Zakoini Hamada, président de la CFTC Santé sociaux, nous livre son ressenti face aux agressions dont a été victime le personnel soignant dans les transports la semaine dernière, tout en espérant des mesures qui collent à leur réalité.

CHM : des soignants désabusés face à des solutions « qui manquent d’ambition »

Zakoini Hamada, président de la CFTC Santé sociaux, nous livre son ressenti face aux agressions dont a été victime le personnel soignant dans les transports la semaine dernière, tout en espérant des mesures qui collent à leur réalité.

Ce vendredi soir et alors que les soignants avaient obtenu la sécurisation des bus de ramassage du personnel en nocturne , l’un d’entre eux s’est fait caillaser au niveau de Vahibe sur la ligne CHM-Combani, « et il y avait des policiers qui nous escortaient ! », nous rapporte Zakoini Hamada, président de la CFTC, et secrétaire du F3SCT (ex-CHSCT), du CHM.

Il revient sur les attentes des soignants face à un phénomène qui touche toute la société. Et nous rapporte l’entretien avec le préfet Thierry Suquet ce vendredi alors que le personnel avait fait valoir son droit de retrait : « Nous avions sans doute trop d’espoir, mais les propositions étaient en-dessous de ce que nous espérions. Si dès ce vendredi soir les patrouilles ont été renforcées sur le trajet des bus, le préfet a décliné plusieurs mesures : de la sécurité périmétrique, c’est à dire le déploiement des forces de l’ordre sur certains périmètres, ainsi que de la prévention situationnelle, en fonction des situations. Mais ce n’est pas la première fois que ces agressions se produisent, nous en sommes à 4 bus de soignants caillassés, nous attendions donc de la préfecture des mesures de sécurité publique plus globales et qui permettent de sécuriser la population. »

Devant la préfecture ce vendredi matin

Car en dehors de l’étudiante en santé touchée à l’œil, qu’il considère être « l’agression de trop », un de leur collègue a été violenté en dehors de son travail, « il a été tailladé au niveau de la tête, des faits qui se sont produits à Tsararano. C’est de la violence quotidienne que nous n’acceptons plus. »

Des soignants attaqués alors qu’ils sont la porte que les jeunes poussent après leurs guerres de gangs et leurs différentes agressions.  « Quand ces gens qui nous agressent viennent à l’hôpital, on a obligation de les soigner et de les traiter avec bienveillance tout en sachant ce qu’ils font à la population. C’est un quotidien compliqué que nous vivons ».

« La vie, ça n’a pas de prix »

Il rappelle que les centres médicaux de référence en font les frais : « Dzoumogné est fermé en raison des violences, Kahani ferme ses portes ponctuellement, plus rien ne fonctionne correctement à cause de cette délinquance des jeunes. Si notre direction à l’hôpital prend en compte ces phénomènes et tente d’améliorer la situation, la réponse doit venir de la préfecture. Or, nous y sommes allés sans doute avec trop d’espoirs, et ressortis désabusés. »

Selon nos informations, les jets de cailloux contre ces bus seraient prémédités. Les armoires de gestion de l’éclairage public sont fracturées, et la zone plongée dans le noir. Nécessitant ensuite l’intervention d’équipes d’EDM pour réparer.

Le CHM à Mamoudzou

Alors, faut-il mettre un gendarme derrière chaque habitant ? Sans aller jusque-là, la question reste la sécurisation des routes : « Des mesures avaient été prises lors du caillassage du bus à Majikavo et Trévani en juin dernier, c’était peu, mais nous les avions acceptées. La police nationale nous escortait, mais faisait demi-tour aussitôt arrivée à Passamainty, et après quelques semaines, elles ont cessé. Les solutions proposées manquent d’ambition. Certes, cela va revenir cher, mais la santé et la vie, ça n’a pas de prix. Nous n’acceptons pas la fatalité. »

Tout n’est pas fait en amont selon lui, « on sait où crèchent ces jeunes, mais qui y va pour les déloger et les interpeller ? »

C’est un soignant abattu qui explique que « si lundi lors du F3SCT extraordinaire ou mardi lors de la réunion avec le préfet, l’ARS, la direction du CHM on nous propose de reprendre les mesures précédentes, nous refuserons. C’est insuffisant, nous ne voulons plus de discours rhétoriques avec du charabia, mais des propositions de gens qui connaissent le terrain et qui savent ce que nous vivons au quotidien. Sans cela, nous annonçons un droit de retrait illimité. »

Anne Perzo-Lafond

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