Dix mois après le cyclone, l’équipe de psychiatrie de Mamoudzou alerte sur des conditions de travail "extrêmes" et réclame des locaux dignes pour ses patients, comme ses professionnels.

CHM : Dix mois après Chido, la psychiatrie en grande souffrance

Dix mois après le cyclone, l’équipe de psychiatrie de Mamoudzou alerte sur des conditions de travail "extrêmes" et réclame des locaux dignes pour ses patients, comme ses professionnels.

Au Centre Hospitalier de Mayotte, trouver le service de psychiatrie relève du parcours du combattant. Les panneaux se contredisent, le personnel peine à guider les visiteurs. Depuis le cyclone Chido, le 14 décembre 2024, les bureaux ont disparu : écroulés, rasés. Les rares consultations se tiennent dans « un bureau et demi », dans des espaces prêtés et partagés, souvent trop exigus pour garantir la confidentialité. Depuis ce mardi 21 octobre, l’équipe dit stop. Elle se mobilise, pour être vue, pour pouvoir travailler. Pour soigner.

Dix mois de survie

Mayotte, CHM, psychiatrie,
Les anciens locaux du CHM, dédiés aux consultations médico-psychologiques, en ruines après le cyclone Chido.

Depuis le cyclone, l’équipe jongle avec les moyens du bord. Dans un bureau prêté par la médecine interne et le juge des libertés et de la détention, les consultations s’improvisent au jour le jour. Une psychologue se déplace au Centre Médico-Psychologique Enfant et Adolescents (CMPEA) de Mtsapéré faute de bureau disponible à Mamoudzou. Les secrétaires et aides-soignants sont redéployés ailleurs, rendant le fonctionnement encore plus précaire. Depuis plusieurs mois, certaines consultations ont tout simplement cessé.

« On se partage des bureaux depuis dix mois », souffle une soignante, lassée. « On est censés récupérer les shelters actuellement à la maternité, mais ce n’est pas maintenant. Pendant ce temps, la maternité ira s’installer dans les nouveaux préfabriqués quasiment terminés sur notre ancien site. Les préfabriqués qui doivent être construits pour nous à l’extérieur, eux, ce sera dans six à neuf mois… ». Derrière ces chiffres, il y a des patients en souffrance, des listes d’attente qui s’allongent et des rendez-vous impossibles à tenir.

Sur le papier, des solutions… 

Mayotte, CHM, psychiatrie, manifestation,
« En plus, on est en sous-effectif… On devrait recruter, mais sans locaux, c’est impossible. C’est vraiment très compliqué », confie une professionnelle de l’équipe.

La direction du CHM a réagi à la mobilisation. « Nous avons prévu d’installer des modulaires à l’identique de ce que souhaite récupérer la psychiatrie mais qui sont dédiés à la maternité », explique Jean-Michel Beaumarchais, directeur par intérim, avec un délai d’installation d’environ un mois.

Mais l’équipe reste sceptique. Les locaux qui leur sont proposés sont trop petits, ouverts et en nombre insuffisant pour accueillir les patients dignement ou garantir la confidentialité des consultations. « C’est mieux que rien, mais ça ne suffit pas », résume un soignant.

… sur le terrain, l’urgence latente 

Dans le même temps, un projet plus pérenne doit offrir « environ 14 bureaux en modulaire sur un espace proche du CHM », avec une livraison estimée à huit mois, rapporte la direction du CHM. « La psychiatrie sera associée aux étapes chaque mois pour pouvoir suivre en toute transparence l’avancée des travaux », assure le directeur.

Sur le terrain, la tension reste vive. Les besoins sont immédiats, les patients attendent, et l’équipe est à bout. Pour les adultes en souffrance mentale à Mayotte, il ne reste pour l’instant que patience et courage.

Mathilde Hangard

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Élections municipales de Mamoudzou : la justice décide qu’il n’y aura pas de nouveau scrutin

Le tribunal administratif de Mayotte entérine le score de la liste d’Ambdilwahedou Soumaïla au premier tour des élections municipales de Mamoudzou. Ce mardi 15 septembre, il donne en partie raison au requérant, Ahamada Haribou (arrivé deuxième), en retranchant 104 voix litigieuses.

Des parents d’élèves demandent le départ de la rectrice : « Si elle ne s’occupe pas de nous, elle doit démissionner »

Le lycée de la Cité du Nord entame ce lundi 14 septembre sa troisième semaine de blocage. Près de 180 parents, enseignants et représentants syndicaux se sont réunis devant l'établissement scolaire. La mobilisation des parents prend de l'ampleur, tandis qu'aucune rencontre avec la rectrice ou une délégation du rectorat n'était encore confirmée dans la matinée.

« Le CHM brille par son silence » : les brancardiers et ambulanciers en grève à Mayotte

Plus d'une vingtaine de brancardiers et ambulanciers du CHM sont en grève depuis lundi matin à Mamoudzou. Heures supplémentaires contestées, manque d'effectifs, missions SMUR et interventions à la morgue, les agents dénoncent une accumulation de difficultés et réclament des réponses de la direction.

Environnement : Plus de 41 000 euros attribués à trois projets écologiques à Mayotte

L'Office français de la biodiversité (OFB) a dévoilé les lauréats de la seizième édition de son programme de financement TeMeUm (Terres et Mers Ultramarins). Au total, trois projets mahorais d'initiatives locales, associatives et écologiques vont donc se partager une enveloppe de 41.550 euros.