Ce mercredi 19 août, le Conseil d’administration de l’Établissement Public du Port de Commerce de Mayotte s’est réuni pour valider son budget et fixer une nouvelle grille tarifaire. À douze jours de la prise en main directe du port de Longoni, la collectivité veut rassurer les usagers. Elle doit pourtant composer avec l'ancien délégataire MCG et l'absence de calendrier précis de la part de l'État.

Port de Longoni : la nouvelle gestion publique garde le cap, mais navigue à vue avec l’État

Ce mercredi 19 août, le Conseil d’administration de l’Établissement Public du Port de Commerce de Mayotte s’est réuni pour valider son budget et fixer une nouvelle grille tarifaire. À douze jours de la prise en main directe du port de Longoni, la collectivité veut rassurer les usagers. Elle doit pourtant composer avec l'ancien délégataire MCG et l'absence de calendrier précis de la part de l'État.

C’est une vraie course contre la montre qui se joue actuellement au Département. Suite aux décisions de justice prononçant la résiliation anticipée de la DSP accordée à Mayotte Channel Gateway (MCG), initialement prévue jusqu’en 2027, le Département-Région de Mayotte prépare activement le grand basculement du 1er septembre prochain. Réuni en Conseil d’administration, l’EPPCM, la structure publique créée pour assurer la transition  a franchi une étape décisive lors de sa troisième séance de travail.

Des tarifs revus à la baisse après des années d’incertitude

La collectivité se dit prête pour la reprise du port prévue, dans les prochains jours.

C’était l’une des grandes questions qui préoccupait la population et les acteurs économiques. Pour bien comprendre l’enjeu, il faut rappeler que l’annulation de la DSP reposait en partie sur les pratiques de l’ancien délégataire, accusé d’avoir appliqué pendant des années des tarifs sans base légale ni validation officielle de la collectivité.

Pour la nouvelle gestion publique, il fallait donc revoir la procédure. Après une première version présentée en commission financière fin juillet et retravaillée suite aux retours du Conseil portuaire, les nouveaux tarifs ont été affichés le 4 août. Ce mercredi, le Conseil d’administration les a validés à l’unanimité.

Pour la construire, l’EPPCM s’est appuyé sur les prix pratiqués anciennement, certains sont restés les mêmes, d’autres ont été baissés. Des tarifs pourtant très critiqués ces dernières années par les acteurs économiques.

La Présidente Zamimou Ahamadi, rappelle que la CCI, opposée au départ, a finalement voté pour : « Si on a eu la validation de tout le monde, ça veut dire qu’on a tenu compte des observations ». Alors que les derniers tarifs validés datent de 2015 et que l’inflation post-cyclonique pèse sur les ménages, l’établissement a fait le choix de ne pas augmenter les prix pour préserver le pouvoir d’achat.

Le Grand Port de l’État : calendrier incertain

Si l’urgence du démarrage est financée par le Département grâce à une avance remboursable de 4 millions d’euros, ajustée aux besoins réels du port, la vision à long terme reste encore floue. En effet, la structure doit assurer la transition jusqu’à la création du « Grand Port Maritime de l’État », annoncée par le président de la République et inscrite dans la loi. Mais, sur le terrain, aucun calendrier n’a encore été fixé avec Paris.

Appel au Président, reconstruction, aide, Chido, Emmanuel Macron
Le président Emmanuel Macron avait annoncé la reprise du port par l’Etat.

Interrogée sur l’avenir financier du port et sur la manière dont le Département sera compensé quand l’État reprendra la main, Mariam Saïd Kalame reconnaît que la décision de justice a bousculé tout le monde. « On a tous été pris de court par rapport à la décision de la justice d’interrompre la DSP prématurément. Je pense que l’État aussi se trouve dans la même situation que nous ! ». 

L’élue demande donc de laisser l’établissement s’installer : « Ce qui nous intéresse là aujourd’hui, c’est d’assurer déjà la continuité de l’activité portuaire à partir du 1er septembre. Laissez-nous démarrer l’établissement. Après, on va aller à la réponse de votre question à savoir le projet du port de l’État ». Le sujet pourrait rapidement revenir sur la table, avec la venue annoncée de Sébastien Lecornu à Mayotte la semaine prochaine.

Comment le port s’organise pour le jour J ?

Pour faire tourner le site dans moins de deux semaines, la nouvelle direction doit aussi organiser la transition avec l’équipe sortante, la direction de l’EPPCM confirme échanger avec MCG à ce sujet. Mais un désaccord majeur reste à régler sur la propriété des gros équipements, notamment les grues et les portiques RTG. Une expertise judiciaire est par ailleurs toujours en cours sur ce dossier.

Les grues du port de Longoni au cœur du désaccord sur la propriété des équipements.

Pour éviter tout blocage le jour j au matin, la Présidente Zamimou Ahamadi affirme que ses équipes préparent plusieurs options. « La DSP dit que les grues ce sont des biens du Département. On n’a pas toujours la même lecture avec MCG qui considère peut-être que ce sont ses biens. Donc on est obligé de réfléchir à plusieurs scénarios. Si la solution A ne fonctionne pas, on a la solution B ». 

Sur le plan administratif et humain, l’organisation est parée. L’établissement a nommé son Directeur général, Henri Dupuis. Le budget voté ce 19 août garantit la reprise des salariés du port, comme le prévoit la loi, ainsi que les recrutements et commandes nécessaires.

« On assure aux Mahorais qu’on sera prêt. On fait tout pour qu’il y ait une continuité du service public parce que nous savons tous que c’est le poumon économique de Mayotte et on ne peut que réussir », conclut la Présidente Zamimou Ahamadi.

Le rendez-vous est pris dans moins de deux semaines sur les quais de Longoni pour voir si la transition se fera sans complications.

Shanyce MATHIAS ALI.

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