Les faits de violence font malheureusement trop souvent partie du quotidien en prison. Pour lutter contre ce phénomène, l'équipe de direction du centre pénitentiaire de Majicavo vient de mettre en place un dispositif innovant impliquant les détenus.

Des co-détenus accompagnants pour prévenir la violence au centre de détention de Majicavo

Les faits de violence font malheureusement trop souvent partie du quotidien en prison. Pour lutter contre ce phénomène, l'équipe de direction du centre pénitentiaire de Majicavo vient de mettre en place un dispositif innovant impliquant les détenus.

En dépit des évènements récents et de l’agression d’un surveillant la semaine dernière, la prison de Majicavo est loin de figurer parmi celles qui comptabilisent le plus d’actes de violences, que ce soit entre détenus ou envers le personnel de surveillance. La direction du centre pénitentiaire, renouvelée partiellement en décembre 2024 et janvier 2025, a cependant pris rapidement des mesures visant à pérenniser un cadre relativement apaisé – en dépit de la dureté des conditions de vie en espace carcéral – et à prévenir les comportements violents.

Une formation d’une semaine pour les détenus volontaires 

Les huit personnes choisies dans le cadre de la mise en place du dispositif « pairs accompagnants » ont reçu au début de l’année une formation d’une semaine. (illustration)

Parmi celles-ci, la mise en place d’un dispositif baptisé « pairs accompagnants » expérimenté depuis quelques années avec des résultats probants dans d’autres centres de détention comme Fleury-Mérogis, Villepinte, Lyon-Corbas ou Saint-Denis-de-la-Réunion. « Huit détenus ont été retenus parmi les quelques 200 volontaires qui se sont manifestés pour exercer cette nouvelle mission, totalement bénévole, explique Mathilde Cunha, adjointe au chef d’établissement. Les critères étaient l’absence d’incident, une durée de peine suffisante pour s’investir sur un laps de temps significatif et la bonne maîtrise de la langue française », ajoute-t-elle. Les huit personnes choisies ont reçu au début de l’année une formation d’une semaine dispensée par l’organisme « Éthique formation ». « Ils ont travaillé sur des domaines comme l’écoute bienveillante, la gestion des conflits, la connaissance des comportements hétéro-agressifs afin d’être capables d’intervenir en relation d’aide et de soutien auprès des autres détenus », détaille la directrice.

Un entretien en privé entre détenus

Les pairs accompagnants sont répartis dans les différents secteurs. Un binôme au centre de détention, un binôme à la maison d’arrêt, un binôme au quartier arrivant et un autre pour le quartier des mineurs. (illustration)

Le cadre de ces interventions a été défini avec l’équipe de direction et le personnel pénitentiaire. « Les pairs accompagnants sont répartis dans les différents secteurs, indique Mathilde Cunha. Un binôme au centre de détention, un binôme à la maison d’arrêt, un binôme au quartier arrivant et un autre pour le quartier des mineurs. Pour ce dernier, les pairs auront vocation à faciliter la transition des jeunes au quartier des adultes quand ils ont dix-huit ans. Les conditions de détention, les relations et les codes ne sont pas les mêmes au centre de détention et les détenus sont les mieux à même d’expliquer ces différences et d’être écoutés et compris par les jeunes. N’importe quel professionnel peut demander le recours aux pairs à la suite d’un conflit, d’une difficulté ou d’un événement particulier. Après accord du chef de bâtiment, un entretien est organisé et se déroule en privé entre détenus dans un bureau d’audience ».

Des premières remontées positives

Surpopulation carcérale à la prison de Majicavo
La surpopulation carcérale crée des tensions entre détenus à Majicavo.

Le dispositif vient d’être mis en œuvre et expliqué aux détenus dans le cadre d’une série de réunions conduites par la directrice adjointe et le directeur adjoint. Il a déjà été activé pour une bagarre en promenade et la situation conflictuelle a pu être réglée en limitant le recours à des mesures de gestion de la détention, comme les changements de bâtiment. « Il faut bien sûr un moment d’acculturation pour le personnel comme pour les détenus, reconnaît Mathilde Cunha. Les pairs, notamment, ne doivent pas être perçus comme des substituts de l’administration mais bien comme des facilitateurs de la vie en prison et des recours alternatifs en cas de problème. Mais les premières remontées sont positives et certains des détenus retenus comme pairs y dévoilent des qualités personnelles et relationnelles impressionnantes », souligne l’adjointe au chef d’établissement.

Philippe Miquel

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