À Mayotte, une étude de février 2023 révèle que des milliers d'enfants ne sont pas scolarisés, un chiffre susceptible d'augmenter après le passage du cyclone Chido. Le 7 avril, les chercheurs du Cref et des associations ont annoncé la création d'un observatoire de la non-scolarisation pour actualiser les données et inciter l'État à agir.

Non-scolarisation : associations et chercheurs s’unissent derrière un observatoire

À Mayotte, une étude de février 2023 révèle que des milliers d'enfants ne sont pas scolarisés, un chiffre susceptible d'augmenter après le passage du cyclone Chido. Le 7 avril, les chercheurs du Cref et des associations ont annoncé la création d'un observatoire de la non-scolarisation pour actualiser les données et inciter l'État à agir.

Après le constat dressé par une première étude sur la non-scolarisation, publiée en février 2023, démontrant qu’à travers les 72 villages de Mayotte, a minima, entre 5.379 et 9.575 enfants étaient non scolarisés, les chercheurs de l’équipe Efis (Éducation familiale et interventions sociales auprès des familles) du CREF (Centre de recherche éducation et formation) et les associations mahoraises à l’origine du programme de recherche, ont annoncé la création d’un observatoire sur la non scolarisation, ce lundi 7 avril.

Efis, Cref, chercheurs, non-scolarisation, observatoire
Tangui Mathon-Cécillon, Gilles Séraphin, Jim Sermeth chercheurs au Cref et Alison Morano, docteur en anthropologie sociale et culturelle vont parcourir Mayotte pour récolter les données sur le terrain auprès des associations.

Son objectif, continuer d’établir des données sur la non-scolarisation et la déscolarisation à Mayotte pour alerter les pouvoirs publics, reconnaître le travail des associations qui oeuvrent pour les enfants non scolarisés, et surtout proposer des solutions viables. 

Pour cela, à partir de juin prochain, l’observatoire va réaliser un nouveau recensement des enfants non scolarisés dans toutes les communes pour faire le point après le passage du cyclone Chido qui a fortement dégradé la situation en détruisant des établissements scolaires. « À Majicavo et à Vahibé les problèmes persistent, et au total 3% des élèves du premier degré ne sont pas scolarisés soit 2 000 élèves », a annoncé le recteur Jacques Mikulovic, présent à la conférence.

Prendre en compte les parcours des enfants

Afin de compléter les données de la première étude, l’observatoire veut affiner ces recherches en donnant une part plus importante aux parcours des enfants non scolarisés. « Cette fois-ci on veut s’intéresser aux profils des enfants, remonter leurs vies, comprendre les situations familiales, observer leurs expériences collectives et personnelles, voir s’ils bénéficient ou non d’un suivi auprès des associations qui mettent en place des accueils de jour…, le but est de ne pas avoir que des chiffres », explique Alison Morano, docteur en anthropologie sociale et culturelle, qui se rendra village par village à la rencontre des jeunes dans le cadre de l’étude.

rentrée scolaire, Mamoudzou, école primaire
L’objectif de cette deuxième enquête est d’établir l’écosystème de l’enfant non scolarisé pour mieux comprendre leurs situations et trouver des solutions

En caractérisant « l’écosystème de l’enfant non scolarisé », selon la formule de Gilles Séraphin, enseignant chercheur à l’Université Paris-Nanterre, directeur du Centre de recherches Éducation et Formation (Cres), « l’idée est de pouvoir comprendre davantage les nœuds qui bloquent l’accès à la scolarité et proposer des solutions pour mieux les accompagner ». La nouvelle étude prendra également en compte les adolescents de 16 à 18 ans qui ne bénéficient pas d’une formation, et qui sont sortis du système scolaire, pour ajuster encore le chiffre de la non-scolarisation.

« Les associations ne peuvent pas tout faire »

L’intérêt de l’observatoire est aussi de rassembler davantage d’associations qui viennent en aide à ces enfants non scolarisés pour récolter des données concrètes mais aussi pour mettre en avant leur travail afin qu’elles puissent se structurer et obtenir des financements de la part de l’Etat, car ces associations pallient à un manquement étatique. En raison de l’instruction obligatoire, tous les enfants de 3 à 16 ans résidant sur le territoire français ont le droit à la scolarisation, et à cela s’ajoute le droit à la formation jusqu’à 18 ans.

C’est le cas de l’association culturelle et éducative de Kawéni Bandrajou (Acekb) qui a accueillie et accompagnée plus de 3.000 enfants non scolarisés en leur proposant des cours de mathématiques, de français, d’histoire géographie, ou de culture générale et en les préparant aux examens comme le bac, depuis sa création en 2018. « Certaines communes n’accueillent pas les élèves pour des raisons d’irrégularité, et ces jeunes nous remercient de les aider à travers ce soutien scolaire », explique Baacar Nadjidou, directeur de l’association, pour qui la mise en place de l’observatoire est primordiale. « C’est très important pour que les associations soient accompagnées financièrement mais surtout l’observatoire va permettre de montrer à l’Etat et aux élus que ces jeunes existent, qu’ils doivent être pris en compte et que tout le monde doit assumer ses responsabilités, parce que les associations ne peuvent pas tout faire ».

Le recteur de Mayotte espère que l’observatoire permettra de mieux comprendre les raisons de la non-scolarisation à Mayotte

« Tous les enfants de 3 à 16 ans qui sont inscrits sur les listes municipales sont scolarisés », indique de son côté le recteur de Mayotte. « Mais on observe qu’il y a un écart entre le nombre de naissance et le nombre d’élèves présent dans nos établissement. Par exemple entre les naissances de 2020 et les enfants inscrits en 2023 on s’aperçoit qu’il y a 3.000 élèves absents. Cet observatoire va être utile pour comprendre les freins et les raisons de cette non-scolarisation et je rappelle que les parents qui n’inscrivent pas leurs enfants sur les listes peuvent être sanctionnés ».

Victor Diwisch

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