Participation stable, maires sortants absents, candidatures féminines rares : à deux semaines du scrutin, le paysage politique mahorais se fragmente sans vraiment se renouveler.

Municipales 2026 à Mayotte : le grand jeu des 88 listes

Participation stable, maires sortants absents, candidatures féminines rares : à deux semaines du scrutin, le paysage politique mahorais se fragmente sans vraiment se renouveler.

À Mayotte, les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 s’annoncent denses et disputées. Avec 88 listes déposées dans les 17 communes, soit une de plus qu’en 2020, le scrutin confirme la vitalité démocratique du territoire. Mais derrière cette stabilité numérique se dessinent des déséquilibres persistants, des successions ouvertes et plusieurs incertitudes juridiques.

Une participation stable, une féminisation au point mort

La participation électorale des candidats reste soutenue dans le 101ème département, où les municipales constituent un moment central de la vie politique.

Le chiffre est presque identique à celui du précédent scrutin : 88 listes ont été validées à ce stade par le Ministère de l’Intérieur, contre 87 en 2020. La participation électorale des candidats reste donc soutenue dans le 101ème département, où les municipales constituent un moment central de la vie politique.

Mais la stabilité masque une autre réalité : la faible progression de la représentation féminine. Sur les 88 listes, 78 sont conduites par des hommes et dix seulement par des femmes, exactement comme il y a six ans. Si les règles de parité s’appliquent dans la composition des listes, l’accès aux fonctions de tête demeure très majoritairement masculin.

Dans le chef-lieu, Mamoudzou, deux femmes briguent la mairie au sein d’un paysage éclaté de sept listes. Même situation à Pamandzi, commune qui concentre le plus grand nombre de candidatures. Ailleurs, une candidate mène une liste à Chiconi, Chirongui, Kani-Kéli, Koungou, Mtsamboro et Tsingoni. Une présence réelle, mais encore marginale.

Pamandzi en surchauffe, des communes plus atones

C’est à Pamandzi que la compétition est la plus intense : onze listes s’y affrontent, un record départemental.

C’est à Pamandzi que la compétition est la plus intense : onze listes s’y affrontent, un record départemental. Dans cette commune stratégique, la fragmentation est telle qu’un second tour paraît inévitable. Les sensibilités politiques y sont diverses — divers centre, divers droite, divers gauche, listes estampillées ou issues de mouvements locaux — mais la logique dominante reste celle des ancrages de proximité et des réseaux personnels.

Le chef-lieu Mamoudzou suit avec sept listes. Le maire sortant y est candidat à sa succession, mais devra composer avec une offre politique morcelée qui pourrait redistribuer les cartes. À Koungou et Mtsamboro, six listes sont en lice ; à Dembeni, cinq candidatures se disputent la mairie.

À l’inverse, Bandrélé, Chiconi et M’Tsangamouji ne comptent que trois listes chacune. Des configurations plus resserrées, où les rapports de force pourraient se jouer dès le premier tour si une dynamique claire s’impose. Cette géographie électorale souligne une constante mahoraise : l’intensité de la compétition varie fortement d’une commune à l’autre, en fonction des équilibres locaux, des rivalités personnelles et des enjeux de succession.

Des maires sortants absents et des recours en suspens

Plusieurs figures municipales ne rempilent pas. À Bandraboua, le maire sortant ne se représente pas. Même décision à Pamandzi, où l’édile en place laisse le champ libre à une bataille ouverte. Ces retraits volontaires créent des espaces politiques inédits, souvent propices à la multiplication des candidatures.

Koungou, Mayotte,
Assani Saindou Bamcolo est empêché de se représenter en raison d’une condamnation assortie d’une peine d’inéligibilité de cinq ans prononcée le 16 décembre dernier.

Le cas de Koungou est plus contraint : le maire sortant est empêché de se présenter en raison d’une condamnation assortie d’une peine d’inéligibilité de cinq ans prononcée le 16 décembre dernier. À Mtsamboro, un autre édile ne pourra également briguer un nouveau mandat. Ces absences rebattent profondément les cartes dans des communes où le pouvoir municipal reposait sur des figures installées.

À ces incertitudes politiques s’ajoutent des recours juridiques. À Pamandzi et à Dembeni, deux candidats dont l’inscription a été refusée ont saisi le tribunal administratif afin d’obtenir l’enregistrement de leur liste. Il s’agit de Midladji MNEMOI, candidat à Pamandzi, et Adidja FATIHOUSSOUNDI, candidate à Dembeni. Le Ministère de l’Intérieur précise que l’ensemble des candidatures demeure sous réserve de la délivrance des récépissés définitifs et des décisions à venir.

À l’approche du scrutin, Mayotte se retrouve ainsi face à une équation familière : une forte mobilisation politique, une fragmentation marquée et des enjeux locaux considérables : sécurité, urbanisation, services publics, développement. Les électeurs auront le dernier mot.

Mathilde Hangard

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