Comores : Des migrants voulant se rendre à Mayotte volatilisés sur fond d’épidémie d’Ebola en RDC

La dernière vague de migrants interceptés dans la petite île de l’archipel est introuvable. Ces personnes en provenance des pays des Grands Lacs, plus précisément en République démocratique du Congo avaient manifesté leur volonté de se rendre à Mayotte pour tenter ensuite de rejoindre l’Europe. Une mission officielle congolaise est arrivée à Moroni dans la semaine.

Les 63 migrants arrivés le samedi 16 mai dernier à Mohéli, la petite des Comores, sont introuvables. Cette nouvelle vague était composée de 17 mineurs, dont un bébé de 9 mois, 14 femmes et plus d’une quarantaine d’hommes. Au départ de la Tanzanie le mercredi 13 mai, les migrants ont été abandonnés par leurs passeurs après trois nuits pour rejoindre Mayotte, selon le média comorien Al-watwan.

500 personnes atteintes d’Ebola en RDC

Les migrants vont se retrouver seuls dans des îlots de Mohéli sans eau ni nourriture ni kits sanitaires. Une chaîne de solidarité s’est vite constituée pour leur venir en aide en attendant les autorités. Mais, à la grande surprise, les 63 migrants se sont volatilisés dans la nature. « Ils se sont évaporés dans la nature.  Nul ne sait où ils se trouvent actuellement », a affirmé le chef du village de Hamavuna, un petit village situé sur la rive à proximité des îlots où les migrants, en grande majorité de la République démocratique du Congo (RDC) avaient reçu les premiers secours par des habitants.

La rencontre entre des officiels comoriens et une délégation congolaise au ministère de l’Intérieur à Moroni.

Une situation qui entretient l’inquiétude aux Comores à cause de l’épidémie d’Ebola qui sévit, depuis le 15 mai en RDC et dont les proportions préoccupent l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les agences et structures internationales de lutte contre les maladies. L’épidémie touche désormais l’Ouganda avec de potentiels risques de propagation en Tanzanie. « Plus de 500 personnes suspectées d’être porteuses de la maladie et plus de 130 décès ont été signalés dans plusieurs zones de santé. Le même jour, l’Ouganda a également déclaré la présence de la maladie sur son territoire », souligne Médecins Sans Frontières (MSF) qui cite des sources des autorités locales.

Des voix s’élèvent dans l’archipel pour demander des mesures fermes contre l’arrivée de ces migrants et craignent que leur présence ne contribue à introduire de maladies dangereuses dans les îles. « Beaucoup de migrants venant de la région des Grands Lacs transitent aux Comores, en particulier au Sud de Mwali, pour tenter de relier Mayotte. Ce voyage s’effectue en collaboration avec des passeurs comoriens. Sachant qu’il y a plusieurs maladies hautement contagieuses qui circulent dans cette zone africaine, l’introduction d’une maladie n’est pas une piste inévitable », a souligné un ancien procureur général nommé Soilihi Mahamoud connu sous le surnom de « Sako ».

Une délégation officielle de la RDC à Moroni

Les autorités comoriennes restent impuissantes face à la multiplication des arrivées de migrants dans l’archipel. Si les Comores disposent d’un arsenal juridique de répression contre les trafics d’êtres humains et collaborent avec l’Organisation internationale des migrations (OIM) pour lutter contre ces vagues migratoires, l’Etat ne dispose pas de ressources financières et logistiques suffisantes face à l’ampleur du phénomène. Un bureau de l’OIM a été ouvert en 2018 aux Comores. Les autorités ont adopté une loi en la matière et mis en place une brigade mixte anti-migrants et collaborent avec diverses instances internationales pour faire face à ce fléau. Mais le manque de moyens d’accueil temporaire rend hypothétique toute maitrise des flux migratoires entre la Tanzanie et les Comores.

« En réalité, nous devrons avoir un site d’isolement pour les mettre en quarantaine dès leur arrivée à Mwali afin de mieux les contrôler. Malheureusement, on ne dispose pas de cette infrastructure. En plus de cela, nos moyens logistiques et techniques sont très limités pour faire face à des maladies hautement dangereuses. Cette situation doit interpeller tout le monde car nul ne sera épargné en cas de maladie comme Ebola », a souligné l’épidémiologiste Rachad Attoumane alias Keke.

La délégation de la RDC arrivée aux Comores souhaite un dispositif bilatéral de lutte contre les migrations et un mécanisme humanitaire en cas de décès.

En avril dernier, 18 migrants majoritairement congolais avaient trouvé la mort à la Grande Comores alors qu’ils s’apprêtaient à rejoindre l’île de Mayotte. C’est dans ce cadre qu’une mission officielle congolaise s’est rendue cette semaine à Moroni pour évaluer la situation, réfléchir sur des instruments communs en vue de faire face à ces vagues de migrants. Les deux parties ont convenu de mettre en avant « la prise en charge humanitaire » et « améliorer les protocoles d’accueil et de soins pour les migrants en détresse. La fluidification des procédures » mais aussi « optimiser les mécanismes de rapatriement et la coordination entre les services nationaux » avant de prévoir « le partage de données » par la mise d’un système d’échange d’informations en temps réel entre les deux nations pour prévenir de nouvelles tragédies », selon les conclusions d’une réunion technique organisée au ministère de l’Intérieur à Moroni.

« Les deux parties ont réaffirmé l’impératif absolu du respect des conventions internationales, garantissant la protection de la dignité humaine, quelles que soient les circonstances », ont souligné les autorités techniques comoriennes et congolaises. « La gestion des migrations est une problématique transversale qui ne peut être traitée de manière isolée », d’après un officiel congolais qui a insisté sur la nécessité d’une réponse collective. La police comorienne a lancé un avis de recherche des 63 migrants portés disparus dans l’archipel depuis cinq jours.

A.S Kemba

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