Depuis le passage du cyclone Chido sur le 101ème département, il règne un silence de mort. Une question anime l'ensemble des esprits : où sont passés les habitants ? 

Chido : Où sont-ils tous passés ?

Depuis le passage du cyclone Chido sur le 101ème département, il règne un silence de mort. Une question anime l'ensemble des esprits : où sont passés les habitants ? 

35 morts et près de 2.500 blessés recensés par les autorités, voici le dernier bilan humain suite au passage du cyclone Chido sur le 101ème département français samedi 14 décembre.

Un silence de mort 

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Débris le long des routes à Mamoudzou suite au passage de Chido

À l’heure où nous écrivons ces lignes, de nombreuses communes sont toujours privées d’eau, d’électricité et de réseau. Lors de son déplacement sur l’archipel, les 19 et 20 décembre derniers, le Président de la République, Emmanuel Macron, a déclaré que l’urgence consistait d’abord à « déblayer les routes des communes enclavées » pour permettre aux secours d’intervenir auprès des sinistrés. Pourtant, alors même que les débris du cyclone s’entassent le long des routes (morceaux de tôles, parpaings morcelés, branches d’arbres, bois, antennes, poteaux électriques, etc), le trafic routier habituellement très dense de Mayotte a laissé place à une atmosphère de no man’s land*, chaque jour plus lourde.

À Passamaïnty, Saïd, un habitant du quartier de la rivière du Gouloué a cru mourir à l’arrivée de Chido, le jour où ce cyclone dont on n’imaginait pas qu’il frapperait aussi fort, lui a tout pris. « Tout s’est envolé, je me suis caché dans un rouleau là-bas de chantier. » De sa maison en tôle, des vêtements qu’il avait portés mis à l’abris dans une boîte en plastique, des sous cachés dans sa poche de pantalon, il ne reste plus rien. À propos d’éventuelles victimes, ici, comme dans d’autres quartiers de l’île, Saïd ne s’attarde pas sur le sujet. « On m’a dit qu’à Doujani il y a deux morts qui sont enterrés, un à Koungou », mentionne-t-il en prenant le soin d’interrompre la conversation. À Mayotte, où près de 90% de la population est de confession musulmane, la mort obéit aux principes de l’Islam, où l’inhumation doit être réalisée dans les 24 heures suivant le décès, la plupart du temps, avant le coucher du soleil si le décès a eu lieu le matin ou à l’aube, s’il est survenu le soir. Difficile ainsi pour les autorités de recenser un nombre exact de victimes de Chido, près de 10 jours après la catastrophe, où plusieurs victimes ont été inhumées dans l’ombre.

Les sons d’une reconstruction

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Un habitant utilise une bâche pour réparer le toit d’une maison

À Mtsapéré, l’état des dégâts du cyclone se mesure à vue d’oeil. Les anciens bangas ressemblent à des décharges de tôles et les toitures des maisons ont été soufflées. Sur place, certains endroits du quartier sont méconnaissables. Malgré une chaleur extrême, sur les toits, des hommes se relaient pour reconstruire leurs cases avant l’arrivée imminente des prochaines pluies typiques de la saison. Depuis une semaine, les bruits des marteaux sur les tôles sont devenus le cri d’une île qui n’a pas le choix que de se relever. Dans les rues, plusieurs enfants sont à l’affût de matériaux qui pourraient servir à rafistoler certaines maisons, d’autres sont simplement à la recherche de nourriture. Une forte odeur nous envahit, pareille à une odeur de poubelles qui se dégraderaient à vitesse éclair, avec la chaleur suffocante. Depuis le cyclone, les rues et leurs ombres se sont davantage répandues comme des sanitaires à ciel ouvert dans l’ensemble de l’île. Nous avons remarqué toutes ces odeurs mais pas constaté d’odeur de charogne ou de corps humain sans vie, comme nous l’avions senti quelques années plus tôt à Vârânasî en Inde.

Quand on cherche on trouve 

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Jeune garçon cherchant de quoi se nourrir dans des tas d’ordures

Mais comment comptabiliser ces éventuelles victimes quand l’ensemble de la population n’est pas formellement recensée ? Comment des victimes déjà enterrées pourront-elles être déclarées comme telles ?  Alors que les décès constatés ont été recensés par les services du Centre hospitalier de Mayotte, établir un bilan victimaire global dans ce contexte se révèlera toujours biaisé. À ce sujet, une médecin du CHM ne cache pas sa colère. « À l’étranger pendant une catastrophe naturelle, on voit toujours plein de gens soulever des débris pour chercher des corps. À Mayotte, on ne voit personne le faire. C’est une honte. » À Petite-Terre, un professionnel de santé des urgences confiait avoir été confronté à plusieurs demandes de familles d’établir des actes de décès pour leurs défunts, qu’il n’était pourtant pas en capacité de fournir en raison d’une surcharge de travail. « Pourquoi ils vont se fatiguer à chercher des gens qu’ils ne veulent plus voir hein? », s’exclame un professionnel de santé. Le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, a pourtant été formel lors de son passage à Tsingoni, vendredi 20 décembre dernier : « Une vie est une vie. »

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Un agent répare des câbles électriques à Mamoudzou

Aujourd’hui, ce sont surtout l’ensemble des sons d’une vie d’avant qui manquent à Mayotte, où malgré le bruit des marteaux, dans certains quartiers, le silence laisse craindre le pire. Depuis plusieurs jours, une partie de la population aisée du territoire quitte progressivement l’archipel dévasté. Interrogée rapidement, près d’une personne sur deux ne souhaite pas revenir à Mayotte après cette catastrophe. D’après un agent du groupe Electricité de Mayotte (EDM), aux coupures d’eau s’ajouteront bientôt des coupures chroniques de courant, le cyclone ayant détruit près de 90% des installations électriques de l’île. « Qui va vouloir venir à Mayotte maintenant? », soupire une habitante de Mamoudzou.

À la fin de notre reportage, un habitant nous confie, « à Doujani, en haut après le collège, là-bas ça sent le mort ». Il faudra revenir.

*Expression anglaise pour signifier « terre sans homme »

Mathilde Hangard

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