Rester en bordure de route qui mène au stade à Kangani, c’est être assuré de respirer de la poussière toute la journée. Les habitants mettent IBS, l'exploitant actuel, et Vinci, à venir, dans le même panier et s’adressent à leurs élus.

Kangani : les habitants exigent la route de contournement avant l’exploitation de la carrière par Vinci

Rester en bordure de route qui mène au stade à Kangani, c’est être assuré de respirer de la poussière toute la journée. Les habitants mettent IBS, l'exploitant actuel, et Vinci, à venir, dans le même panier et s’adressent à leurs élus.

C’est la énième fois que les habitants de Kangani se mobilisent. Ce village de la commune de Koungou peine à se construire autour d’un centre-ville pour être depuis des dizaines d’années traversé par une noria de camions en provenance de la carrière au-dessus. « Ce combat, j’entends qu’il est mené depuis que je suis gamin ! nous explique Saïd, et là, on nous dit que l’enquête publique est en cours pour l’arrivée de Vinci, on ne s’en sortira jamais. »

Des mouvements d’humeur qui ont régulièrement été orchestrés sur fond de guerre de carrière par IBS (Ingénierie Béton Système, société Hold Invest), contre la Société des Carrières de Mayotte, filiale de Vinci Construction DOM-TOM. Dans les années 2010, le propriétaire de la carrière de Kangani, Frédéric d’Achery ancien maire et conseiller départemental de Koungou, était entré en conflit ouvert avec l’exploitant Théophane Narayanin, dit « Guito », pour des loyers impayés et un périmètre d’exploitation grignoté. En 2015, il avait décidé de vendre la carrière à Vinci, acte de nombreuses fois contesté par Guito, qui perdra en 2019 devant le tribunal administratif. Depuis, la décision n’a pas été appliquée, malgré les tentatives d’envoi de la force publique.

Pire qu’une autoroute

C’est dorénavant l’enquête publique relative à la demande d’autorisation environnementale qui était attendue par Vinci, sur une carrière déjà en exploitation. Il semble que l’enquête soit bouclée, et que Vinci soit en passe d’exploiter.

L’occasion pour les habitants de Kangani de manifester à nouveau, ils étaient une cinquantaine ce vendredi matin pour demander aux élus où en sont les études d’une route de contournement du village. « Nous ne sommes pas contre l’exploitation de la carrière par Vinci, mais il faut absolument empêcher les camions de traverser le village ».

Le directeur de Vinci Constructions DOM-TOM nous avait expliqué qu' »il y a de la place pour deux« , en rappelant que Guito avait ouvert une nouvelle exploitation accessible à partir de la Vallée III. Dans un contexte où les carnets de commande du BTP sont pleins, l’enjeu de sécuriser la matière première est vital.

 Défilé de camions dans la poussière

Cette cohabitation provoque d’autre déboires, « un mur a été construit dans le cadre de la carrière et s’est effondré sur le système hydraulique assurant la mise en pression des hauteurs du village, et rien n’a été réparé, nous privant d’eau courante ».

Vinci, IBS, Mayotte
La carrière IBS de Kangani (Archives)

Pendant que nous parlons, c’est quasiment une chenille de camions qui défile, soulevant de la poussière sur la longueur de la route, « et ils passent devant l’école à vive allure alors que des enfants jouent aux heures de rentrée et de sortie. » Un habitant, Gérard*, s’avance pour expliquer que des nuisances supplémentaires se sont ajoutées, « l’usine de fabrication de parpaings a été mise en production sans insonorisation, et si depuis ça a été mis en place, ils doivent souvent ouvrir la porte car le vacarme est assourdissant ». Il se plaint de quantité de poussière sur sa terrasse, « j’habite à 350m, et j’ai un petit de deux ans. Je ne voudrais pas qu’il ait la maladie des mineurs comme mes grands-parents en métropole. »

Ces maisons étaient construites bien avant la mise en exploitation de la carrière dans les années 80, expliquent-ils. Un village peuplé jadis de kanga, « une sorte d’oie que l’on mangeait », et qui a donné son nom au village, l’endroit où il y a des kanga.

Nous avons sollicité le maire Assani Saindou Bamcolo et son DGS Alain Manteau pour faire un point sur le dossier de la route de contournement, mais sans réponse de leur part.

Anne Perzo-Lafond

*Prénom d’emprunt

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