Conçu à partir de 280 visites de terrain réalisées après le passage des cyclones Chido et de la tempête Dikeledi, ce manuel vise à accompagner les habitants et les entreprises dans la compréhension et la réparation des problèmes les plus fréquents du bâti local.

Maisons fissurées, infiltrations : le CAUE publie un manuel de réparation pour aider les habitants à agir

Conçu à partir de 280 visites de terrain réalisées après le passage des cyclones Chido et de la tempête Dikeledi, ce manuel vise à accompagner les habitants et les entreprises dans la compréhension et la réparation des problèmes les plus fréquents du bâti local.

Un an après la publication du guide de recommandations à la (re)construction dans le cadre de l’édition HODI !, le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement (CAUE) de Mayotte poursuit son travail d’accompagnement des habitants et des entreprises avec la sortie officielle du « Manuel de réparation des maisons mahoraises maçonnées ».

Le premier manuel du CAUE était consacré notamment à la reconstruction post-Chido. (CAUE).

Présenté à l’occasion de la 15e table ronde du CAUE, cet ouvrage s’inscrit dans la continuité des visites opérées par les équipes du Conseil après le passage du cyclone Chido et de la tempête Dikeledi.

« A travers 280 visites en 2025, nous avons découvert un état de l’immobilier local assez désastreux », remarque Dominique Tessier, directeur du CAUE de Mayotte.

« Ces dégâts ne sont pas tous liés au cyclone, mais aux mauvaises façons de construire, d’imaginer la manière d’empiler les étages, mais aussi le manque de savoir-faire, notamment pour inscrire un logement dans un talus ou un sol. Nous avons répertorié tous les sinistres les plus fréquents, d’une maison à l’autre », continue l’architecte.

« A partir de ce répertoire, nous nous sommes dit qu’il fallait apporter de l’aide pour au minimum réparer, et sauver ce qui peut l’être. Par exemple afin que l’eau ne pénètre plus dans la maison ou encore réparer les ouvrages maçonnés, les poutres, les fondations et les murs ».

Le manuel s’articule autour de deux grandes thématiques : la protection contre les infiltrations d’eau et la réparation des éléments maçonnés. Il répond à des questions très concrètes : comment identifier l’origine d’une fuite ? Comment protéger une dalle en béton ? Comment traiter une fissure ? Quand faut-il faire appel à un professionnel ?

Dominique Tessier, architecte et directeur du CAUE de Mayotte.

L’objectif est d’aider les habitants à identifier l’origine des problèmes et à mettre en œuvre des solutions adaptées pour préserver leur logement.

Pour faciliter la compréhension, chaque problème est illustrée par des schémas et des photographies permettant aux propriétaires de reconnaître l’origine des dégâts observés sur leur habitation. Les solutions proposées sont ensuite classées selon leur niveau de complexité, leur coût et leur degré d’urgence. Des actions temporaires réalisables par les habitants eux-mêmes sont également détaillées afin de limiter l’aggravation des dégâts en attendant des travaux plus importants.

Des solutions pour mettre sa maison à l’abri de l’eau

HODI, guide, manuel, CAUE, architecture, Mayotte
Avec un code couleur, des illustrations, des conseils, et une attention particulière pour les détails, le guide se veut accessible et compréhensible par tous. (CAUE).

L’ouvrage insiste notamment sur la lutte contre les infiltrations d’eau, considérées comme l’une des principales causes de dégradation du bâti mahorais. Toitures, dalles béton, bas de murs ou remontées d’humidité : chaque situation fait l’objet de recommandations spécifiques, inspirées des normes en vigueur mais surtout adaptées aux réalités économiques et techniques du territoire.

Concernant les infiltrations d’eau, le manuel insiste sur le fait de protéger le haut mais aussi le bas des maisons. Il y a des infiltrations d’eau possible par une dalle en béton non protégée et par des remontées dans les sols, ou d’autres parties en béton non protégées.

Le manuel propose en premier lieu ce que l’habitant peut faire par lui-même pour protéger l’habitation comme entretenir la dalle, enlever les matériaux, enlever les charges lourdes, protéger les fers en attente.

