes de Koungou mise sur le sport pour occuper, encadrer et orienter les jeunes vers un avenir professionnel.

Sur l’île, après l’école, beaucoup de jeunes se retrouvent sans occupation. C’est à partir de ce constat que Djamil Abdallah, éducateur sportif et ancien entraîneur de football pendant vingt ans, s’est engagé avec son association l’Athlétic club des jeunes de Koungou pour proposer des activités.

Il y a deux ans, la structure a choisi d’offrir une alternative aux jeunes qui ne se reconnaissent pas dans des sports comme le football ou le handball. « Si des jeunes ne s’identifient pas à ces disciplines, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes », explique-t-il.

Un levier d’insertion sociale et professionnelle

Au-delà de l’activité physique, c’est aussi une manière de préparer l’avenir. Encadrement, animation, accompagnement vers des formations comme le Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (BPJEPS) : autant de pistes envisagées pour orienter ceux qui souhaitent en faire leur métier. « Je ne pourrais pas être encadrant toute ma vie et ces jeunes devront reprendre le flambeau », confie Djamil Abdallah. La structure accompagne aussi des jeunes vers d’autres secteurs, comme le BTP, en s’appuyant sur les compétences de son président Saïdine Toumbou.

L’association permet aussi aux jeunes de découvrir l’île en faisant de la marche.

Le sport sert aussi à créer du lien entre les quartiers, en effet à Koungou, comme dans d’autres communes de Mayotte, les tensions entre jeunes de différents villages sont récurrentes. Pour l’éducateur, faire se rencontrer les jeunes dès le plus jeune âge est essentiel.  « Dans les années 80 c’était comme ça tous les jeunes de tous les villages se côtoyaient, il ‘y avait pas de conflits », partage l’éducateur.

Mais encore faut-il pouvoir accéder au sport, dans de nombreux quartiers, les infrastructures sont dégradées. Le passage du cyclone a aggravé la situation, laissant certains terrains inutilisables. Pour y remédier, l’association se déplace directement dans les quartiers avec son matériel via une “caravane” improvisée, qui permet de proposer des ateliers d’initiation aux habitants. Dans certains cas, même les terrains encore utilisés ne sont pas sécurisés. « Quand on fait des séances d’entraînement sur le terrain de foot, des voyous traversent avec des chiens.  C’est très désagréable ! ». 

Des moyens limités face à un fort engagement

Pour beaucoup de familles, se déplacer jusqu’à un terrain ou payer une licence reste compliqué. Le coût de l’adhésion, fixé à 45 euros en athlétisme, représente un frein important dans un contexte de précarité. Résultat : certains jeunes participent aux activités sans pouvoir être licenciés. « Il ne faut pas que l’accès au sport soit un luxe », insiste Djamil Abdallah.

En 2025, la structure a lancé l’événement  les « 5 kilomètres de Koungou ».

Malgré ces difficultés, l’engouement est bien présent, en 2025, l’association a organisé la première édition des 5 kilomètres de Koungou, qui avait rassemblé de nombreux participants. Des courses adaptées à tous les âges avaient été mises en place, du 1,7 km pour les plus jeunes au 5 km pour les adultes.  Reste la question des moyens, puisque l’association fonctionne en grande partie grâce à l’engagement de ses bénévoles et à l’aide de partenaires privés. Les subventions existent, mais leur obtention prend du temps, ce qui complique l’organisation des projets sur l’année. « Si on se focalise uniquement sur les subventions, on a du mal à agir ». 

Un appel aux élus et un travail dès le plus jeune âge

En plus de son action locale, Djamil Abdallah lance aussi un appel aux élus. Pour lui, le développement du sport passe à la fois par la construction d’infrastructures ainsi que par la formation d’encadrants. « Si on construit sans former, les équipements seront laissés à l’abandon », prévient-il, soulignant le risque de voir ces espaces récupérés par la délinquance. Dans cette logique, il insiste aussi sur l’importance de valoriser l’ « excellence sportive », en mettant en avant le travail des bénévoles et des encadrants. Selon lui, reconnaître ces engagements permettrait de créer une dynamique et d’encourager d’autres personnes à s’investir auprès de la jeunesse.

Pour l’éducateur, il est nécessaire d’initier les enfants dès leur jeune âge.

Dans un territoire où la population est très jeune, la question de l’encadrement devient donc centrale. « Aucun enfant ne naît délinquant, tout dépend de l’environnement et des repères donnés dès le plus jeune âge ». D’où l’importance d’agir tôt, en proposant des activités, en transmettant des valeurs et en créant des perspectives.

L’association a d’ailleurs commencé à structurer ce travail, en faisant des partenariats avec le collège de Koungou pour orienter les jeunes repérés pour leur potentiel sportif vers la structure et leur permettre de se licencier. Une démarche que les responsables souhaitent désormais élargir aux écoles primaires, notamment aux élèves de CM1 et CM2, pour les accompagner le plus tôt possible.

Shanyce MATHIAS ALI.

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