À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, associations, institutions et élèves se sont retrouvés mardi matin sur la place Zakia Madi pour la deuxième édition du Village de la Femme Mahoraise.

« Suku ya M’trumché », un village pour parler des droits des femmes et briser les tabous

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, associations, institutions et élèves se sont retrouvés mardi matin sur la place Zakia Madi pour la deuxième édition du Village de la Femme Mahoraise.

Malgré le mauvais temps, dès 7h30, la place Zakia Madi s’est peu à peu remplie de stands, d’élèves et d’associations, venus participer à la deuxième édition du Village de la Femme Mahoraise, baptisé « Suku ya M’trumché ». Organisé par l’Association pour la Condition Féminine & l’Aide aux Victimes (ACFAV), avec plusieurs partenaires, l’événement s’inscrit dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes et avait pour objectif de parler des droits, de la prévention des violences, mais aussi de santé, et d’accompagnement social.

Tout au long de la matinée, le public a pu circuler entre les différents stands installés sur la place. « La journée aujourd’hui c’est une journée de convivialité, et de sensibilisation », explique Scott Volarova, animatrice en santé et santé sexuelle à l’ACFAV. Pour elle, ces rencontres restent importantes dans un territoire où certains sujets restent difficiles à aborder. «  L’idée c’est de briser les tabous et rappeler la valeur d’une femme. On est tous né d’une femme, on est élevé par une femme, donc elles méritent du respect ».

Des associations et des élèves mobilisés

Des femmes ont été récompensés par la présidente de l’ACFAV, la vice-présidente, le président de l’UDAF.

Plusieurs établissements scolaires ont fait le déplacement, dont les élèves du collège de Koungou et ceux des Apprentis d’Auteuil. Sur leur stand, l’équipe présentait notamment leur lycée d’enseignement adapté situé à Kawéni, mais aussi leur internat éducatif réservé aux jeunes filles. « On accueille 25 jeunes filles du lundi au vendredi. Ce choix a été fait pour lutter contre le décrochage scolaire des filles », explique une animatrice. L’équipe rappelle que certaines difficultés touchent particulièrement les adolescentes, entre tâches ménagères à la maison ou risques de grossesses précoces. « L’idée c’est de créer un espace où elles peuvent prendre confiance en elles, dans un esprit de solidarité entre femmes ».

Au-delà de la sensibilisation, la matinée a aussi été marquée par plusieurs moments symboliques. Une vingtaine de femmes du territoire ont été mises à l’honneur pour leur parcours de vie. « Ce sont des mamans qui se sont battues pour élever leurs enfants malgré les difficultés, et aujourd’hui leurs enfants sont devenus des responsables, des directeurs d’école ou des pilotes », explique Sophiata Souffou, présidente de l’ACFAV, rappelant qu’il est important de montrer aux jeunes à travers ces parcours que la femme mahoraise à toute sa place.

De l’art pour parler de violences 

Les élèves du collège de Koungou ont interprété la pièce « Raissa ».

L’événement s’est poursuivi avec la lecture d’un conte traditionnel mahorais consacré au mariage forcé, avant de laisser place au théâtre. Sur scène, les élèves du collège de Koungou ont présenté une pièce intitulée « Raïssa », qui raconte l’histoire d’une adolescente témoin des violences que son père fait subir à sa mère.

Le professeur de français Rachadi Miradji, à l’origine du projet, explique avoir voulu parler des conséquences de ces violences sur les enfants et s’être inspiré de certains témoignages de ses élèves. « L’idée était de montrer l’impact que ça peut avoir sur les enfants », partage-t-il. La pièce dure une quinzaine de minutes et a déjà été jouée plusieurs fois à la demande d’organisateurs. Pour l’enseignant, voir ses élèves monter sur scène reste un moment fort. Sur scène justement, les élèves reconnaissent être à la fois contents et un peu stressés.

Informer et accompagner les femmes

Autour de la place, d’autres stands proposaient également des activités autour du bien-être.  Samawia, qui propose un accompagnement en nutrition et des massages, explique vouloir rappeler aux femmes l’importance de prendre soin de sa santé. « Elles s’occupent de tout le monde donc moi avec mon stand et mes produits à base de plantes traditionnels je les invite à venir se relaxer car la santé c’est important », explique-t-elle.

Des stands proposaient de l’henné et des dessins au msindzano pour embellir les participantes.

Plusieurs structures étaient aussi présentes pour informer sur les violences et les démarches possibles pour les victimes mais restent méconnues. Cynthia Mohamed, assistante sociale au centre hospitalier de Mayotte et intervenante à l’unité médico-judiciaire, rappelle que ces services accompagnent les victimes de tout type de violence. « On accompagne les personnes victimes de violences conjugales, sexuelles ou d’harcèlement. On peut recevoir les personnes avec ou sans rendez-vous pour expliquer les démarches et les procédures ».

Les lycéens et collégiens avaient une fiche de quizz à remplir en échangeant avec les différentes structures.

Pour Zabibou Djabiri, juriste au service d’aide aux victimes de l’association ACFAV, l’objectif de ces rencontres est aussi de rappeler que des dispositifs existent sur l’île. « Il y’a des structures maintenant le plus important c’est d’oser en parler et venir chercher de l’aide ».  Elle insiste aussi sur la présence des jeunes pendant l’événement. « On voit beaucoup de scolaires aujourd’hui, et c’est important parce que ce sont les adultes de demain », explique-t-elle.

La présidente de l’ACFAV a conclu avec un message fort pour les mahoraises. « La femme mahoraise est importante , c’est la meilleure et la plus belle ».

Shanyce MATHIAS ALI.

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