À Mayotte, comme dans de nombreux territoires ultramarins et africains, l’endométriose reste encore largement méconnue, parfois minimisée, malgré les souffrances physiques et psychologiques qu’elle engendre pour des milliers de femmes. C’est dans ce contexte que l’association Endo Mayotte a organisé la table ronde virtuelle internationale intitulée « Osons nous rencontrer… ».
Cette rencontre a rassemblé des professionnels de santé, associations, institutions, patientes et acteurs de terrain de Mayotte, de La Réunion, de Paris, mais aussi de Guadeloupe, Martinique, Guyane, Madagascar, des Comores, de Maurice, des Seychelles ou encore du Sénégal. Au cœur des échanges : la volonté de faire entendre les réalités vécues dans chaque territoire, d’identifier les difficultés communes et surtout de construire des réponses collectives face à une maladie encore trop souvent qualifiée “d’invisible”.
« J’ai attendu 15 ans pour être diagnostiquée »

Marraine de l’événement, Abby S. Adinani a livré un témoignage personnel fort autour de son parcours avec la maladie. « Beaucoup de femmes ne savent pas qu’elles ont l’endométriose. J’ai attendu 15 ans pour être diagnostiquée », confie-t-elle. Une errance médicale qui, selon elle, reste encore trop fréquente. « Cette pathologie étant encore peu connue, on ne propose souvent qu’à ces femmes de prendre la pilule ». Celle-ci plaide pour davantage de sensibilisation et d’information.
Pour Abby S. Adinani, la création d’espaces d’échange comme cette table ronde est essentielle. « Depuis que je parle de cette maladie, je me rends compte qu’autour de moi, il y a de plus en plus de jeunes filles et de femmes qui m’expliquent souffrir de cette maladie ou reconnaître certains symptômes », explique-t-elle.
Une maladie aux conséquences sociales encore sous-estimées
Alors que les chiffres évoquent officiellement une femme sur dix touchée par l’endométriose, elle estime que les problématiques gynécologiques sont encore largement sous-estimées. « Entre les ovaires polykystiques, les fibromes, l’infertilité ou l’endométriose, beaucoup de femmes vivent avec des douleurs sans toujours mettre des mots dessus », souligne-t-elle.
Abby S. Adinani insiste également sur les répercussions sociétales de cette maladie. « Une femme qui souffre de l’endométriose, ce n’est pas seulement une femme touchée : c’est tout un foyer, toute une famille et toute une société qui sont affectés », affirme-t-elle, appelant à un engagement collectif et à davantage de soutien pour les associations accompagnant les femmes concernées.
Le congé menstruel, une initiative portée par Caresse Cream
Parmi les intervenants figurait également Caresse Cream, entreprise de restauration mahoraise qui a instauré depuis plus de deux ans un congé menstruel au sein de sa structure. Une initiative encore rare dans le monde professionnel local.
Son gérant, Bacar-Ahmed Athany Abdouroihamane, est revenu sur les raisons qui l’ont poussé à mettre en place cette mesure. « Ce qui m’a motivé à mettre ça en place, c’est que je commençais à avoir pas mal d’arrêts maladie de mes salariés femmes », explique-t-il. Après avoir découvert un article évoquant l’expérimentation du congé menstruel en Espagne, il décide d’en discuter avec son expert-comptable avant de lancer le dispositif.
Des résultats concrets au sein de l’entreprise

Selon lui, cette mesure a rapidement permis d’installer « une base de confiance » avec ses salariées, grâce à l’attribution d’un jour de congé menstruel par mois, en complément des congés habituels. Au-delà de l’aspect social, le dirigeant affirme également avoir constaté des effets concrets sur le fonctionnement de son entreprise. « Depuis deux ans et demi que nous avons installé le congé menstruel, nous avons 3 % d’arrêt maladie au lieu de 29 % les années précédentes », souligne-t-il, précisant que son entreprise propose désormais des formations à destination d’autres structures intéressées par cette démarche.
Pour lui, les entreprises ont aujourd’hui un véritable rôle à jouer dans la prise en compte des problématiques de santé féminine. « En 2026, les droits des femmes sont encore bien lésés », estime-t-il, appelant à davantage d’égalité et de reconnaissance dans le monde du travail.
Des actions concrètes attendues dès le mois de juillet
Au-delà des échanges, les organisateurs ont également annoncé vouloir passer rapidement à l’action. Un programme concret devrait ainsi être déployé dès le mois de juillet. « Nous allons travailler avec les CCAS de l’ensemble des communes afin de sensibiliser davantage sur la maladie et mettre en place une stratégie pérenne pour sortir l’endométriose de l’ombre et soulager le quotidien des femmes qui en souffrent ».
À travers cette table ronde, Endo Mayotte espère désormais faire émerger des actions concrètes et durables autour de l’endométriose, mais aussi renforcer les liens entre les différents territoires confrontés aux mêmes défis sanitaires et sociétaux.
Nayar Said Omar


