Créée au mois de mars 2026, la Banque alimentaire de Mayotte 976 entre dans une phase de structuration encore très concrète. Actuellement, sans locaux fixes, elle cherche à la fois un bureau pour ses activités et un entrepôt d’environ 1 000 m². Objectif : organiser l’aide alimentaire sans se substituer aux associations déjà présentes sur le terrain.

« Le but, c’est que les associations s’approvisionnent », la Banque alimentaire de Mayotte se structure

Créée au mois de mars 2026, la Banque alimentaire de Mayotte 976 entre dans une phase de structuration encore très concrète. Actuellement, sans locaux fixes, elle cherche à la fois un bureau pour ses activités et un entrepôt d’environ 1 000 m². Objectif : organiser l’aide alimentaire sans se substituer aux associations déjà présentes sur le terrain.

À Mayotte, la Banque alimentaire 976 (BAM 976) ne s’installe pas dans un paysage vierge, mais dans un vide institutionnel clair : celui du réseau des Banques alimentaires en France. Le 101ème département français est, à ce jour, le seul territoire français à ne pas être couvert par une de ces structures intégrées au réseau national.

Dans l’Hexagone, les Banques alimentaires représentent un grand maillage structuré autour de la Fédération française des banques alimentaires. Ce réseau coordonne aujourd’hui des dizaines d’entités locales chargées de collecter, stocker et redistribuer des denrées alimentaires à des associations partenaires. Le principe est simple : centraliser les flux logistiques pour alimenter des acteurs de terrain déjà implantés auprès des publics en difficulté.

Ce modèle repose sur une organisation très encadrée : récupération de surplus alimentaires auprès de la grande distribution, dons de l’agroalimentaire, programmes européens d’aide alimentaire, puis redistribution via des associations locales (CCAS, épiceries solidaires, Croix-Rouge, Restos du Cœur, entre autres). L’objectif n’est pas la distribution directe aux bénéficiaires, mais la fluidification d’un système déjà dense. C’est précisément ce schéma que la BAM 976 tente d’implanter à Mayotte, dans un contexte où la précarité alimentaire est structurelle et où les acteurs associatifs jouent déjà un rôle central, mais constamment en tension, auprès d’une population en extrême précarité.

Une structure encore en phase de mise en place

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Les besoins alimentaires sur l’île restent supérieurs aux moyens dont disposent actuellement les associations de solidarité présentes à Mayotte, estiment les porteurs du projet.

Créée au mois de mars 2026, la Banque alimentaire de Mayotte 976 en est encore à ses débuts opérationnels. L’équipe se compose de cinq personnes, dont les membres du bureau (présidente, trésorier, secrétaire et trésorier adjoint), ainsi qu’un collaborateur bénévole, Jacques Onnen. À ce stade, l’organisation fonctionne encore majoritairement à distance.

Avant toute activité de collecte ou de redistribution, la priorité est d’abord de trouver des locaux adaptés. Deux besoins distincts sont présentés. D’un côté, un bureau administratif pour permettre le fonctionnement quotidien de la structure et de son équipe. De l’autre, un entrepôt de stockage, estimé à environ 1 000 m², destiné à centraliser les denrées alimentaires.

Concernant le bureau, la stratégie retenue repose sur une logique de mutualisation. Plutôt que de louer un local isolé, la BAM 976 cherche à s’intégrer dans un espace partagé avec d’autres structures associatives ou organismes présents sur l’île. « On s’est mis en contact avec d’autres associations et organismes pour louer ensemble un local plus spacieux pour mutualiser par exemple les espaces de travail comme les salles de réunion », explique Jacques Onnen.

Le second enjeu concerne l’entrepôt. Celui-ci doit permettre de centraliser les denrées alimentaires issues de dons, de collectes ou de partenariats, avant leur redistribution vers les associations locales. La BAM 976 ne prévoit pas de distribuer directement les aliments aux bénéficiaires, sauf cas particuliers via des dispositifs spécifiques comme des bons alimentaires. Son rôle se limite à une fonction d’approvisionnement. « Le but, c’est que les associations s’approvisionnent », rappelle Jacques Onnen. « Ce sont elles qui sélectionnent leurs publics ».  Les structures concernées sont déjà identifiées : Croix-Rouge, Saint-Vincent-de-Paul, Coallia ou encore ACFAV, qui interviennent auprès de publics en situation de grande précarité.

Pour l’heure, plusieurs propositions immobilières ont été transmises par des agences contactées par la BAM 976. Les équipes doivent désormais visiter ces entrepôts afin d’évaluer leur compatibilité avec les besoins logistiques : superficie, accessibilité, conditions de stockage et organisation des flux entrants et sortants.

Le RSMA en renfort pour surveiller les futurs stocks ? 

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Le RSMA pourrait être mobilisé pour sécuriser le futur entrepôt de la banque alimentaire de Mayotte.

Trouver un entrepôt n’est pas le seul défi de la BAM 976. Encore faut-il pouvoir sécuriser les denrées qui y seront stockées. Une question que l’association dit avoir intégrée dès le départ à sa réflexion. Pour répondre à cet enjeu, elle pourrait compter sur le soutien du RSMA, même si cela reste à confirmer. Selon Jacques Onnen, le Régiment du service militaire adapté s’est montré intéressé par le projet et pourrait mettre à disposition des stagiaires en formation dans les métiers de la sécurité et de la surveillance.

« Ils se sont déclarés intéressés à l’idée de nous fournir bénévolement des stagiaires et des agents pour assurer le gardiennage de l’entrepôt dans le cadre de leurs formations », explique-t-il. « Donc on compte là-dessus ». Une aide qui pourrait permettre à la future Banque alimentaire de sécuriser ses stocks sans supporter immédiatement le coût d’un dispositif de surveillance privé.

Combler un retard historique

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La future Banque alimentaire de Mayotte 976 entend structurer ses stockages et sa redistribution aux associations locales, dans un contexte de précarité alimentaire nettement persistante sur le territoire. (Photographie d’illustration)

Si la BAM 976 est encore à la recherche de ses locaux, son apparition marque déjà une évolution importante pour le territoire. Mayotte est encore jusqu’à présent le seul département français à ne pas disposer d’une Banque alimentaire affiliée au réseau national.

Ni l’idée, ni les besoins, ne sont nés avec le cyclone Chido, même si celui-ci a accentué les difficultés d’accès à l’alimentation pour une partie de la population. « La précarité alimentaire existait avant (ndlr : Chido) », rappelle Jacques Onnen. Le projet a émergé d’un constat partagé entre la Fédération française des Banques alimentaires et plusieurs acteurs locaux, qui est que malgré l’engagement des associations sur l’île, les besoins restent supérieurs aux moyens disponibles.

Pour construire son modèle, la BAM 976 entend notamment s’inspirer de l’expérience de la Banque alimentaire des Mascareignes, implantée à La Réunion, et travailler avec les structures déjà présentes à Mayotte, dont notamment l’ONG Super-Novae, qui avait été associée dans le passé à un projet sur ce sujet. De quoi nourrir le projet encore en construction, dont les premières étapes passent désormais par l’obtention de locaux et la mise en place de partenariats.

Mathilde Hangard

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