Depuis le lancement de la Phase 2 du projet Caribus dans la zone industrielle de Kawéni, l'entrée nord de Mamoudzou s'est transformée en un gigantesque entonnoir routier. Prévu pour durer au moins trois ans, ce chantier stratégique d'aménagement d'une voie réservée aux transports collectifs asphyxie la circulation aux heures de pointe.

Travaux Caribus à Kawéni : Le calvaire au quotidien

Depuis le lancement de la Phase 2 du projet Caribus dans la zone industrielle de Kawéni, l'entrée nord de Mamoudzou s'est transformée en un gigantesque entonnoir routier. Prévu pour durer au moins trois ans, ce chantier stratégique d'aménagement d'une voie réservée aux transports collectifs asphyxie la circulation aux heures de pointe.

Sur le bitume surchauffé de la route nationale, l’attente est devenue la règle. Pour les professionnels du transport de voyageurs, les répercussions financières sont immédiates. « Avant les travaux, c’était bien, on gagnait correctement notre vie. Mais aujourd’hui, les embouteillages nous causent des dégâts considérables », déplore Mohamed Moustakim, 36 ans, artisan taxi depuis quatre mois sur les lignes reliant le nord de l’île au chef-lieu.

Mohamed Moustakim, 36 ans, taximan à Mamoudzou. Léo Vignal / JDM

Alors qu’il effectuait régulièrement six à sept courses quotidiennes, son rythme s’est brutalement effondré. Bloqué deux à trois heures pour parcourir quelques kilomètres entre Koungou et le centre-ville, il ne parvient désormais à boucler que deux ou trois trajets par jour. « Financièrement, ce n’est plus rentable du tout. Avec deux courses, on touche parfois à peine 30 euros. On brûle du carburant pour avancer de deux mètres alors que le gazole coûte très cher. Le soir, on rentre épuisés, on mange et on dort direct sans même avoir la force de nettoyer le véhicule », confie-t-il avec amertume.

Face à cette chute drastique de revenus, plusieurs chauffeurs songent déjà à jeter l’éponge pour se tourner vers d’autres secteurs d’activité, comme le bâtiment ou la conduite d’engins. Si Mohamed parvient encore à s’en sortir, c’est principalement grâce à son adhésion au groupement Taxi Vanille, qui lui garantit des contrats réguliers et des revenus fixes. Pour fluidifier le trafic, il préconise la mise en place d’un système de boucle continue évitant les bifurcations perpendiculaires qui bloquent les carrefours à hauteur de Kawéni, tout en regrettant que la profession ne soit pas davantage concertée par les pouvoirs publics.

Des usagers pris au piège des retards et du stress

Du côté des passagers, la situation est tout aussi intenable. Malgré la présence des bus et des navettes, la saturation des axes pénalise lourdement les trajets domicile-travail. Zahel, habitante de Kawéni et mère de deux enfants, doit traverser cette zone congestionnée chaque matin pour rejoindre son emploi situé à Passamaïnty.

Grâce aux coopératives, certains taximans arrivent tout de même à joindre les deux bouts à la fin du mois. Léo Vignal / JDM

« On était habitué aux transports de la CADEMA qui nous simplifiaient la vie. Mais fermer des voies pile au moment de la rentrée scolaire complique tout », constate la jeune femme. Pour être à l’heure, son réveil sonne désormais aux aurores : « Dès la prière matinale achevée, il faut prendre la route immédiatement tout en s’assurant que les enfants sont partis pour l’école. Un trajet qui prenait trente à quarante minutes nécessite aujourd’hui jusqu’à deux voire trois heures ».

L’annonce d’une durée de travaux estimée à trois ans suscite chez elle un profond désarroi. « C’est un stress permanent, on craint de perdre notre emploi ou des opportunités professionnelles à cause des retards répétés. Nous comprenons l’importance de construire une voie de bus pour l’avenir, mais il faut que le chantier avance vite pour ne pas nous pénaliser indéfiniment », insiste-t-elle, contrainte de recourir occasionnellement aux moto-taxis pour contourner les files ininterrompues de véhicules.

La scolarité des étudiants mise à rude épreuve

Ce blocage quotidien pèse également sur les parcours scolaires et universitaires. Salim Nassertin, étudiant en première année de BTS Banque au lycée de Petite-Terre, réside à Majikavo. Chaque jour, son itinéraire combine marche, bus et traversée maritime en barge, transformant le moindre déplacement en une véritable épreuve d’endurance.

Certains bus restent bloqués plusieurs heures dans les bouchons. Léo Vignal / JDM

« Le soir, après les cours et la barge, je reste parfois bloqué jusqu’à 19 heures à Mamoudzou à cause des bouchons. Je rentre chez moi épuisé alors que j’ai une charge de travail importante en BTS », explique l’étudiant. Les répercussions se font directement sentir sur ses devoirs et ses temps de révision. « Le lendemain, lorsqu’un professeur réclame un exercice, le motif des embouteillages n’est pas recevable. Ouvrir un cahier dans un bus bondé qui avance au pas ne permet pas d’étudier sereinement », ajoute-t-il.

Ne bénéficiant pas de bourse, le jeune homme doit parfois puiser dans son budget d’alimentation pour payer trois euros une course en moto-taxi afin de ne pas patienter des heures à l’arrêt de bus. Refusant de rentrer à pied par crainte des tensions et des agressions sur la route, il craint que ce chantier triennal ne vienne fragiliser la réussite de ses deux années de formation.

Si l’utilité du futur réseau Caribus pour moderniser l’agglomération fait consensus, la gestion de cette longue phase transitoire cristallise les angoisses. Entre impératifs économiques, obligations scolaires et fatigue généralisée, les usagers du nord de Mayotte retiennent leur souffle et réclament des aménagements d’urgence pour rendre l’attente supportable.

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