150 logements étudiants vont être construits à Dembéni, à proximité du campus universitaire. C’est la principale annonce faite à l’issue du conseil d’administration du Crous de La Réunion et Mayotte, réuni pour la première fois sur l’île, au rectorat de Mamoudzou.
Un deuxième projet prévoit aussi une cinquantaine de logements intergénérationnels, destinés à accueillir des étudiants, des familles ainsi que des personnes âgées dans le courant de 2030-2031.
Répondre aux difficultés de transport
Le premier projet doit donc permettre aux étudiants mahorais de vivre à proximité de leur lieu d’études, alors qu’aujourd’hui aucun logement Crous n’est disponible sur le territoire. Pour Pierre-Olivier Sempère, directeur général du Crous de La Réunion et Mayotte, la question est directement liée aux difficultés de transport rencontrées par les jeunes.
Certains partent de chez eux aux aurores pour rejoindre l’établissement, seule université du territoire et arrivent très tôt sur le campus. À cela s’ajoute les difficultés de circulation, l’accès aux transports scolaires et les caillassages de bus qui compliquent encore plus ces trajets.
Les futurs logements prendront la forme de studios de 15 à 16 mètres carrés, avec de l’eau, de l’électricité et l’accès à internet compris dans le loyer. Pour l’instant, le montant n’est pas encore fixé, mais le Crous affiche déjà son objectif : « l’engagement que nous prenons aujourd’hui, c’est d’avoir un loyer très social pour les étudiants mahorais », précise Pierre-Olivier Sempère.

Pour financer ces opérations, le Crous compte notamment sur le Fonds européen de développement régional (FEDER) : avec 3 millions d’euros pour le premier chantier et 1 million pour le second. Ces financements doivent alléger la charge liée à la construction et ainsi permettre de contenir le coût du logement pour les étudiants.
Côté attribution, les critères sociaux resteront au cœur du dispositif, avec une priorité donnée aux étudiants boursiers, en particulier ceux aux échelons les plus élevés. Mais le Crous veut aussi tenir compte d’une réalité très concrète à Mayotte : la distance entre le domicile et le campus.
« Pour être schématique, on va plutôt privilégier un étudiant habitant par exemple à Koungou, Majicavo dans le nord ou à Petite-Terre par rapport à un étudiant boursier qui serait à proximité du campus à Dembéni ou Bandrélé », explique le directeur général.
Après Chido, plus d’un million d’euros d’aide
Présent à Mayotte depuis 2023, le Crous a profité de ce point presse pour faire le bilan de son action sur le territoire depuis le passage de Chido. Parmi les principales mesures, une aide exceptionnelle de 300 euros a été versée aux étudiants touchés, pour un montant total de plus d’un million d’euros. Des aides alimentaires et matérielles ont aussi été proposées à ceux qui avaient perdu leurs affaires.

Le Crous et l’Université de Mayotte ont également renforcé l’accompagnement des étudiants, avec un suivi social et psychologique ainsi que des cellules d’écoute, y compris pour ceux vivant dans l’Hexagone. « On a fait en quelque sorte une nouvelle rentrée après le passage dramatique du cyclone Chido », confie Pierre-Olivier Sempère.
Mais l’action du Crous ne s’arrête pas aux conséquences du cyclone. Depuis le 4 mai, tous les étudiants peuvent bénéficier du repas à un euro sur le territoire, contre 3,30 euros pour les non-boursiers auparavant, avec jusqu’à deux repas par jour. Les moyens sont aussi renforcés sur place, avec trois agents présents à Dembéni et une assistante sociale à temps plein pour accompagner les étudiants mahorais.
« On a considéré, à juste titre, me semble-t-il, que la situation à Mayotte est encore plus précaire qu’à La Réunion et que, par conséquent, il faut mettre des moyens supplémentaires », explique Pierre-Olivier Sempère.
Le Crous veut faire rester les étudiants à Mayotte
Avec les logements de Dembéni, le Crous veut aussi agir sur les départs vers La Réunion et l’Hexagone. Les difficultés de transport et l’absence de logements sur place pèsent sur énormément dans la balance, quand les familles et les jeunes formulent leurs voeux sur Parcoursup.

« Nous faisons le pari qu’avec une offre de logement à Mayotte, on pourra équilibrer cette proportion et même faire en sorte que les étudiants mahorais restent majoritairement sur le territoire », affirme Pierre-Olivier Sempère.
Le Crous prévoit déjà la suite avec le projet d’un deuxième campus universitaire vers Ouangani et Coconi. Une partie du foncier doit être consacrée au logement étudiant, 200 logements sont envisagés à terme dans le cadre de cette future opération.
« C’est très important puisqu’on s’aperçoit dans les statistiques que les étudiants mahorais réussissent beaucoup mieux quand ils restent dans le département de Mayotte », conclut le directeur général.
Shanyce MATHIAS ALI.