HODI, guide, manuel, CAUE, architecture, Mayotte
Afin de répondre aux besoins de chacun, le manuel propose à la fois des solutions temporaires et durables. Des pictogrammes indiquent également si les travaux peuvent être réalisés par l’habitant lui-même ou nécessitent l’intervention d’un professionnel. (CAUE).

Il propose aussi de faire une chape en pente afin d’évacuer l’eau et/ ou d’imperméabiliser la toiture avec une peinture à refaire régulièrement.

D’autres possibilités d’améliorations sont aussi données. Comme protéger les escaliers, mettre des récupérateurs d’eau de pluie, protéger les sols, les bas des murs.

« Dans l’état des lieux qu’on a réalisé on observe que les maisons ne répondent pas aux nécessités. Il y a une insuffisance des savoir-faire. Le manuel est a disposition des particuliers mais on souhaite accompagner davantage les artisans », souligne Dominique Tessier.

Améliorer le bâti existentiel au maximum

HODI, guide, manuel, CAUE, architecture, Mayotte
Une synthèse des améliorations du bâti est proposée à la fin des différentes parties. (CAUE).

Le second volet est consacré à la réparation de la maçonnerie. Le manuel guide les habitants dans l’analyse des fissures, la réparation des murs, poteaux ou poutres, et présente les différents niveaux d’intervention possibles, depuis les réparations légères jusqu’aux reprises en sous-œuvre des fondations. Dans certains cas, il rappelle également que la démolition partielle ou totale peut s’avérer nécessaire lorsque la sécurité du bâtiment est compromise.

Comme pour le chapitre sur les infiltrations d’eau, le manuel classe les réparations de la moins lourde à la plus contraignante.

« Dans le bâti existentiel on n’arrivera pas à faire respecter les normes antisismiques et anticycloniques, mais on peut, grâce à ce guide, chercher à les améliorer au maximum », conclut Dominique Tessier.

Imprimé à 10.000 exemplaires, le manuel sera prochainement distribué dans les quincailleries ou encore les CCAS. Rédigé principalement en français, il comporte tout de même des traductions en shimaoré et un lexique afin de permettre au plus grand nombre de comprendre.

Dans la continuité de ce guide, le CAUE organisera prochainement des permanences à travers les communes et les intercommunalités du territoire.

Victor Diwisch

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Élections municipales de Mamoudzou : la justice décide qu’il n’y aura pas de nouveau scrutin

Le tribunal administratif de Mayotte entérine le score de la liste d’Ambdilwahedou Soumaïla au premier tour des élections municipales de Mamoudzou. Ce mardi 15 septembre, il donne en partie raison au requérant, Ahamada Haribou (arrivé deuxième), en retranchant 104 voix litigieuses.

Des parents d’élèves demandent le départ de la rectrice : « Si elle ne s’occupe pas de nous, elle doit démissionner »

Le lycée de la Cité du Nord entame ce lundi 14 septembre sa troisième semaine de blocage. Près de 180 parents, enseignants et représentants syndicaux se sont réunis devant l'établissement scolaire. La mobilisation des parents prend de l'ampleur, tandis qu'aucune rencontre avec la rectrice ou une délégation du rectorat n'était encore confirmée dans la matinée.

« Le CHM brille par son silence » : les brancardiers et ambulanciers en grève à Mayotte

Plus d'une vingtaine de brancardiers et ambulanciers du CHM sont en grève depuis lundi matin à Mamoudzou. Heures supplémentaires contestées, manque d'effectifs, missions SMUR et interventions à la morgue, les agents dénoncent une accumulation de difficultés et réclament des réponses de la direction.

Environnement : Plus de 41 000 euros attribués à trois projets écologiques à Mayotte

L'Office français de la biodiversité (OFB) a dévoilé les lauréats de la seizième édition de son programme de financement TeMeUm (Terres et Mers Ultramarins). Au total, trois projets mahorais d'initiatives locales, associatives et écologiques vont donc se partager une enveloppe de 41.550 euros.